Un Science Break au Synchrotron Soleil

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Le 3 juin dernier, le Synchrotron Soleil accueillait le 2e Science Break. Impressions de Kevin Lamothe, chargé de communication scientifique de cet équipement emblématique du Plateau de Saclay, qui a participé à l'organisation de l'événement.

Mardi 3 Juin, feu vert pour le deuxième Science Break. Le premier avait eu lieu en février dernier à l’amphithéâtre Cartan de la Faculté des sciences de Paris Sud. Celui-ci se déroule au Synchrotron SOLEIL, un des équipements emblématiques de la recherche sur le Plateau de Saclay. Pour mémoire, il s’agit de l’accélérateur de particules et source de lumière grâce auquel les scientifiques observent et étudient la matière à l’échelle atomique.

Après le succès du premier Science Break, pression supplémentaire pour un lieu excentré, et en période de relâche pour les étudiants… Combien de personnes vont venir applaudir les trois chercheurs spécialistes de cristallographie ? En l’occurrence : Claire Laulhé, Pierre Legrand et Jean-Paul Itié, tous trois scientifiques au Synchrotron. A quelques heures de leur intervention, ils travaillent d’arrache-pied pour respecter le format Science Break. Ils sont trop concentrés sur leur future présentation pour soupçonner que l’évènement sera un réel succès. Aux alentours de midi, le public commence à arriver. Un court film tourne en boucle, présentant les cristaux géants de Naïca qui poussent depuis des millions d’années dans une grotte mexicaine. Devant de telles images on sent l’intérêt de l’auditoire s’animer. Après un bref rappel des règles du jeu, et devant un amphithéâtre qui se remplit jusqu’à accueillir une centaine de personnes, c’est parti !

Pierre Legrand, scientifique sur l’une des « lignes de lumière » de SOLEIL ouvre le bal avec l’un de ses sujets de recherche : les bactéries magnétotactiques. Des « wouah » fusent du public lorsqu’il diffuse un film montrant comment les bactéries suivent l’orientation d’un champ magnétique, et se déplacent telles des groupies suivant leur star préférée. L’exposé se poursuit, on apprend que ces bactéries vivent dans l’eau et ont développé un mécanisme unique pour se déplacer de manière efficace. Elles « fabriquent » de petits cristaux, des aimants qui s’alignent à l’intérieur de la bactérie et vont lui servir à s’orienter dans l’espace. Les chercheurs ont observé les mécanismes de création de ces cristaux, et en particulier les protéines qui les produisent. Grâce aux rayons X, on obtient des « images » 3D de ces protéines, et on parvient à en expliquer le rôle. Applaudissements dans la salle, c’est un très bon début !

Vient le tour de Claire Laulhé, maître de conférences à l’Université Paris-Sud et également scientifique sur une ligne de lumière de Soleil. Après quelques rappels sur ce qu’est un cristal, elle retrace son histoire personnelle depuis sa plus tendre enfance. Nous apprenons, attendris, que nous avons tous été cristallographes en herbe, et qu’une tapisserie aux motifs répétés peut se révéler un sujet d’étude captivant. Autre raison de sa passion pour la physique, Claire Laulhé a développé un intérêt particulier pour les accélérateurs de particules : qu’ils soient géants comme le CERN ou plus modestes, comme SOLEIL où elle passe ses journées et parfois même ses nuits. Elle termine par ses recherches et sa ligne de lumière, nommée… CRISTAL ! Des tonnes de réglages, beaucoup d’interactions, l’envie de partager du savoir, Claire aime son métier et cela se ressent dans son exposé. Le public est visiblement conquis, et des étudiants ont peut-être trouvé leur vocation future !

Dernier intervenant, Jean-Paul Itié, Directeur de Recherche au CNRS, mais également responsable d’une ligne de lumière à SOLEIL. En préambule, il introduit les différentes phases de l’eau. Et à partir de ce diagramme qui pourrait effrayer plus d’un non initié, il nous fait voyager en Italie et nous apprend que les pâtes cuites en altitude (où la pression atmosphérique est plus faible) sont moins bonnes qu’en plaine… Stupeur amusée dans la salle ! Il explique que, pour passer de l’eau liquide à la glace, nous ne sommes pas obligés de modifier la température, on peut aussi jouer sur la pression. Concentré, il s’installe derrière une expérience. Sur un écran, un « cristal »  apparaît : c’est de la glace. Puis le chercheur diminue la pression, le cristal fond, on ne distingue plus ses angles. L’opération est répétée plusieurs fois, et l’on réalise qu’il est possible de faire pousser des cristaux comme dans la grotte de Naïca, mais un peu plus rapidement ! Pour terminer, Jean-Paul Itié ajoute que ces techniques sont loin d’être uniquement amusantes à regarder : la conservation des aliments congelés par exemple, pose le souci des cellules – de viande notamment – détruites par les cristaux de glace qui poussent au moment de la descente en température. Et c’est là que maîtriser diagramme de phase et pression peut s’avérer très utile : fini les steaks immangeables après passage au congélateur ! Avec humour, et de nombreux exemples du quotidien, Jean-Paul parvient à rendre la notion de cristal plus familière à l’assistance. Cerise sur le gâteau, son intervention se termine pile sur le gong de fin des 10 minutes – car n’oublions pas que chaque intervention est scrupuleusement minutée.

Le Science Break se poursuit par un moment de détente autour d’un café. Chacun discute de ces trois prestations étonnantes. Et la question revient alors tel un leitmotiv : « Quand est-ce qu’on remet ça ? »

Par Kévin Lamothe, Chargé de communication scientifique – ‎Synchrotron SOLEIL

 Pour accéder au compte rendu de la précédente édition, cliquer ici.

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