Des nouvelles de notre jardinier-berger. Entretien avec Olivier Marcouyoux

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Voici des nouvelles du « jardinier berger » que nous avons déjà eu l’occasion d’interviewer, et que nous avons rencontré par hasard à Saulx-les-Chartreux, où nous nous rendions pour interviewer Christian Van Gysel et Alain Moinat sur le Paris-Saclay Hardware Accelerator qu’ils sont en train d’y aménager*.

- Quelle surprise ! Que faites-vous donc ici, dans ce parc… ?

… de La Jonchère. Un parc magnifique comme vous pouvez le constater, entre jardin à la française et jardin à l’anglaise (à la franglaise, comme j’aime à dire). Mais pas simple à entretenir pour une petite ville de 5 000 habitants, comme Saulx-les-Chartreux. Nous l’entretenons donc à titre gracieux, avec mes moutons, en contrepartie du logement de berger que la mairie met à disposition. Je les transporte au moyen d’une toute nouvelle bétaillère. D’ailleurs, si vous pouviez préciser qu’elle a été financée par l’Europe, dans le cadre d’un programme Leader, je crois que mes financeurs en seraient très contents (même si en réalité, j’ai dû avancer la somme…).

IconopourOM18-20180527_200535- Quand vous dites « nous », de qui s’agit-il ?

D’un ami paysagiste, Thomas Padoan, et de moi. Je le forme à l’éco-pâturage. Une pratique qui rencontre un grand succès auprès des collectivités, mais qui, malheureusement, ne suscite pas encore assez de vocations. Nous manquons de bergers compétents, du moins pour intervenir en milieu urbain. Ceux qui sont formés préfèrent vivre à la campagne. Exercer le métier en Ile-de-France ne correspond pas encore à leur idéal de vie. Pourtant, on ne manque pas de terrains ni de fermes mis à disposition. J’essaie donc, à mon échelle, de suppléer aux manques en tâchant de former des bergers capables d’intervenir dans un contexte urbain.

- Un mot sur ce parc et ce bâtiment situé à l’entrée ?

C’est l’ancienne propriété de l’éditeur Albin Michel, qui l’a revendue à la mairie de Saulx-les-Chartreux.

- On comprend mieux, suite au passage d’un long courrier juste au-dessus de nos têtes…

Rappelons que nous sommes au cœur du fameux Triangle Vert, que la commune de Saulx-les-Chartreux forme avec celles de Marcoussis et de Nozay. Un territoire de préservation d’espaces naturels et agricoles, qui s’est constitué comme tel, malgré lui, depuis qu’il a été érigé en zone d’atterrissage d’urgence… Les droits de construction y ont été restreints en conséquence, donnant ainsi ses allures champêtres à l’environnement, exception faite, bien sûr, des nuisances sonores.

- C’est peu réjouissant tout ce que vous nous racontez-là…

Et j’en ai presque autant à dire sur d’autres espaces verts d’Ile-de-France dont beaucoup ont été créés sur d’anciennes zones de remblais ou polluées… Un mal pour un bien cependant car, au fil du temps, ces anciennes friches sont devenues des îlots de biodiversité.

IconopourOM18-20180412_133144- Où aurions-nous la chance de vous croiser de nouveau ?

En dehors d’ici, où nous sommes régulièrement, nous nous apprêtons à faire de l’éco-pâturage sur le campus de la Fac d’Orsay, durant tout le mois de juillet. Nous y intervenons avec un gros troupeau, que nous déplacerons à intervalle régulier. Une nouvelle formule que nous proposons en guise d’alternative à cette méthode consistant à recourir à peu de moutons, mais sur un laps de temps plus long. Certes, elle a des avantages au plan économique – elle limite les contraintes de gestion et de surveillance – ou en termes de communication – les moutons sont visibles par plus de monde. Mais cette manière de faire ne me semble pas la meilleure pour la qualité des prairies ni la santé des bêtes. Nous, nous préférons solliciter plus de moutons et sur des laps de temps plus courts. En plus de l’éco-pâturage, nous proposons de la restauration – une offre de burgers et kebabs, composés à partir de produits locaux. Une manière pour nous d’épouser l’évolution des modes de vie urbains – les gens n’ont plus guère le temps de cuisiner ! Dans ce contexte, la vente directe de productions agricoles brutes ne nous paraît plus promise à un grand avenir. Il faut les valoriser à travers des produits prêts à consommer [en illustration, les moutons au moment d'une séance de tonte..].

- Pour en revenir à votre prochain éco-pâturage sur le campus d’Orsay, comment appréhendez-vous la cohabitation avec les étudiants ?

Aucune inquiétude à avoir. Les étudiants ont fini leur année et ne sont donc plus sur le campus. Pour nous, c’est l’occasion de tester d’autres pratiques comme, par exemple, du pâturage à proximité des parkings. Pour les jardiniers en charge du débroussaillage, le recours à des moutons est un soulagement. Eux n’hésitent pas à s’attaquer à certaines plantes, qui provoquent d’ordinaire des brûlures au premier contact. Je pense à la berce, dont les moutons sont, eux, friands. Autant de choses que j’expliquerais volontiers à vos lecteurs qui passeraient sur le campus avant fin juillet. Sinon, je leur dis à l’année prochaine car l’expérience devrait y être reconduite.

Pour en savoir plus sur Olivier Marcouyoux, nous vous invitons à lire le portrait (en deux volets) que nous lui avions consacré en septembre 2014 – pour y accéder, cliquer ici.

* Cet entretien avec Christian Van Gysel et Alain Moinat sera mis en ligne au retour des vacances du site Média Paris-Saclay, après la mi-août.

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