Lycée de l’Essouriau : 40 ans de mixité. Rencontre avec Christian Vandeporta

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Le cluster Paris-Saclay, son université, ses laboratoires, ses centres de R&D, ses incubateurs, etc. Mais aussi ses établissements d’enseignement secondaire et/ou professionnel, qui font également partie de l’écosystème et y contribuent discrètement. A l’image du lycée polyvalent de l’Essouriau, aux Ulis, qui a su tisser des liens privilégiés avec Paris-Sud et de grandes écoles, non sans disposer de ressources qui pourraient intéresser des start-up… Christian Vandeporta, son proviseur, a bien voulu nous en dire plus sur l’histoire de cet établissement et sa manière de jeter des passerelles entre les voies générale, technologique et professionnelle. A la manière d’un Paris-Saclay en miniature.

- Un mot pour commencer sur le lycée de l’Essouriau et son histoire…

C’est un jeune lycée en pleine maturité : il a ouvert à la rentrée 1976, il y a, donc, tout juste quarante ans, avant même la création des Ulis [en 1977]. Il s’agissait de deux établissements en un - l’un dédié à l’enseignement général, l’autre à l’enseignement technique – mais relevant d’une même direction. Ils ont été fusionnés en 1991, il y a un quart de siècle, pour donner le lycée polyvalent actuel, en prenant le nom de l’Essouriau.

- Pourquoi ce nom, d’ailleurs ?

C’est important de le préciser car cela ajoute à la singularité de l’établissement : je vous mets en effet au défi d’en trouver un autre portant ce nom. Et pour cause, il désignait l’ancien champ qu’occupait le lycée, traversé par un ruisseau, dénommé… l’Essouriau. C’est peu dire que nous sommes attachés à ce nom.

- Combien d’élèves accueille-t-il ?

Le lycée de l’Essouriau a débuté avec un peu moins de 500 élèves. Après un pic de 1 700 au début des années 2000, il en compte aujourd’hui de l’ordre de 1 450. Ce qui le maintient à une échelle humaine. Il a depuis accueilli un public très divers : des jeunes du quartier, de la future ville des Ulis, mais aussi de Bures ou d’Orsay. Nous en recrutions jusqu’à la vallée de Chevreuse avant qu’un lycée n’y soit ouvert.

- Quelles formations sont proposées par votre établissement ?

Comme la mention «  polyvalent » l’indique, le lycée de l’Essouriau se caractérise par une mixité des formations. Depuis toujours, il a proposé l’ensemble des bacs de l’enseignement général, de A à G, devenus, en 1993, les bacs des séries « économique et social » (ES), « littéraire » (L) et «  scientifique », avec pour particularité de proposer aussi bien une préparation au bac S-SI (sciences de l’ingénieur) que S-SVT (Sciences de la Vie et de la Terre). Pour mémoire, seuls 11% d’établissements offre une préparation à ce bac-ci.

- Et-ce dû à la proximité des écoles d’ingénieurs du Plateau ?

Pas spécialement. Cela répond davantage à notre souci de mixité au plan des formations. Avant la réforme du bac, nous proposions déjà le bac E, un bac à dominante ingénierie, et proposé par peu de lycées.

Voilà pour la formation générale. En parallèle, nous proposons une préparation à plusieurs bacs technologiques : Sciences et Techniques du Management et de la Gestion (STMG, ex-bac G) et Sciences et Techniques de l’Industrie et Développement Durable (STIDD, ex-bac F).

Enfin, aux élèves engagés dans la voie professionnelle (soit le quart de nos effectifs), nous proposons plusieurs bacs pro à dominante industrielle : «  Maintenance des équipements industriels », «  Electrotechnique » et « Pilotage de ligne de production ». Nous proposons cependant aussi une préparation à un bac pro plus tertiaire : « Gestion et Administration ».

- Comment les élèves de ces diverses voies d’enseignement cohabitent-ils ?

Bien ! Les élèves qui se sont connus au collège peuvent continuer à se côtoyer, quelle que soit la voie – générale, technologique ou professionnelle – où ils s’engagent. A défaut d’être dans la même classe, ils peuvent se retrouver dans la même cour. Ils disposent en outre du même centre de documentation, de la même cantine, des mêmes espaces pour les activités artistiques ou sportives. Je précise que nous sommes installés sur 4 ha, avec 20 000 m2 de bâtiments et d’installations organisés sur un plan plus horizontal que vertical et donc plus accessibles en rez-de-chaussée. Ce qui ne fait que faciliter la circulation des élèves et leur côtoiement.

- Cette polyvalence favorise-t-elle par ailleurs des bifurcations dans les parcours ?

