STAPS, une filière au carrefour des sciences. Entretien avec Michel-Ange Amorim (2)

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Suite de notre rencontre avec Michel-Ange Amorim, professeur à l’UFR STAPS de l’Université Paris-Sud, qui revient ici sur le dialogue qu’il promeut entre sciences de l’ingénieur et sciences humaines et sociales, au sein de l’Université Paris-Saclay.

Pour accéder à la première partie de la rencontre avec Michel-Ange Amorim, cliquer ici.

- Si vous deviez définir en quelques mots l’objet d’étude et de recherche des STAPS…

Il s’agit des activités sportives, mais pas seulement. Nous étudions les activités physiques, en général, et y formons, en portant notre attention sur l’être humain en mouvement. Les activités sportives n’en sont qu’une déclinaison.

- Quelles disciplines mobilisez-vous pour étudiez cet être humain en mouvement ?

Les STAPS sont par essence multidisciplinaires et cette multidisciplinarité va jusqu’à croiser sciences exactes, sciences du vivant, sciences de l’ingénieur, mais aussi sciences humaines et sociales. Elles mobilisent pour commencer les sciences de la mécanique en les appliquant à l’être humain et son squelette – en vue d’améliorer le contrôle du mouvement à partir d’une connaissance des lois de la physique, de manière la plus efficiente.
Ce premier niveau de description s’articule à une approche neurophysiologique – l’étude du système nerveux – qui renseigne sur les muscles mobilisés, les synergies possibles pour produire tel ou tel geste. L’enjeu est d’améliorer l’apprentissage du mouvement et la préservation des fonctions qui y sont liées, suite notamment à un déficit causé par un accident vasculaire-cérébral ou au vieillissement. La réponse passe par la mise en place d’activités physiques adaptées à la déficience de l’individu.
Un autre niveau de description sollicite la psychologie, dans ses différentes composantes : la psychologie expérimentale (pour traiter des aspects liés à la perception et à la représentation du corps ou d’un geste dans l’espace, à l’imagerie mentale et à la mémorisation) ; la psychologie sociale (pour améliorer la prise de décision dans une activité individuelle ou collective, par anticipation des réactions des autres, des effets de ses propres actions dans l’environnement ; la transmission d’un savoir, etc.) ou encore la psychologie du développement, en lien avec l’étude de la motricité.
Bien d’autres disciplines sont mobilisées dans le champ des sciences du vivant : la biologie, par exemple, ou encore la physiologie (faire de l’activité physique ou sportive a des conséquences au plan physiologique).
J’ajoute encore un champ d’étude spécifique aux STAPS : le contrôle moteur, cette aptitude que l’on a à contrôler un geste sans pour autant être dans la répétition. Contrairement à un robot, on ne fait jamais deux fois le même geste. Des roboticiens s’inspirent du vivant pour concevoir leur machine alors qu’en réalité celle-ci a très souvent un geste stéréotypé, à la différence de l’humain. Naturellement, cette faculté repose sur une activité cérébrale : c’est notre cerveau qui, en effet, permet, en prélevant l’information pertinente dans l’environnement, de contrôler un corps en mouvement, malgré le nombre important de degrés de liberté qui existe dans les articulations du squelette et les muscles.

- Qu’en est-il de l’amélioration des performances ? S’agit-il d’une finalité de vos recherches ?

Oui, bien sûr. Pour parvenir à un certain niveau de performance, il faut être en mesure de mobiliser des ressources énergétiques et métaboliques particulières (dans les disciplines sportives, on distingue les filières aérobie et anaérobie). Il s’agit aussi de comprendre les effets de produits dopants sur les performances. Rien qu’en étudiant le mouvement, on pourrait déceler l’usage de tels produits, sans même passer par une analyse sanguine. Les performances reposent aussi sur le mental. C’est particulièrement vrai pour les pratiques sportives. A niveau de performances et d’aptitudes physiques égales, c’est lui qui fait la différence. Le recours à la psychologie ou des méthodes de coaching peut contribuer à le renforcer. Ce qui milite aussi pour une ouverture aux sciences sociales et humaines.

