6 heures dans les pas du Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Geneviève Fioraso, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Geneviève Fioraso, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, à son arrivée au Lal
Jeudi 8 novembre 2012, Geneviève Fioraso, la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s’est rendue sur le campus de Paris-Saclay pour y visiter plusieurs laboratoires et y remettre les insignes de la Légion d’honneur à deux physiciens : le prix Nobel 2007, Albert Fert, et Agnès Barthélémy, Professeur à l’Université Paris XI.

16 h 06 : Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, fait son entrée dans le hall du Laboratoire de l’Accélateur Linéaire (Lal-UMR Paris XI-CNRS), installé sur le campus de la Faculté d’Orsay. Elle s’y attarde le temps de recevoir quelques explications sur les machines et équipements qui y sont exposés. « D’ou vient la masse des particules ? », « Pourquoi sommes-nous fait de matière ? » « De quoi est faite la masse des galaxies ? » peut-on lire sur les posters alignés dans le couloir qui mènent vers la salle où la visite se poursuit.

La cinquantaine de personnes s’efforcent de se trouver une place dans la petite pièce où trône une plateforme « pour la réalisation de tests des sources à haute brillance ». Nouvelles explications d’Achille Stocchi, le directeur du Lal, qui souligne au passage l’importance de cet équipement pour l’avancée des recherches et dans l’apprentissage des futurs physiciens

Retour dans le hall où l’on présente justement au Ministre des étudiants en début et deuxième année de thèse, de l’Institut de physique nucléaire d’Orsay et du Lal. Une discussion à bâtons rompus s’amorce avant une photo de groupe. Le temps presse. « Si vous aviez un message important à me faire passer, lance alors la Ministre à ses jeunes interlocuteurs, quel serait-il ? » Un thésard saisit l’opportunité qui lui est donné : « Nous peinons à trouver des emplois en entreprise ! ». Le directeur du Lal confirme : « Les entreprises ne recrutent pas assez de doctorants. » « C’est regrettable, commente la Ministre. Quelqu’un qui a fait une thèse est quelqu’un d’organisé, de motivé, de créatif. Nos voisins allemands qu’on cite souvent en exemple, le savent. » Elle-même en parle en connaissance de cause : entre autres expériences dans le monde de l’entreprise, elle rappelle qu’elle a participé à la direction d’une start-up (Corys), créée par le CEA Grenoblois. Pour autant, il ne faut pas attendre que les entreprises viennent vers les thésards. « A vous d’en être convaincus » conseille le ministre. Un jeune acquiesce : « C’est nécessaire, car il y a de moins de moins de recrutement à l’université ! »

16 h 35 : halte dans une salle où a été dressée une table pour un pot de l’amitié et un pupitre pour le livre d’or. Puis temps d’échanges avec les journalistes dont beaucoup sont venus en car depuis Paris. D’emblée, le ministre rappelle les propos tenus au début du mois par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, lors du VIIe Forum de la Recherche et de l’Innovation organisé par Paris-Ile de France Capitale économique.

Il confirmait les engagements financiers de l’Etat avec l’intention, précise la Ministre, de « rendre leur cohérence à l’ensemble des projets » (Opération Campus, transports, logements…). En charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso ajoute sa volonté de veiller à ce que le projet de Paris Saclay « ne soit pas déconnecté de son environnement et des entreprises ». « Et les transports ? » ose un journaliste. La Ministre préfère parler de « mobilité, car cela va bien au-delà ». Mobilité donc, mais aussi qualité environnementale, sans oublier la convivialité. « Ce dont on ne s’est pas encore assez préoccupé jusqu’ici. » Une telle convivialité ne se décrète pas. Elle passe par la création de « lieux de vie », mais aussi de commerces, de nouveaux logements : pour les étudiants bien sûr – « On ne peut se satisfaire des pratiques de colocations qui pénalisent les ménages »- mais aussi social – la Ministre cite en exemple le MIT qui a prévu des logements pour ses chercheurs à la retraite. Elle n’en dira cependant pas plus, préférant attendre les résultats d’un rapport commandé par sa collègue Cécile Duflot.

