10 ans d’incubation à l’ECP. Rencontre avec Charlotte Engrand

Incubateur de l'ECP
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Ils viennent de l’Ecole Centrale de Paris (ECP) mais aussi de Polytechnique, de Supélec… Ils fréquentent le même lieu : l’incubateur de l’ECP, pour y développer leurs projets de start-up, qui dans le domaine de l’énergie, qui dans celui du Web ou l’innovation de service. Visite en compagnie de Charlotte Engrand qui le pilote depuis 2008.

Des locaux aménagés dans une travée de hangar, avec des bureaux répartis sur deux étages. Malgré l’austérité des matériaux, l’incubateur de l’ECP, bien éclairé, dégage une ambiance à la fois studieuse et conviviale. Pour trouver son interlocuteur, il suffit de demander à la première personne croisée qui vous indiquera le chemin de son bureau, voire prendra le temps de vous y accompagner. Au total, un peu plus d’une quinzaine de start-up sont hébergées ici. Certaines viennent tout juste d’arriver. D’autres sont là depuis près de deux ans. Voire plus.

De l’innovation sociale à l’univers des start-up

Responsable des lieux, Charlotte Engrand ne vient ni de la recherche ni de l’entrepreneuriat. Elle n’est ni Centralienne ni fondatrice de start-up. Mais son expérience professionnelle ne pouvait pas laisser indifférente l’Ecole Centrale de Paris en quête d’un pilote pour son incubateur. Titulaire d’un 3e cycle en aménagement et développement local, Charlotte Engrand a travaillé pendant cinq ans au sein d’une Plate-Forme d’Initiative Locale (PFIL) où elle accompagnait principalement des chômeurs à travers une structure de microcrédit, dans un quartier de la « politique de la ville », à Aulnay-sous-Bois.

Pendant deux autres années, elle a ensuite travaillé pour la Fondation VINCI, là encore pour accompagner des projets d’insertion professionnelle, relevant de l’économie sociale. « On est loin de l’univers de la start-up, même s’il peut y avoir aussi de l’innovation dans le champ de cette économie. »

Quant elle rejoint l’Incubateur, en 2008, celui-ci avait déjà quelques années d’existence. Il a été conçu dès 2001, sous l’impulsion d’Hervé Biausser, l’actuel directeur de l’ECP, à l’époque directeur de la recherche, et d’un professeur de l’Ecole, Jean-François Galloüin, à l’initiative de la création d’une filière entrepreneuriat qui forme les élèves ingénieurs à partir de la 3e année.

Une tradition entrepreneuriale

A l’époque, peu de grandes écoles disposaient d’un incubateur. « Que l’ECP ait été pionnière n’est pas fortuit, tient à rappeler Charlotte Engrand : cette école a toujours produit des entrepreneurs, même si ce n’était pas sa finalité. » Parmi les plus illustres : Eiffel, Michelin,… Plus près de nous : des Bouygues et autres Charles Beigbeder…

Reste qu’au cours de ses premières années d’existence, l’incubateur fonctionnait de manière plus informelle, ne disposant pas de locaux en propre. « Les porteurs de projet, à peine quatre-cinq au début, étaient hébergés dans les laboratoires et accompagnés de manière informelle par les professeurs.»

En 2006, un tournant est opéré avec sa restructuration, le recrutement d’un permanent et, l’année suivante, son aménagement dans de tous nouveaux locaux (ceux qu’il occupe actuellement). Le fonctionnement est formalisé à travers l’élaboration d’une charte d’incubation et la constitution d’un comité de sélection. Puis, en 2008, Charlotte Engrand est recrutée pour en assurer le pilotage.

Objectif : une vingtaine de start-up

En quelques années, le nombre de projets a fortement crû, passant d’une demi douzaine en 2007 à une quinzaine en moyenne. A terme, l’objectif est d’en accueillir une vingtaine. « En 2009-10, on a dû pousser les murs. » Mais comme le reconnaît Charlotte Engrand, la croissance ne fut pas continue. « L’année suivante, je disposais d’un peu plus de places. » Des projets en ont profité pour prolonger le bail. Les conditions sont il est vrai plus que confortables. Outre des bureaux tout équipés, trois salles de réunion et une autre de détente, l’Incubateur assure un accompagnement managérial et permet l’accès aux laboratoires de recherche de l’école ainsi qu’à un réseau d’expertises spécifiques. En 2012, de nouveaux candidats ont afflué, suite à une campagne de communication. « On a dû de nouveau repousser les murs ! »

Quand on lui demande de préciser le nombre actuel, Charlotte Engrand hésite. « Que voulez-vous, entre les projets qui arrivent et ceux qui sortent, je m’y perds un peu. » Un document de présentation des start-up actuellement incubées, réalisé en mai de cette année, n’est déjà plus d’actualité ! Vérification faite, 17 sociétés étaient dans les murs au début de l’été. Entre optimisation énergétique et innovations de services via le web, la liste des projets en cours tient de la liste à la Prévert. On y trouve :

- Adionics, qui développe une technologie de rupture pour le dessalement de l’eau ;

- Agoraenergy qui, présent depuis près de deux ans, a conçu un système permettant d’enclencher l’éclairage public de l’espace public, en produisant sa propre énergie ;

- E-Co, qui développe, elle, une plate-forme collaborative pour la conception de plans de bâtiment permettant ainsi d’économiser l’usage du papier ;

- Ange gardien, qui a mis au point un boîtier de la taille d’un porte- clés pour retrouver des objets voire… ses enfants ;

- Fund Kis, qui a, elle, développé un logiciel en ligne permettant aux sociétés de gestion d’éditer les documents réglementaires ;