Oui, dans une certaine mesure. La vocation d’un lycée polyvalent est justement d’assurer des passerelles, en réduisant l’étanchéité entre les différentes voies. En temps normal, il n’est pas simple pour un élève d’en changer car cela implique un changement d’établissement. Le nôtre couvrant l’ensemble des voies, c’est plus facile. Certes, il faut avoir l’accord des familles, disposer d’une place, mais cela reste du domaine du possible. Dès lors que nous constatons qu’un élève aurait plus de chance de s’épanouir dans une autre voie que celle où il s’est engagé, nous pouvons faciliter son changement d’orientation. On en vient à ce souci de l’excellence qui a toujours caractérisé notre lycée, à travers cette double mixité des formations et des publics. Laquelle excellence peut passer par n’importe quel bac. Il importe donc, selon nous, de ne pas hiérarchiser à l’excès les formations. Plus on offre du choix aux élèves et de possibilités d’emprunter des passerelles, plus on leur permet d’avoir le sentiment de construire leur propre parcours et non d’être engagé dans une voie toute tracée. De là sans doute cette sérénité que peuvent dégager nos élèves.

Pour être complet au plan des formations, nous avons ouvert il y a cinq ans, en 2011, des classes préparatoires aux grandes écoles : PCSI – Physique-Chimie Sciences de l’Ingénieur – et PSI. Le mérite de ce projet en revient à mon prédécesseur. Il découle de cette volonté d’offrir le plus large choix possible à nos élèves.

- La création de ces classes préparatoires a-t-elle été une façon de prendre acte de la dynamique de Paris-Saclay ?

Il s’agissait d’abord de permettre à des jeunes qui n’auraient pas été forcément pris dans des établissements plus traditionnels et pour tout dire élitistes, de préparer un concours pour entrer dans une école d’ingénieur. Nous avons commencé avec une vingtaine d’élèves. Nous en avons désormais une trentaine par année. Soit une cinquantaine sur l’ensemble des deux années. On devrait atteindre la soixantaine à la prochaine rentrée. Nous avons enregistré nos premières sorties en 2012.

- Quel est votre objectif sur l’ensemble des formations ?

Notre objectif est de doter nos élèves d’une formation qualifiante, de niveau bac-3 à bac +3, nous situant en cela dans la volonté exprimée depuis de nombreuses années par le recteur de l’Académie de Versailles, Alain Boissinot et confirmée depuis par ses successeurs, Pierre Yves Duwoye et Daniel Filâtre. La majorité de nos élèves – de l’ordre de trois quarts – sont en enseignement général et technologique. Notre objectif est donc d’en amener la moitié au-delà du bac, vers des formations supérieures de type BTS.

- Quels résultats obtenez-vous en classes préparatoires ?

La totalité de nos élèves parviennent à intégrer une école d’ingénieur. Certes, il ne s’agit pas des plus grandes, mais qu’est-ce qu’une grande école du point de vue d’un élève ? L’important est qu’il s’épanouisse dans une formation d’ingénieur et trouve un emploi dans le secteur industriel. Cela étant dit, et ce n’est pas un moindre motif de fierté, l’un de nos élèves a intégré Supélec il y a deux ans. Il se trouvait avoir été aussi admissible à Polytechnique.

- Quels sont les clés de réussite d’un lycée comme le vôtre ?

Ce sont d’abord toutes ces personnalités qui ont porté le projet d’un lycée polyvalent, il y a donc 40 ans, et dont l’action a été consolidée par les proviseurs qui se sont succédé. Nous récoltons les fruits d’un travail de longue haleine. Je tiens à remercier aussi les responsables d’établissements d’enseignement supérieur – l’Université Paris-Sud et Polytechnique -, qui nous font confiance depuis plusieurs années maintenant – le lycée de l’Essouriau participe notamment aux Cordées de la Réussite.

Sans oublier l’ensemble du personnel, les équipes pédagogiques et éducatives, qui manifestent un attachement à leur établissement. Un signe qui ne trompe pas : le faible turn over que nous enregistrons parmi les enseignants. Il est vrai aussi que nous ne sommes qu’à une vingtaine de km de Paris, de surcroît dans un territoire jeune et dynamique.

De 1994 à 2006, le lycée a été classé en enseignement prioritaire en lien avec son appartenance au territoire des Ulis. Cependant, dès sa création, il a été un lycée de grande mixité sociale. Et nous avons toujours été attachés à cet équilibre dans la mixité des publics et veillons à le maintenir entre publics favorisés et publics d’origine plus modeste. Certes, nous n’échappons pas aux conseils de discipline, mais c’est le lot de tout établissement.

