S’adresser à tous, dans leur singularité. Rencontre avec Florian Delcourt (partie 2)

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Suite de notre rencontre avec Florian Delcourt à travers l’entretien qu’il nous a accordé. Il revient sur S[cube], les publics auxquels il a vocation à s’adresser et son actualité sur le Plateau de Saclay.

Pour accéder à la première partie de la rencontre avec Florian Delcourt, cliquer ici.

- A quel public S[Cube] a-t-il vocation à s’adresser ?

Notre vocation est de nous adresser à tous les publics en prenant acte de leur diversité, entre ceux qui ont déjà une appétence pour les sciences et ceux qui n’en sont pas encore familiers ou qui n’y ont tout simplement pas accès, en dehors des enseignements scolaires. Même sur un territoire comme Paris-Saclay, nous sommes confrontés à des disparités. Il nous faut donc veiller à nous adresser à tous les publics, quitte parfois à susciter la demande.
Mais au-delà de cette disparité, force est de constater que même un public prétendument homogène est composé d’abord d’individualités auxquelles il nous faut nous adresser aussi. C’est toute la complexité de notre travail. Nous devons nous adresser à chaque individu tel qu’il est. Notre ambition n’est pas d’imposer quelque vision que ce soit, de modifier son attitude à l’égard de la science mais juste de susciter une réflexion, une curiosité, en lui laissant faire le reste du chemin qu’il estimera utile.

- Un exemple ?

Prenez les S[cub]iales (ex-Agora) : nous utilisons, le temps d’un week-end, des approches multiples, des sciences aux arts, de la philosophie à la technique, de façon à partager les savoirs, les découvertes et l’imaginaire autour d’une notion scientifique. Nous proposons sur la thématique annuelle des temps différents pour chaque public : un moment familial et grand public, un moment pour un public plus averti ou encore des ateliers pour les scolaires. Un temps d’échanges est également programmé entre citoyens, artistes, scientifiques et philosophes, de façon à dévoiler différentes visions de la thématique dans des disciplines variées. Des ateliers conçus dans l’esprit des FabLab sont l’occasion d’aborder l’outil technique et la création d’objets à usage domestique ou artistique, grâce à une démarche de construction collective. Enfin, sont également proposés des spectacles de musique, de danse, de théâtre ou encore un show laser, toujours dans l’idée de poser un autre œil sur la thématique.
Au final, les approches ont beau sembler différentes, elles traitent en réalité du même thème. Tout un chacun peut y entrer selon ses prédispositions, sa culture, ses connaissances et ses savoirs. C’est important, car une personne adhérera d’autant plus à notre projet, qu’elle aura le sentiment d’avoir son mot à dire, de pouvoir apporter sa pierre à l’édifice.
De là aussi l’importance que nous donnons à la dimension technique, ne serait-ce que pour donner la possibilité au public d’éprouver le thème à travers des expériences concrètes. A contrario, une présentation trop théorique risquerait, comme d’ailleurs une approche trop conceptuelle de l’art, de dissuader le public de prendre une part active à la manifestation. Cette dimension technique s’est imposée d’elle-même. Après tout, c’est l’un des moyens de faire le lien entre les sciences et les arts.

- Et le public, répond-t-il présent ? Où en êtes-vous en termes d’audience, de fréquentation ?

Oui, l’audience progresse, même si, à chaque fois, nous ne sommes jamais sûr de rien ! Le dialogue entre sciences et arts peut parler à beaucoup de monde comme laisser indifférent. L’an passé, l’exposition sur les Ondes, organisée à Saint-Aubin a été un succès, au contraire de la précédente, qui avait été consacrée à la cartographie. Bien qu’on ait parlé de leur territoire, les gens ont eu manifestement du mal à saisir l’intérêt d’une entrée à partir d’une démarche artistico-scientifique. A l’inverse, l’exposition sur les Ondes leur donnait à voir et à entendre des choses plus facilement appréhendables, sur lesquelles ils pouvaient prétendre connaître assez de choses pour y entrer et se laisser surprendre par le travail mené conjointement par des chercheurs et des artistes.

- Vous assumez donc une démarche d’expérimentation…

Oui et c’est tout l’intérêt de travailler dans une structure comme S[cube]. Certes, nous avons chaque année à rendre des comptes à ceux qui nous subventionnent (la CAPS, le département de l’Essonne, la Région Ile-de-France et les membres fondateurs), mais l’effectif restreint (nous ne sommes que trois avec la directrice, Elise, et la responsable administrative) nous donne une certaine souplesse. L’un de nous a une idée ? Il lui suffit de la soumettre aux autres et au bureau de l’association. Au cas où elle suscite l’approbation, on y va, quitte à devoir lever les obstacles et à faire évoluer le projet en conséquence.

- Depuis, force est de constater que le dialogue arts&sciences s’est instauré sur ce territoire. D’autres acteurs y concourent, à commencer par La Diagonale. Comment vous positionnez-vous les uns par rapport aux autres ?

Naturellement, nous sommes en dialogue permanent avec eux et La Diagonale tout particulièrement. Et ce d’autant plus que, faut-il le rappeler, S[cube] a été partie prenante de sa création et en est toujours membre associé. Le défi a été d’ajuster nos projets respectifs pour éviter les redondances. De fait, plusieurs des projets de La Diagonale sont proches des nôtres (je pense à CURIOSITas au regard d’ArtScienceFactory). Il importe que chaque événement créé par les uns et les autres conserve une identité forte. Mais ArtScienceFactory, c’est aussi une plateforme numérique qui a déjà une visibilité. Jusqu’ici, elle était ouverte à toutes les initiatives, y compris d’autres territoires. Nous l’avons depuis recentrée sur la valorisation des projets propres à Paris-Saclay, dans une logique de mutualisation. Elle sera ainsi alimentée par La Diagonale, CURIOSITas, etc. Notre complémentarité n’apparaîtra qu’avec plus d’évidence. S[cube] et La Diagonale ont beau avoir des missions et des projets proches les uns des autres, au final, ils ne touchent pas le même public. Tandis que nous touchons davantage le grand public, La Diagonale s’adresse davantage aux étudiants et bientôt aux jeunes scolaires, à travers la MISS.

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