Une innovation galvanisante. Rencontre avec deux jeunes entrepreneurs du 503

Usine de galvanisation où Enovasense réalisera ses premiers tests.
Enovasense
Suite de nos rencontres d’entrepreneurs innovateurs du bâtiment 503 avec, cette fois, Jean Inard-Charvin et Geoffrey Bruno, deux anciens de la Filière Innovation – Entrepreneurs (FIE), et dont nous avions rendu compte du prix Emergence remis dans le cadre du concours national d’Oséo et du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Enovasense : sous ce joli nom se cache une start-up spécialisée dans la mesure d’épaisseur de revêtements (en l’occurrence des plaques et des tôles, en aluminium ou en acier). A l’origine de sa création, en 2013 : Jean Inard-Charvin et Geoffrey Bruno, issus de la Filière Innovation – Entrepreneurs (FIE) de l’Institut d’Optique Graduate School (IOGS). Ils se sont rencontrés en première année, en 2010. « Nous avions suivi le Young Entreprise Project, un programme d’initiation à la création d’une micro-entreprise ». A l’époque, Jean Inard-Charvin et Geoffrey Bruno formaient un quatuor avec deux autres élèves de la promotion. Ensemble, ils se convainquent de poursuivre dans la FIE, constituant une équipe avant même de définir leur projet. Jean : « C’était dans la continuité des choses. La première année permet de se connaître soi-même et d’apprendre à travailler avec les autres. » Puis est venu le temps de définir le projet. Au départ, il s’est agi d’une fenêtre photovoltaïque. Le projet n’aboutira pas. Pour autant, ni Jean ni Geoffrey ne parlent pas d’échec. Ils ont bien appris la première règle inculquée au cours de leur formation : « Ici, rappelle Jean-Louis Martin, directeur de l’IOGS (cliquer ici pour accéder à l’entretien qu’il nous a accordé), il n’y a pas d’échec, juste des projets qu’on arrête parce qu’on perçoit qu’ils n’aboutiront pas. » Philosophe, Jean confirme : « La suite devait nous donner raison avec l’éclatement de la bulle photovoltaïque. » En janvier 2011, les quatre se lancent donc dans un autre projet, qui concerne, cette fois, la mesure d’épaisseur de matériaux. L’enjeu : améliorer la galvanisation destinée à les protéger contre la corrosion.

Une technologie brevetée

Deux ans durant, ils travaillent en mettant à profit le stage de 2e année effectué par Geoffrey au CEA. Entretemps, lui et Jean se sont mis à travailler en duo sur le projet, les deux autres comparses ayant emprunté d’autres voies. En 3e année, nouveau stage, de six mois. Geoffrey : « Il fallait faire un choix : ou bien suivre un stage en laboratoire ou en entreprise, ou bien en consacrer un au projet, en autonomie. » Ils retiennent la seconde option, l’Institut leur mettant à disposition un bureau 2e étage du 503 (pour une « visite » de ce bâtiment, cliquer ici). Ils ne sont pas pour autant abandonnés à eux-mêmes. « Nous étions bien encadrés, par des coaches que nous voyions régulièrement. » Ils en profitent pour une nouvelle fois réorienter leur projet. « Nous nous sommes rendus compte que la mesure de plaques pour elle-même avait moins d’intérêt pour les industriels que l’épaisseur d’un revêtement, autrement dit une couche sur un substrat. » Leur technologie permet de limiter l’utilisation de zinc (en l’état actuel des techniques, les entreprises en déposent parfois jusqu’à deux fois plus que ce qui est utile) tout en parvenant à un résultat conforme au niveau requis de galvanisation. En vrais entrepreneurs, ils ont déposé un brevet afin de protéger les améliorations qu’ils ont apportées. Pour la mettre au point, ils ont utilisé le désormais fameux Photonic FabLab du 503. Geoffrey : « Il nous a permis de disposer de composants et d’accéder à des machines d’usinage classiques, mais au-dessus des moyens d’une start-up. » Sans compter la possibilité de réaliser des pièces au moyen d’une imprimante 3D. Afin d’ajuster leur innovation aux besoins concrets, ils ont également collaboré avec des industriels, qu’ils ont identifiés eux-mêmes, au cours de leurs années d’études, en élargissant leur prospection bien au-delà du Plateau. Et pour cause : « Si les sièges sociaux se trouvent en Ile-de-France, les usines se trouvent, elles, en province. »