Puisque j’en étais aux hommages et remerciements, qu’il me soit permis de souligner le rôle de la Région. Laquelle, rappelons-le, a en charge les établissements des enseignements secondaire et professionnel. En plus d’en être propriétaire, elle en assure le budget de fonctionnement.

- Et vous-même quand avez-vous pris vos fonctions dans ce lycée ?

Il y a quatre ans, en 2012. Auparavant, j’avais été trois ans au lycée François Villon des Mureaux, un lycée général et technologique. Je peux ainsi témoigner de la riche diversité de l’Académie de Versailles. Une diversité que j’apprécie.

[L’assistante de Monsieur Vandeporta est contrainte d’interrompre l’entretien pour lui faire signer un document dont a besoin un élève]

Désolé pour cette interruption, mais, ici, au lycée de l’Essouriau, les élèves sont prioritaires ! J’estime que nous sommes à leur service, à eux et à leur famille, qui, après tout, nous ont manifesté leur confiance en faisant le choix de notre établissement. Il y a une promesse à la hauteur de laquelle nous nous devons d’être.

- Dans quelle mesure cette offre de formation a été déterminée par l’environnement de l’Essouriau, avec son parc d’activités, ses entreprises, ses établissements d’enseignement supérieur et de recherche ?

Un lycée s’inscrit par définition dans un projet académique élaboré par son recteur en lien avec le territoire. Il y a nécessité d’un minimum d’adéquation entre l’offre de formations et les besoins des entreprises qui s’y trouvent. A fortiori quand les formations sont professionnelles ou qualifiantes.

- Un mot sur les Trophées de la Découverte professionnelle, que vous avez accueillis cette année [voir l’article que nous leur avons consacré ; pour y accéder, cliquer ici]. Est-ce une manière pour vous de marquer cette inscription de votre lycée dans son territoire ?

Ces Trophées sont une action menée à l’initiative du département de l’Essonne, avec l’Académie de Versailles. Ils s’adressent à des élèves de 3e, qui sont invités à réaliser un projet en partenariat avec des entreprises. Le fait de les accueillir est effectivement une manière de manifester notre soutien et de rappeler aux jeunes comme aux enseignants, que nous sommes un lycée aux formations qualifiantes.

Le fait de les accueillir a aussi permis aux collégiens de rencontrer des lycéens et de se projeter dans l’avenir. Force est de constater que le parcours scolaire des jeunes est jalonner de ruptures, qui ne sont pas toujours faciles à vivre. Nous essayons donc de les atténuer par plus de continuité au sein du système éducatif. De même qu’un continuum a été mis en place, depuis longtemps, entre l’école et le collège, il convient d’en créer un entre le collège et le lycée. A leur façon, les Trophées y concourent tout en réduisant aussi un peu la rupture entre l’école et le monde de l’entreprise.

 - Un mot maintenant sur le dispositif « Ingénieurs pour l’école » dont vous accueillez une représentante en la personne de Marie Ros-Guézet…

Notre participation à ce dispositif est une autre manière de réduire les effets de rupture que j’évoquais. Il a un autre mérite : contribuer à lutter contre le sexisme des métiers. Les filles sont encore minoritaires dans les formations scientifiques ou techniques. Pourtant, il n’y a aucune raison qu’il en soit ainsi hormis le poids des idées reçues ! Chaque année, nous invitons donc des ingénieures à témoigner pour bousculer ces dernières, montrer qu’on peut être une fille et faire plus tard une carrière dans l’industrie. Marie Ros-Guézet s’est prêtée à l’exercice dans le cadre du dispositif « Ingénieurs pour l’école ». Nous sommes également partenaires de l’association « Elles bougent », qui œuvre aussi à mieux faire connaître des métiers que les filles pensent ne pas être faits pour elles.

- A vous entendre, un lycée n’est donc pas un îlot perdu au milieu de nulle part, mais en interaction avec son environnement, y compris les entreprises.

Oui, y compris avec les entreprises. C’est d’autant plus indispensable que nous avons 350 jeunes en formation professionnelle pré-bac et une centaine en BTS, auxquels il faut bien trouver des stages (pour mémoire, ceux des premiers totalisent 22 semaines sur les trois années de formation). Le contact avec les professionnels permet en outre de « former » nos enseignants. Etant entendu que certains ont déjà travaillé en entreprise, avant de rejoindre l’EN - c’est une des caractéristiques de la voie technologique supérieure et de la voie professionnelle. Eux-mêmes peuvent néanmoins avoir besoin d’actualiser leur connaissance.