- Une approche pluridisciplinaire, donc, qui se retrouve aussi bien au plan des formations proposées que de la recherche…

Oui, l’UFR STAPS propose une diversité de formations : pas moins de cinq parcours de Licence mention STAPS, deux licences professionnelles et six mentions de master. Au niveau Licence, je distinguerai une filière qu’on pourrait qualifier d’historique, Education et motricité. Elle s’adresse aux étudiants qui compte préparer les concours – CAPEPS ou agrégation d’EPS – pour intervenir en milieu scolaire de 1er degré (primaire) ou de second degré (collège et lycée).
Une filière « Entraînement sportif » s’adresse à ceux qui se destinent à rejoindre un club ou une fédération sportive. Elle complète les formations proposées par le ministère de la Jeunesse et des Sports (qui préparent davantage aux métiers de préparateur physique, d’entraîneur, d’animateur ou de sportif).
Quant à la Licence Activité Physique Adaptée et Santé (APA&S), elle forme des personnes appelées à intervenir auprès de populations présentant des déficiences physiques voire même mentales, ou liées au vieillissement ; ou des personnes ayant eu un accident, subi une hospitalisation ou rencontrant un problème d’obésité, et auxquelles il faut faire faire des exercices.
Enfin, une Licence en management du sport, qui forme de futurs responsables d’équipements ou d’événements sportifs.
Les Licences professionnelles forment, elles, des personnes ayant vocation à intervenir dans le champ social (comme médiateur par exemple) ou dans les métiers de la forme.
Les étudiants engagés dans l’une ou l’autre denos licences générales peuvent ensuite poursuivre jusqu’en Master (à la différence de ceux inscrits en Licence professionnelle). Ils ont le choix entre six mentions…

- Dont trois dans le cadre de l’Université Paris-Saclay…

Oui, étant entendu que l’établissement référent (en charge de la formation) est variable selon les finalités proposées. Par exemple, celle en « Ingénierie et Sciences du Mouvement Humain » (ISHM) du Master mention STAPS « Ingénierie et ergonomie de l’activité physique » est assurée par Paris-Sud, mais, pour les besoins de la construction de sa maquette, elle a fait intervenir l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et CentraleSupélec, ainsi que Polytech Paris-Sud (l’école d’ingénieur de l’Université Paris-Sud). C’est donc un Master qui, typiquement n’a pu voir le jour qu’à la faveur de la création de l’Université Paris-Saclay.
A ces trois mentions, s’ajoutent des Masters délivrés par l’Université Paris-Sud. C’est le cas, par exemple, du Master mention STAPS « Management du sport » : il n’est pas encore délivré par l’Université Paris-Saclay, mais a cependant vocation à l’être.

- Qu’en est-il au plan doctoral ?

Nous avons la chance d’avoir une école doctorale Paris-Saclay. L’UFR STAPS est également le sceau principal de l’École Doctorale « Sciences du Sport, de la Motricité, du Mouvement Humain » qui compte parmi les deux seules Écoles Doctorales en France. Elle accueille 135 étudiants.

- On mesure à vous entendre combien la filière fait cohabiter des étudiants qui ont, certes, le mouvement du corps humain comme sujet de préoccupation commun, mais qui se destinent à des métiers et des milieux professionnels très différents. Comment fait-on cohabiter des profils aussi divers ?

Effectivement, les métiers et les finalités ne sont pas les mêmes. Du fait de sa multidisciplinarité, la filière STAPS accueille des étudiants aux profils par définition très variés. Mais cette cohabitation est plus une chance qu’un problème. En Licence comme en Master, des cours sont mutualisés, ce qui concourt au brassage des idées et des savoir-faire. L’enrichissement mutuel est encore plus évident dans le cadre de la formation continue car les personnes viennent en étant riches d’une expérience professionnelle ou d’un cursus (nous accueillons notamment des diplômés du ministère en charge des sports, qui souhaitent aller plus loin).