- Kwyk, qui a mis au point un système d’évaluation des connaissances des collégiens en ligne ;

- Optimix : créée par une diplômée de Supélec qui poursuit une thèse au MIT (où elle est aussi incubée) : elle propose un système permettant d’optimiser les réservations en ligne de billets. « Outre des compagnies aériennes canadiennes et américaines, elle travaille aussi pour IdTGV et la NBA ! » ;

- Paratreuil, qui a conçu un système pour pratiquer le parapente en plaine ;

- Senova : le premier bureau d’études thermiques destiné aux particuliers en quête d’optimisation énergétique, créé par deux ingénieurs centraliens, dans les murs depuis plus de deux ans ;

- Smart Impulse, qui toujours dans le domaine énergétique, a conçu un logiciel permettant d’analyser en détail la consommation d’électricité d’un bâtiment, à travers un boîtier unique ;

- Troboalecole : le premier portail dédié à la photographie scolaire. Intérêt de cet « innovation de service » : l’économie de papier et une gestion plus rationnelle des photos de classes ;

- Twinlife : qui conçoit une tablette numérique simple d’usage pour les personnes âgées, leur permettant de communiquer avec leurs proches et, éventuellement, un personnel soignant. Ses concepteurs : un Centralien de plus de 60 ans ! (il est de la promo 71), associé à un Polytechnicien ;

- Vega : en fin d’incubation, elle développe un logiciel qui permet de collecter, organiser et partager ses recherches sur Internet.

Parmi les tous derniers projets ayant fait leur entrée : Wandercraft, lauréat du premier concours organisé par l’incubateur à l’occasion de ses 10 ans, célébrés en mai 2012. Créée par des Polytechniciens, elle développe un exosquelette pour personnes paraplégiques, en partenariat avec un industriel et non des moindres (Dassault) et des laboratoires de l’hôpital de Garches.

Conditions d’admission

On le voit : pour être admis dans l’incubateur, nulle obligation d’être diplômé de l’ECP. D’ailleurs, actuellement, bon nombre (6 sur 17) des porteurs de projet viennent d’autres écoles : l’Ecole centrale de Lyon, l’Ecole Polytechnique, les Mines de Saint-Etienne, Supélec… En revanche, outre un projet technologique innovant, avec un potentiel de croissance, les candidats doivent s’associer à un des laboratoires de l’école. Il leur faudra aussi franchir trois étapes : un premier RDV avec Charlotte Engrand, puis une rencontre avec deux membres du comité de sélection, enfin, une présentation devant l’ensemble du comité.

Une fois admis, ils peuvent en principe rester pour une durée de douze mois renouvelable une fois. En principe : suivant l’espace disponible, certains peuvent y rester un peu plus longtemps. Par exemple : Adionics, dans l’incubateur depuis plus de deux ans. «Leur projet prend plus de temps que prévu. Ils n’ont pas encore terminé leur phase de R&D avec leur laboratoire partenaire. » D’autres ont à l’inverse pris leur envol en quelques mois.

Un double coaching est proposé. Un coaching managérial, d’une part, assuré par un ancien Centralien, entrepreneur coach certifié. Un coaching technique, d’autre part, assuré, lui, par un professeur de l’école, pour la maîtrise du prototypage, des logiciels de CAO, etc.

Les droits d’inscription se présentent sous la forme d’avance remboursable en nature : les porteurs ne paient rien pendant la durée de l’incubation, mais s’engagent à en rembourser le coût (soit 2 000 euros par mois), en cas de succès. « Notre incubateur prend donc un risque », tient à souligner Charlotte Engrand.

Un risque mesuré si on en juge par le taux de réussite, de l’ordre de 90%. Récemment, seul un échec est à déplorer : « Il s’agissait d’une start-up montée par quelqu’un qui avait plus une âme de chercheur. Il n’est pas parvenu à trouver un associé pour l’aspect commercial. » Mais l’incubation n’en reste pas moins une expérience utile pour un autre projet de start-up.

L’avenir sur le Plateau de Saclay

L’incubateur se trouvant sur le site actuel de l’ECP, à Châtenay-Malabry, on s’y rend facilement en RER depuis la station de Robinson (compter quinze minutes par la « coulée verte ») ou de la Croix-de-Berny (en compter autant via, cette fois le Parc de Sceaux). Dès lors la question se pose : Charlotte Engrand éprouverait-elle des regrets à l’idée de quitter l’actuel campus pour rejoindre le Plateau avec le reste de l’Ecole ? « A priori, c’est une perspective positive. L’incubateur ne peut que gagner en taille et en proximité avec d’autres établissements d’enseignement supérieur dont Supélec, notre partenaire privilégié. Il bénéficiera aussi d’équipements modernes, aux nouvelles normes énergétiques. » Un changement important quand on sait que le bâtiment principal de l’ECP a été construit avant le premier choc pétrolier ! Charlotte Engrand a en outre participé à la définition des besoins pour le futur établissement. « Le fait de suivre un projet d’architecte est aussi une expérience intéressante. »

Cela étant dit, à titre plus personnel, elle reconnaît que ce ne sera pas simple. Principal motif d’inquiétude : l’accessibilité ! Elle-même habite à proximité de l’emplacement actuel. « Je crains que les infrastructures de transport ne soient pas encore prêtes au moment de notre aménagement. » Et le projet de métro automatique ? « Ce serait la solution, mais il y a encore des incertitudes quant à sa réalisation. » Et Charlotte Engrand de reconnaître d’en être à réfléchir à une solution individuelle, en se dotant d’un scooter !

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