Une expérience de terrain

On aborde là une autre spécificité de la FIE à laquelle Jean-Louis Martin se dit très attaché : « Dès les premières heures, avant même que le projet soit défini et ficelé, nos élèves doivent aller sur le terrain, sortir du bâtiment, aller à la rencontre des clients potentiels, évaluer leur intérêt. Pas question de faire une étude de marché sur internet ou par le truchement d’une autre personne ! » Jean et Geoffrey confirment. Le premier : « Pour développer un produit, il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur une relation client. C’est elle qui permettra d’orienter l’effort de recherche. » Le second : « Quand on fait du B to B, il est indispensable de privilégier le contact direct avec le client. » Pour les besoins du développement de leur société, nos jeunes entrepreneurs peuvent compter actuellement sur une PME. « Elle se montre particulièrement coopérative : elle est si intéressée par le projet qu’elle nous a ouvert ses portes, pour nous permettre d’y faire tous les tests que nous souhaitions. » Parmi les débouchés, Geoffrey et Jean songent déjà au secteur de l’aéronautique, à l’heure des matériaux composites (le nouveau A350 d’Airbus est composé à 50% en matériaux de ce genre). En plus de la maîtrise technologique, il faut aussi savoir faire face aux enjeux de financement. Ce à quoi les deux élèves ont été préparés au cours de leur passage par la FIE. Jean : « Cette filière de formation permet d’aborder tous les aspects y compris financiers. Geoffrey et moi connaissons bien les sources de financement, publics ou privés. Nous savons de mieux en mieux à qui nous adresser. » Alors qu’ils n’étaient pas encore sûrs de créer leur propre entreprise, ils ont suivi une période de pré-incubation à la Chambre de commerce et d’industrie de l’Essonne, dans le cadre du dispositif Innovapole (grâce à un conventionnement avec l’IOGS). Au sortir de l’école, ils ont ensuite rejoint IncubAlliance (dont l’IOGS est membre). « Bref, nous avons été accompagnés du début jusqu’à la fin. Nous avons pu prendre le temps pour faire la preuve de concept. »

A l’évidence, créer une entreprise ne leur pose pas de problème. « Ils ont baigné très tôt dans cette atmosphère de création » souligne Jean-Louis Martin. « A la différence de chefs d’entreprise classiques, ils sauront, s’il le faut, passer à une autre activité sans chercher à pérenniser la précédente si elle ne devait plus se révéler viable ».

Un fleuve tranquille mais long

Pour l’heure, l’aventure se poursuit. Et sous de bons auspices. Jean et Geoffrey ont été en juin dernier lauréats du prix Emergence, dans le cadre du concours national d’Oséo et du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Mais à les entendre, c’est presque un passage naturel. Il est vrai que les étudiants de la filière IOGS ont l’habitude de glaner prix et récompenses (plus d’une quarantaine à ce jour). « Bien sûr, nous étions satisfaits. Après tout, c’est un passage obligé pour avoir des financements et continuer dans le développement. Des start-up technologiques comme la nôtre ont besoin d’acquérir du matériel et de réaliser des études. » Qui plus est, leur parcours d’entrepreneurs est un fleuve tranquille… mais long. « Entre l’esquisse du projet et la première vente, nous n’avons aucun moyen de mesurer le résultat de ce que nous faisons. » D’où l’intérêt du prix. Geoffrey : « C’est une reconnaissance qui est vraiment bonne à prendre. »

La première vente d’Enovasense est programmée en début 2014. Mais les choses ne se font pas si simples. « Dès lors qu’il s’agit d’un produit innovant, encore au stade de prototype, la commercialisation en B to B prend du temps. » Geoffrey : « Il faut commencer par tester le produit en usine, puis le laisser à l’industriel pour qu’il le teste à son tour ; enfin, nous pourrons le lui vendre. Un processus long. A tel point qu’on réalisera la vente effective, sans nous en rendre compte ! »

Un prochain objectif : l’international

Avec la galvanisation, leur société occupe un marché de niche à l’échelle de la France, composé d’au plus une soixantaine de PME, mais il offre des possibilités de développement à l’international, notamment en Allemagne, qui constitue le plus gros marché. Une perspective qui ne semble pas intimider plus que cela nos jeunes entrepreneurs. Jean-Louis Martin : « Ils y sont sensibilisés dès le début de la formation de la FIE à travers un cycle spécifique. » Ainsi que le précise de son côté Frédéric Capmas, responsable de la FIE, ils pourront en outre s’appuyer sur des relais de développement, parmi lesquels les quelque 4 000 conseillers au commerce extérieur, présents presque partout dans le monde. « Ce sont des contacts incontournables pour les entreprises qui veulent se développer à l’étranger. Forts d’une expérience professionnelle dans des grands groupes internationaux, ils sont en mesure d’apporter leur expérience, d’aider à décoder les codes cultuels propres au pays où ils opèrent. » Signe de bon augure : Enovasense occupe les anciens locaux de StereoLabs, qui a déménagé au rez-de-chaussée où elle poursuit son développement à l’export.

Le Plateau et l’enjeu de son accessibilité

Quand on leur demande ce qui est le plus précieux pour un entrepreneur, la réponse fuse : « Les autres entrepreneurs que nous avons la possibilité de côtoyer au quotidien. Le fait de pouvoir échanger avec eux, de profiter de leur retour d’expérience est un vrai plus. » Ils ne se privent pas d’aller frapper à la porte d’une entreprise en cas de besoin de conseils. Le risque de concurrence est relatif. Jean-Louis Martin : « Les entreprises présentes ici exploitent toutes les technologies de la photonique, mais en en déclinant les applications dans des domaines suffisamment diversifiés pour ne pas se retrouver concurrents. »

Et l’accessibilité du bâtiment, qu’en pensent-ils ? Comment la vivent-ils ? Jean : « Les clients ont généralement peu de difficulté à venir jusqu’ici. Nous leur donnons un plan d’accès et ils finissent par nous trouver. » Manifestement sans encombres. Ne pâtissent-ils pas cependant des problèmes de transport ? Geoffrey : « C’est vrai qu’en la matière, c’est épique ! Mais nous avons intégré cette variable. Au pire, en l’absence d’un bus, on peut venir ici à pied depuis la gare [d’Orsay ]. Tout au plus faut-il emprunter un chemin de terre. » Ce que confirme l’auteur de ces lignes.

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