- D’où viennent les étudiants en formation initiale ?

Du fait du poids des matières scientifiques (biomécaniques, anatomie, etc.), nous recrutons beaucoup de bacheliers titulaires d’un bac scientifique. Cependant, des voies (comme celles en éducation et motricité, ou en management) réussiront davantage à des titulaires de bacs « littéraires » ou en sciences sociales et humaines. Moi-même, j’ai fait un bac en sciences économiques et sociales, avant de m’engager dans des études en psychologie cognitive. Je fais maintenant de la neuro-imagerie. Preuve s’il en est, que tout est possible ! Tout est question de disposition et d’investissement personnels.

- Dans quelle mesure l’environnement de Paris-Sud, avec sa dominante en sciences exactes, est-il favorable à votre UFR ?

Pour répondre à cette question, il me faut rappeler, au préalable, que la filière STAPS, en général, n’a été reconnue que tardivement comme UFR. Jusqu’alors, elle relevait d’un département au sein d’une UFR. Dans notre cas, nous relevions encore de l’UFR de sciences jusqu’à la transformation du département en UFR, intervenue il y a une dizaine d’années, en 2003. Un changement qui a répondu à la volonté de l’Université Paris-Sud de développer la formation et la recherche dans ce domaine et, au-delà, de favoriser une ouverture à d’autres disciplines, dans une démarche multidisciplinaire. De fait, et comme je l’ai indiqué tout à l’heure, les STAPS mobilisent bien plus que les sciences exactes, elles impliquent les sciences de la vie, les sciences de l’ingénieur sans oublier les SHS.

- Et votre insertion au sein de Paris-Sud, dans quelle mesure vous distingue-t-elle d’autres UFR STAPS ?

Contrairement à d’autres universités, il n’y a pas d’UFR de psychologie à Paris-Sud. Nous en faisons donc un peu office, au sens où notre UFR est la seule à traiter de l’homme dans toutes ses composantes, physiologique, mais aussi, justement psychologique. Jusqu’aux sciences sociales que nous couvrons en nous intéressant aux sports comme facteur de cohésion sociale. Mais ce positionnement est encore mal connu. Nous sommes encore perçus comme relevant de sciences « molles », par opposition aux sciences fondamentales, considérées comme « dures » et, donc, sérieuses ! Pourtant, nos deux équipes de recherche, réunies au sein du laboratoire CIAMS (Complexité, Innovation, Activités Motrices et Sportives) publient dans des revues scientifiques reconnues de neurosciences, de biomécanique, de psychologie expérimentale ou de physiologie, tous les champs évoqués précédemment. Sauf que l’image perdure de STAPS qui ne seraient pas aussi scientifiques, sérieuses, parce que ne relevant pas de la recherche fondamentale. Une représentation regrettable, qui entrave notre développement scientifique.

- La dynamique de création de l’Université Paris-Saclay améliore-t-elle la situation ?

