Savoir se rendre service, l’autre clé de réussite d’un cluster. Entretien avec Fatima Bakhti

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Suite de nos échos au séminaire du WAWlab du 11 juillet dernier, autour de la bienveillance à travers, cette fois, le témoignage de Fatima Bakhti, qui a cofondé ce laboratoire au bien-être au travail de Paris-Saclay.

- Comment le thème de la bienveillance s’est-il imposé ?

Nous souhaitions aborder une thématique qui soit commune aux entreprises, petites et grandes, mais aussi aux collectivités, et permette d’aborder plusieurs facettes du bien-être au travail. La bienveillance s’est d’autant plus facilement imposée que c’est, reconnaissons-le, un thème à la mode et pas seulement en politique (sourire). Il en est aussi question dans le monde de l’entreprise. Dans un cas comme dans l’autre, elle suppose un a priori positif à l’égard de ses interlocuteurs. D’emblée, elle nous a donc paru une opportunité de découvrir des pratiques et des initiatives, d’entendre des témoignages stimulant, qui redonnent de l’énergie, ce qui est quand même l’objectif du séminaire. D’ailleurs, nous n’avons pas eu à en discuter longtemps. La simple évocation de la bienveillance nous a aussitôt stimulés.

- Un sujet à la mode, dites-vous. D’aucuns craignent qu’elle ne véhicule en outre une vision idéaliste pour ne pas dit « Bisounours » de la réalité du travail au sein d’une organisation…

En réalité, la bienveillance n’exclut pas d’exercer son sens critique. D’ailleurs, plusieurs intervenants ont pris soin de nous prévenir des risques d’une vision trop idéaliste.

- Cette notion fait-elle florès à l’étranger ? Y suscite-t-elle autant d’intérêt qu’en France ? Je vous pose d’autant plus la question que vous êtes amenée de par vos fonctions à voyager dans le monde.

La bienveillance est à l’évidence quelque chose d’universel. Elle se rencontre à Shanghai, à Bangalore et partout ailleurs dans le monde. Mais à chaque pays, sa culture, sa manière de l’exprimer. Il y a des endroits où elle se manifeste plus que dans d’autres. Nous autres Français ne sommes pas plus ou moins malveillants, mais nous avons nos particularités liées à notre éducation, à nos modes de vie, à notre conception des relations professionnelles ou sociales. Nous sommes moins enclins à manifester notre enthousiasme, à encourager les autres, à les féliciter pour la qualité de leur travail. On parle plus spontanément de ce qui ne va pas. Qui dit travail pense d’abord souffrance et moins spontanément bonheur. Pourtant, le travail en est aussi une source privilégiée ! Bref, nous avons encore un peu de boulot ! Qui dit bienveillant, pense encore gentil et pas forcément dans le bon sens du terme…
Cela étant dit, les choses progressent. Quand nous avons commencé à parler de bien-être au travail, au début de l’aventure du WAWlab, on nous regardait avec un air un peu narquois. Aujourd’hui, il paraît évident qu’on ne peut plus parler du travail sans se soucier du bien-être du salarié, quel que soit le poste qu’il occupe, y compris managérial. La bienveillance peut y contribuer, car c’est une manière de reconnaître les qualités du capital humain, dont on perçoit bien combien on en a besoin, aujourd’hui plus que jamais, à l’heure où on valorise l’innovation.

- Quels enseignements tirez-vous de cette journée ?