A quoi s’ajoute la formation par apprentissage, une voie que nous souhaitons soutenir. Outre les perspectives d’emploi qu’elle offre, elle est une autre manière de tisser des liens avec les acteurs économiques du territoire. Nous venons de mettre en place une unité en partenariat avec le Rectorat, la Région et le CFA académique V.3.A.

Comme j’aime à dire, il y a en sus de la culture artistique, une culture de l’entreprise, tout aussi digne d’intérêt. Mais si nous allons vers l’entreprise, l’entreprise vient aussi à nous via la formation continue. Nous proposons notamment des formations d’habilitation électrique à la fois pour des salariés d’entreprises (nos enseignants interviennent dans un Greta créé voici deux ans) et des agents municipaux qui ont besoin d’actualiser leurs connaissances. Début juin, nous devions accueillir une quinzaine de personnes en réadaptation ou requalification d’emplois.

- Dans quelle mesure Paris-Saclay vous conforte dans cette dynamique ?

Permettez-moi de rappeler notre antériorité : le Lycée de l’Essouriau a été créé bien avant qu’on ait évoqué Paris-Saclay ! Cela étant dit, il est évident que la dynamique de Paris-Saclay est une chance pour un établissement comme le nôtre. Paris-Saclay est une pépinière de laboratoires, de grandes entreprises, de centres de RD, qui ne sont pour beaucoup d’entre eux qu’à dix minutes de notre établissement, à vol d’oiseau.

Des liens solides ont d’ores et déjà été noués à travers notre partenariat avec l’Université Paris-Sud, lequel remonte à plus de dix ans. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage au doyen de Paris-Sud, Sylvie Retailleau (devenue depuis présidente), pour la confiance qu’elle nous a accordée et l’opportunité qu’elle nous a donnée de nous ouvrir davantage sur Paris-Saclay.

De même, le partenariat noué, dès 2006, avec Polytechnique, dans le cadre des Cordées des Réussites, a contribué à nous rapprocher de Paris-Saclay. Pour mémoire, elles concernent chaque année une dizaine d’élèves de seconde, sélectionnés sur la base de critères sociaux et de réussite scolaire, et qui s’engagent pendant trois ans, à suivre chaque mercredi après-midi, à l’X, des cours de soutien assurés par des polytechniciens. Une manière parmi d’autres de faire vivre le principe de l’égalité des chances (les élèves disposent d’une bourse X-Post Bac) et, j’insiste sur ce point, de permettre à de jeunes filles de faire des études scientifiques, ou encore, à ceux qui en ont peu l’opportunité, de rencontrer des étudiants déjà bien engagés dans leur cursus d’enseignement supérieur.

- Vous avez évoqué ce que la dynamique du plateau de Saclay peut apporter à votre établissement. En sens inverse, le lycée de l’Essouriau peut aussi lui apporter, ne serait-ce qu’à travers cette plateforme technologique dont nous a parlé Marie Ros-Guézet et qui, à l’en croire, pourrait intéresser des startuppers…

Nous avons effectivement un bâtiment qui abrite tout l’enseignement en lien avec l’industrie, que ce soit les pré-bacs, les bacs technologiques, nos BTS ou nos classes préparatoires. Si des start-up sont intéressées à utiliser cette plateforme, je ne demanderais qu’à examiner leur demande. Le taux d’occupation permet d’imaginer d’en autoriser l’accès à des acteurs extérieurs. J’y suis a priori d’autant plus favorable que cette plateforme a été financée par des fonds de la Région d’Ile-de-France.

- Encore un mot sur les problématiques de transport.  Vous avez évoqué « une dizaine de minutes à vol d’oiseau » pour se rendre sur le plateau de Saclay… Dans les faits, l’accessibilité à ce dernier n’est pas simple. Une remarque qui est une invite à témoigner des problèmes de transport…

Des problèmes que je m’empresse de relativiser. La ligne de bus n°9 dessert le plateau depuis le quartier de l’Essouriau et ce en 35-40 mn. Sinon vous disposez du bus 3, au départ de la station Orsay-Ville de la ligne du RER B. Bref, des solutions existent. De fait, notre lycée accueille des élèves du plateau. Et nul doute qu’il sera amené à en accueillir encore davantage avec l’arrivée de nouveaux ménages, dans les quartiers du Moulon ou de Polytechnique.

A lire aussi : notre entretien avec Marie Ros-Guézet (pour y accéder, cliquer ici).

A suivre, d’ici quelques semaines, un entretien avec Vincent Reynaud, un des enseignants des classes préparatoires du lycée de l’Essouriau.

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