Elle a permis d’indéniables avancées même si, pour l’heure, la mutualisation entre les établissements qui en sont membres, ne concerne que les Masters (étant entendu que des Masters continuent à avoir une mention propre à un des établissements, comme je l’indiquais tout à l’heure). La mutualisation des Licences est encore en projet (elle est prévue dans le cadre du prochain projet quinquennal). Dans la perspective de la création des Schools de Paris-Saclay, nous en avons proposé une, dédiée aux sciences du sport et du mouvement humain. Une appellation qui répondait au souci de mettre en avant également des formations qui ne sont pas liées au sport. Je pense en particulier au Master STAPS « Activité Physique Adaptée et Santé », qui comprend un parcours « handicap neurologique » (pour l’étude clinique des déficits des mouvements ou au plan cognitif, qu’on peut observer chez des blessés ou des personnes victimes d’un AVC) : les recherches qui sont menées dans ce domaine n’ont guère à voir avec le sport.
Malgré son apparente originalité, la proposition a non seulement été bien reçue, mais retenue. En terme d’affichage, cette School est bien une avancée. J’ajoute que la création de l’Université Paris-Saclay nous a notamment permis d’ouvrir des formations que nous n’étions pas en mesure de proposer avant. Je pense en particulier au parcours « Ingénierie et Sciences du Mouvement humain », qui vise à former, d’une part, un public STAPS aux sciences de l’ingénieur appliquées à l’homme et, en sens inverse, un public sciences de l’ingénieur à l’être humain en mouvement en l’initiant au contrôle moteur, à la psychologie, la physiologie, etc. Et ce, dans l’idée d’envisager les interactions entre l’homme et la machine, en allant au-delà d’une approche modélisatrice à base d’équation, par une prise en compte des dimensions psychologiques de ces interactions avec la machine. Mais aussi d’utiliser les connaissances acquises en STAPS pour développer de nouveaux modèles de contrôle, qui s’inspirent de ce qu’on sait des lois du contrôle moteur de l’être humain.

- Une manière de reconnaître l’apport des SHS…

Oui, même si un chemin reste à parcourir pour une pleine reconnaissance. Un laboratoire comme le CIAMS pâtit du découpage actuel des départements de Paris-Saclay. Si plus des trois quart de ses chercheurs relèvent du champ des sciences de la vie et émargent naturellement, au sein de l’Université Paris-Saclay, au département dédié à ces sciences, le quart restant relève des sciences sociales et humaines et peine, donc, à trouver leur place dans le département des Sciences de l’Homme et de la Société, faute d’avoir une masse critique.
Récemment, un appel à projet « Initiatives de Recherche Stratégiques » a été lancé par l’Université Paris-Saclay. Cette fois, l’appel s’adressait aux départements scientifiques, qui devaient faire remonter aux tutelles de Paris-Saclay des projets soutenus par au moins deux départements et ce, dans l’idée de promouvoir une logique de multidisciplinarité. Notre projet a été soutenu par le département STIC. Mais le département Sciences de la vie, dont nous relevons donc, n’a pas fait remonter le nôtre (seul un autre a connu le même sort, sur les 19 projets proposés…). A la question de savoir pourquoi, on m’a, en guise de réponse, demandé combien mon laboratoire avait publié d’articles dans les revues comme Science ou Nature, des revues de référence, certes, mais qui ne font guère ou peu de place aux travaux interdisciplinaires… Nos articles sont publiés dans des revues de qualité, mais qui n’ont pas l’heur d’être monodisciplinaires…
Manifestement, nous pâtissons de l’emprise du classement de Shanghai, dont un critère porte justement sur le nombre de publications dans les revues Science et Nature et elles seules… Cela ne fait que conforter les sciences déjà bien établies.
Qu’en conclure si ce n’est qu’il nous reste, encore une fois, un chemin à parcourir pour faire reconnaître les STAPS. Etant entendu que, malheureusement, le problème n’est pas propre à Paris-Saclay mais national. Dès lors que la référence est la science fondamentale, monodisciplinaire, l’approche multidisciplinaire n’a guère de chance de progresser. Les doctorants sont eux-mêmes incités à se spécialiser dans une discipline. Ceux qui se risquent à la multi- ou inter- rencontrent plus tard des difficultés pour trouver des postes.
Cela étant dit, le dialogue entre sciences de l’ingénieur et SHS progresse. C’est en tout cas l’ambition de la structure fédérative de recherche, qui a été mise en place en 2015, et que je coordonne.

- De quoi s’agit-il ?