Sur le plan de la gouvernance, elle souligne en revanche un changement majeur : la relance du comité de pilotage de l’Idex Paris-Saclay – « Il n’avait plus été réuni depuis mars » – en y intégrant les collectivités locales. « Si le projet a pris du retard, c’est parce qu’on n’avait pas pris le temps d’intégrer celles-ci ». La Ministre était d’ailleurs accompagnée d’Isabelle This-Saint-Jean, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Un autre journaliste : « Mais n’ont-elles pas tendance à privilégier les habitants qui votent sur les étudiants qui a priori votent ailleurs ? » En guise de réponse, la Ministre martèle la chance que constitue la présence d’étudiants sur un territoire. « Certes, ils font parfois un peu de bruit, mais ils contribuent à la vie et à l’activité économique et à tirer une ville vers le haut en lui donnant une dimension multiculturelle. » Et Geneviève Fioraso de citer sa bonne ville de Grenoble (dont elle a été maire-adjointe et élue députée), où les étudiants représentent près d’un quart de la population (36 000 étudiants sur un total de 160 000).

Sur le projet de l’Université Paris-Saclay, une journaliste demande comment un tel projet peut aboutir « avec les ego des uns et des autres » ? La Ministre préfère souligner les avancées. Elle cite l’exemple de l’Ecole Centrale de Paris (ECP) où elle s’est rendue récemment, pour dire son enthousiasme devant « la belle maquette du futur bâtiment et le beau projet de cette grande école. » Avant d’ajouter : « Je ne peux pas imaginer qu’on ne puisse pas réaliser un tel projet »

« On » ? L’école bien sûr, dont c’est le projet, avec l’Etablissement Public Paris Saclay (EPPS). Et la Ministre de saisir l’occasion de rappeler le positionnement de l’Etat. Celui d’un « Etat stratège » qui ne décrète pas, mais qui accompagne les projets qui émergent. Ce qu’elle devait redire dans les quelques lignes consignées sur le livre d’or : « Je retiens (…), peut-on lire, la complémentarité avec le Plateau de Saclay, et, surtout un partenariat gagnant-gagnant entre tous les laboratoires (université, CNRS) au service de la science et du progrès »

Du Lal à l’Unité mixte de Physique CNRS/Thales

17 h 35 : direction l’Unité mixte de Physique (UMP) CNRS/Thales que le ministre doit également visiter avant d’y remettre les insignes de la légion d’honneur à deux de ses éminents représentants : Albert Fert (Commandeur), Prix Nobel 2007, et à sa collègue Agnès Barthélémy (Chevalier), Professeur à l’Université Paris Sud 11, lauréate de la médaille d’argent 2010 du CNRS.

Pour mémoire, cette unité a été créée en janvier 1995, conjointement par le CNRS et la société industrielle Thales, et en association avec l’Université Paris-Sud 11 depuis janvier 2000, afin de renforcer une collaboration existante qui existait depuis une douzaine d’années, entre l’équipe du Professeur Albert Fert à l’Université Paris-Sud et un groupe de Laboratoire central de Thales. Elle réunit des chercheurs de différents horizons disciplinaires : outre la physique, la biologie, les mathématiques, etc.