Qu’on travaille dans une entreprise, grande ou petite, dans un hôpital, une mairie… on est tous égaux devant le besoin de bienveillance des autres, mais aussi de soi-même. C’est ce qui ressort clairement des témoignages des intervenants qui – je le souligne, car c’est une de nos marques de fabrique – viennent d’horizons professionnels très variés. Ce que je retiens aussi, c’est que les gens ne s’en tiennent pas au constat, ils agissent. Je suis frappée par cette pléthore d’initiatives contribuant, chacune à leur façon, à promouvoir la bienveillance. Preuve s’il en est besoin que cette dernière est soluble partout et peut se manifester sous différentes formes. Inutile donc de chercher un modèle d’organisation qui la favoriserait. A chacun d’imaginer celle qui est la mieux adaptée à ses besoins. Il n’y a pas de recette unique. Ce qui est bon pour l’un n’est pas forccément adapté à l’autre. Au sein de Nokia, nous ne procédons pas autrement : en plus des initiatives globales, nous laissons à chaque site le soin de décider des actions locales pour promouvoir le bien-être des collaborateurs.
Parfois, cependant, et cela a été bien dit par un intervenant, il suffit juste de poser la bienveillance en principe pour transformer positivement les relations interpersonnelles, sortir par le haut d’une situation de conflit.

- Un mot sur l’affluence de la journée…

C’est un autre résultat positif de ce 3e séminaire. L’an passé, souvenez-vous, nous n’occupions que la moitié de l’amphithéâtre 1 de l’EDF Lab. Cette année, nous l’occupions intégralement. Nous avons même dû bloquer la liste des inscrits à 168 (la capacité d’accueil de la salle), alors que bien plus de personnes s’étaient manifestées. La plupart des présents sont restés jusqu’au bout, un autre indice de la qualité du contenu. J’ai été ravie de voir autant de PME et d’associations. Paris-Saclay, c’est en effet beaucoup de grandes entreprises et de grandes institutions, mais c’est aussi – on ne le souligne peut-être pas assez – un riche tissu de TPE PME. Pour faire partie du Booster de Paris-Saclay [un nouveau réseau sur le territoire de l’OIN Paris-Saclay, créé conjointement par les CCI Versailles-Yvelines et de l'Essonne], je suis amenée à en rencontrer pas mal lors des réunions de groupes de travail. Elles contribuent au développement du territoire. Mon ambition est d’ailleurs d’en faire venir davantage à notre séminaire, de façon à en faire un événement à l’image de notre écosystème.

- Sans compter le tissu d’associations et les acteurs de l’entrepreneuriat social, également présents à votre événement…

Oui. Je saisis d’ailleurs l’occasion de souligner l’implication de la mission locale ViTaCité. Une présence précieuse, car, à travers elle, c’est les jeunes dans leur diversité, qui sont associés à notre démarche, qu’ils sortent d’une Grande Ecole ou pas.

- On comptait aussi beaucoup de participants extérieurs à l’écosystème…

En effet, de Paris et même d’autres villes. Manifestement, la bienveillance est un thème qui parle. Des personnes qui promeuvent cette notion dans leur écosystème ont pu se sentir un peu moins seules. Venir à notre séminaire, c’est de fait l’assurance de parler à des gens qui vous comprennent ! De Paris-Saclay ou pas, vous vous sentez appartenir à une même communauté.
Ainsi, WAWlab remplit bien sa vocation de « connecteur d’optimisme », en créant les conditions de l’échange comme à l’occasion de ce séminaire annuel ou de nos workshops. Cela permet de faire apparaître des points de convergence entre des gens d’univers qui n’ont pas l’habitude de se côtoyer. Mais aussi de se rendre service. J’insiste sur cet aspect des choses, car j’ai la conviction que la réussite d’un cluster passe aussi par là, par la capacité et la volonté de ses acteurs à se rendre des services les uns aux autres. C’est en tout cas dans cet esprit que nous avons conçu le WAWlab, une organisation suffisamment légère pour être réactive mais aussi œuvrer dans une forme de générosité réciproque. On en revient donc à notre thème du jour, car comme cela a été dit, on ne peut être bienveillant sans être un peu généreux. Envers les autres comme envers soi-même !

Un grand merci à Mona Dortindeguey pour les photos qui illustrent cet article.

Pour en savoir plus sur le WAWlab, cliquer ici.

A lire aussi les entretiens avec Thierry Roussel (cliquer ici), Nicolas Dortindeguey (cliquer ici), Anne-Charlotte Vuccino de la start-up Yogist (cliquer ici) et Marya Benzakour de la start-up Healthy (cliquer ici).

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