Elle regroupe les compétences scientifiques et technologiques de pas moins d’une douzaine d’unités de recherche issus de départements de l’Université Paris-Saclay : Sciences de la vie, Ingénierie Electrique, Optique et Electronique (EOE), Mécanique, Energétique et Procédés (MEP), Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication (STIC), ainsi que deux unités hors COMUE. Ensemble, nous avons décidé de mettre en commun nos savoir-faire au service des sciences du mouvement dont Georges Demenÿ (qui a travaillé sur le mouvement naturel) et Jacques Vaucanson (sur le mouvement artificiel) sont des figures tutélaires. Les unités de recherche de FéDeV forment une alliance multidisciplinaire inédite à l’interface des sciences de l’humain en mouvement (STAPS, neurosciences, ergonomie, etc.) et des sciences pour l’ingénieur (automatique, informatique, mécanique, etc.). Concrètement, nous organisons des journées thématiques et un colloque annuel ; nous soutenons des chercheurs, décernons des prix, diffusons l’information.

- Comment l’idée a-t-elle pu voir le jour aussi vite ?

Nous ne partions pas de rien. Avec d’autres collègues, nous avons mis à profit les collaborations nouées par le CIAMS avec d’autres laboratoires, comme le LIMSI et HANDIReSP (un laboratoire de l’Université Versailles Saint-Quentin) dans le cadre d’un projet ANR (le projet COMPARSE) financé en 2011. En 2014, un appel à projets de recherche lancé par Paris-Saclay nous a incités à aller plus loin, à obtenir d’autres financements pour amplifier nos collaborations scientifiques.
Nous avons travaillé sur un premier projet commun. En 2014, nous avions passé l’étape de la présélection. Mais les départements scientifiques de Paris-Saclay n’avaient pas été encore créés. Nous étions, donc, dans une démarche bottom up. Nous sommes arrivés parmi les dix premiers. Seuls les cinq tout premiers ont bénéficié d’un financement. Le nôtre n’a finalement pas été retenu. Mais malgré tout, Paris-Sud a décidé de continuer à le soutenir, en inscrivant FéDeV au contrat de site de l’Université Paris-Saclay et en lui allouant un budget récurrent, qui permet d’animer le réseau à travers une journée scientifique et de se préparer à répondre à d’autres appels à projets. Nous avons ainsi pu mieux nous connaître, saisir des opportunités, nouer des liens avec des chercheurs dont les travaux sont complémentaires. La convergence ne se manifeste pas seulement entre sciences de l’ingénieur, sciences de la vie et SHS, mais au sein même de ces ensembles, y compris les sciences de l’ingénieur où des chercheurs prennent la mesure de la complémentarité de leurs travaux avec ceux d’autres collègues. Par exemple, les chercheurs qui travaillent sur des actionneurs de robots ont pu découvrir les compétences d’autres chercheurs en matière de contrôle du mouvement automatique.

- On n’imagine pas a priori les STAPS engagées dans ce champs de recherche sur les interactions homme-machine

Pourtant l’activité physique se manifeste aussi dans l’interaction avec les machines ! Entre autres illustrations, je prendrai l’exemple du conducteur automobile : pour sembler n’être qu’assis, il n’en accomplit pas moins de nombreux mouvements, des bras, des pieds, etc. Cette capacité à être en mouvement dans un espace confiné et mobile, est relativement récente dans l’histoire de l’humanité. A l’origine, on ne se déplaçait qu’en marchant. Aujourd’hui, on se déplace au moyen de toutes sortes de véhicules, non sans manifester une capacité d’adaptation, mais aussi rencontrer des limites.
On parle beaucoup de voiture autonome. Outre le fait qu’elle est la déclinaison d’une solution déjà utilisée (cf le métro automatique), il est peu probable qu’elle le soit totalement, dans un avenir proche. Tant et si bien que le conducteur devra parfois reprendre la main (en cas de bug, par exemple). Ce qui n’est pas sans soulever des problématiques. Le passage d’un mode automatisé à un mode non automatisé ne va pas de soi car on ne reprend pas aussi facilement la main. Il faut renouer avec des activités physiques et des réflexes en matière de contrôle du mouvement. Or, quel est le champ scientifique qui s’intéresse au contrôle du mouvement ? c’est naturellement celui des STAPS !