Ce soir-là, les baies vitrées de l’élégant bâtiment sis Avenue Augustin Fresnel, à Palaiseau, laissent percevoir le magnifique spectacle offert par le ciel cramoisi du coucher de soleil. Renseignement pris auprès de l’accueil : ce spectacle ne serait pas si exceptionnel et tiendrait justement à l’emplacement du site sur le Plateau, construit sur le site du Campus Polytechnique. Mais les personnes qui ont afflué dans le hall sont plutôt attentives à guetter l’arrivée de la Ministre qui se fait un peu attendre. Parmi elles, on reconnaît Serge Dassault, des directeurs d’établissements, des élus…

 18 h 25 : la Ministre arrive, toujours avec le sourire, malgré l’accumulation des déplacements et entretiens. Direction une première salle où s’inventent des « technologies duales » et des « technologies de souveraineté », ayant des applications aussi bien militaires que civiles : des détecteurs à infrarouge, une nouvelle famille de « semi-conducteurs » capables de se passer de silicium, etc. La cinquantaine des personnes se pressent au milieu des équipements et des ordinateurs ou attendent dans le couloir. La Ministre prend le temps d’écouter, de poser des questions.

Le direction de la communication fait discrètement signe au directeur de recherche de stopper son exposé. C’est que, une autre équipe attend dans un laboratoire situé sur une autre aile du  batiment. On s’y rend en traversant des couloirs. Il y est cette fois de supraconductivié, de nano-composants, de dialogue entre physique et biologie, pour notamment surmonter par le problème posé par la surchauffe des équipements informatiques, dans le traitement de l’information.

Troisième halte dans un espace où son alignés des écrans qui permettant de visualiser les avancées en matière de suivi à distance d’individus dans des bâtiments ou des espaces publics. « A des fins exclusivement sécuritaires » s’inquiète la Ministre ? « Non, pour mieux gérer les flux », rassure le directeur du projet. Les commanditaires ont pour noms la RATP, l’aéroport de Paris confrontés à des gestions de flux complexe. Au passage, on souligne cette nouvelle illustration de l’intérêt d’un dialogue entre chercheurs et industriels et de la coopération entre les institutions (CNRS, Thales, CEA…).

Après une réunion à huis clos avec les membres du conseil d’administration, direction amphithéâtre où doit se dérouler le point d’orgue de cette journée. Il est 20 h : La Ministre ne manifeste aucun signe de fatigue : avec conviction et humour, elle prononce un premier discours en hommage à Albert Fert, égrenant la liste de ses récompenses et de ses travaux. Outre son rôle dans la création de l’Unité mixte, Geneviève Fioraso se risque aussi à expliquer l’objet de ses recherches sur la spintronique – ou l’influence du magnétisme sur le mouvement des électrons – et la magnétorésistance géante. Au milieu des éloges, elle glisse juste, avec malice, un reproche : le souvenir non impérissable que Albert Fert a reconnu dans une interview ne pas avoir gardé de ses deux années passées dans un laboratoire… Grenoblois.

Agnès Barthélémy a droit à la même attention : un discours inspiré, dans lequel le ministre témoigne notamment sa reconnaissance à cette jeune chercheuse qui continue à consacrer autant de temps à l’enseignement tout en apportant la démonstration que les femmes peuvent, elles aussi, briller, dans les sciences exactes.

Renonçant à lire leur discours, les deux récipiendiaires ont néanmoins tenu au-delà des remerciements, à mettre en avant « le sens de l’entraide » et « l’ambiance chaleureuse » qui caractérisaient les relations avec leurs collègues au point de suggérer que ce pouvait être une condition à la réussite d’une vraie interdisciplinarité.

Ce que la Ministre avait suggéré elle-même quelques heures plus tôt en soulignant la nécessaire convivialité du campus de Saclay. Certes, ce dernier n’est pas (encore) le campus de Grenoble, qu’elle s’est donc plu à évoquer à plusieurs reprises. Mais à l’évidence, elle se sentait bien ici, comme dans son élément, au milieu des quelque 200 chercheurs, directeurs d’établissements (dont le tout nouveau président de l’ENS Cachan, appelée à rejoindre le Plateau), de représentants du monde de l’entreprise et élus, sans oublier son collègue du gouvernement, François Lamy, qui avait fait spécialement le déplacement.

Les commentaires sont fermés.