- Une illustration supplémentaire de la nécessité de ce dialogue que vous évoquiez entre sciences de l’ingénieur et SHS…

Parfaitement.

- Au-delà de la convergence entre sciences de l’ingénieur et SHS, s’agit-il de promouvoir une recherche appliquée ?

Oui. Et ce, dans trois thématiques : la mobilité et l’activité physique : la réalité mixte et les facteurs humains ; l’homme artificiel bio-inspiré (soit les robots inspirés du vivant) ; l’interaction sociale et communication (y compris non verbale, qui passe par la gestuelle, les expressions du visage, etc.). Avec le LIMSI et HANDIReSP, nous avons travaillé pour mettre au point des jeux sérieux (avatars, personnages virtuels) destinés à améliorer la communication sociale de patients schizophrènes. Cela oblige à mettre en commun des compétences à la fois en informatique (pour la conception des avatars et de personnages virtuels), mais aussi, compte tenu de la visée thérapeutique, des psychiatres, qui vont définir les scénarios évolutifs de façon à permettre à un patient de repérer les indices visuels ou, à travers l’interaction verbale, de comprendre l’intention d’autrui. Par ailleurs, de par nos rapprochements avec les équipes du département des STIC, nous participons à des projets qui ont des applications immédiates.
Aujourd’hui, il est possible, au moyen d’un Smartphone doté d’un accéléromètre, de mesurer son activité aussi bien physique (nombre de foulées, de pas…) que cognitive (en fonction des messages rédigés, des sites consultés, des échanges téléphoniques…). Une possibilité qui s’appuie sur des modèles théoriques comme ceux que nous utilisons dans nos travaux de recherche sur les interactions de l’homme dans son environnement.
Les recherches en STAPS ont pour la plupart pour finalité d’être appliquées, que ce soit en matière d’éducation, d’entraînement, d’activités physiques adaptées, d’ergonomie du travail. Nous les menons en collaboration avec des entreprises ou des institutions.

- Paris-Saclay a cependant aussi pour ambition de favoriser l’innovation : dans quelle mesure les startuppers et entreprises innovantes sont-ils des aiguillons pour favoriser une approche pluridisciplinaire des activités physiques et sportives, de l’étude du mouvement ? Dans quelle mesure vous ouvrez-vous à ces acteurs de l’innovation ?

L’innovation n’est pas quelque chose qui nous soit étrangère. Au sein de l’UFR, je suis d’ailleurs directeur adjoint « recherche et innovation ». A ce titre, je promeus la valorisation de la recherche académique. J’y suis encouragé depuis la création, en 2012, d’une vice-présidence « recherche et innovation » au sein de l’Université Paris-Sud, confiée à Etienne Augé, en l’occurrence. J’ajoute encore que le « I » de l’acronyme CIAMS, le laboratoire de l’UFR STAPS, réfère à l’innovation. Concrètement, nous participons à l’élaboration de projets dans le domaine des objets connectés, de l’intelligence ambiante, etc., en lien avec des start-up ou de grandes entreprises.
Cela étant dit, on ne saurait réduire l’activité physique ou sportive à un paramètre dans une équation. L’innovation réside, donc, autant dans les capacités d’analyse et de modélisation. Elle concerne également les méthodes pédagogiques.

- Au final, quel regard posez-vous sur la dynamique de Paris-Saclay ?

Elle offre assurément des opportunités incroyables. Je parle aussi bien de l’Université que de son environnement. Le territoire est riche d’équipements dédiés à l’entraînement ou aux compétitions : à Clairefontaine, pour le football ; à Marcoussis, pour le rugby ; à Saint-Quentin-en-Yvelines, pour le cyclisme, etc. A quoi s’ajoute la perspective d’accueillir les JO de 2024. Si la France décroche leur organisation, nous pourrons escompter des retombées positives pour nos chercheurs et nos étudiants.

Légende de la photo : les axes de recherche de la communauté FéDeV (pour en savoir plus, cliquer ici).

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