Retour sur les Smart Days 2016

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Le 7 octobre dernier, la CCI Versailles-Yvelines organisait sa 3e édition des Smart Days – la première, dans le cadre de son dispositif Open’Ynnov. Un succès à en juger par l’affluence et la qualité des échanges aussi bien « qualifiés B to B » qu’informels dont elle a été l’occasion.

350 inscrits contre 250 l’an passé. Avec cette 3e édition (la première à être organisée dans le cadre du dispositif Open’Ynnov, mis en place par la CCI Versailles-Yvelines), Smart Days s’est déjà imposé comme un rendez-vous « incontournable ». Consacrée à l’Open Innovation, l’édition 2016 aura, en plus d’en faire percevoir les enjeux, fait toucher du doigt l’existence d’une vraie communauté d’entreprises, petites et grandes, classiques ou jeunes pousses, autour de l’innovation sur le territoire Yvelinois et au-delà.

Les enjeux de la journée étaient clairs : favoriser justement les liens, les collaborations et autres partenariats entre des acteurs qui ont longtemps eu tendance à se regarder en chiens de faïence : donneurs d’ordre et autres grands groupes, d’une part, start-up mais aussi TPE et PME, d’autre part, qui sont encore nombreuses à considérer que l’open innovation, «  ce n’est pas (encore) pour elles ».

Histoire probablement de plonger le public dans le vif du sujet  (du moins ceux qui avaient décroché une place en s’y inscrivant suffisamment tôt), trois ateliers (créatifs, de design thinking et LitteBits) étaient organisés en parallèle de 8h30 à 11h00, leurs résultats devant être restitués en fin de matinée. En attendant, les participants encore sceptiques à l’égard de l’open innovation (si tant est qu’ils soient venus dans cet état d’esprit) eurent tout loisir de se laisser convaincre de son intérêt ou d’avoir de premiers éléments de réponse à leurs interrogations, à travers un florilège de témoignages en solo, duo ou trio, rondement orchestré durant près de deux heures par Stéphane Parpinelli (sur la photo), le responsable – mais est-il besoin de le rappeler ? – du réseau d’innovation Open’Ynnov.

En guise de mise en bouche, Martin Duval, Président de Bluenove, devait rappeler les enjeux de l’open innovation à la lumière de sa longue expérience en la matière : après un passage chez d’Orange, il conseille depuis plusieurs années de grands comptes, aussi bien en matière de financement, de développement et de gestion de projets, que de services innovants en partenariat avec des start-up, en France comme à l’international.

Des principes élémentaires

Cependant, si la sollicitation de consultants peut se justifier, et faire gagner du temps, en faisant profiter de leur connaissance des bonnes pratiques, l’open innovation n’en repose pas moins sur des principes simples qu’on est même parfois un peu gêné de rappeler. C’est ce que devait pourtant utilement faire Cathal Loughnane, Directeur de Peugeot Design Lab, en pointant la part de pléonasme qu’il y a dans la notion même d’innovation ouverte ou collaborative : par définition l’innovation, plus sans doute que la classique R&D, implique de s’ouvrir à l’extérieur pour tirer profit des ressources de partenaires potentiels (quitte à devoir affronter l’épineuse question des droits de propriété industrielle…). Tout aussi utilement, il a rappelé qu’elle ne consistait en rien d’autre que «  de regarder un problème différemment que les concurrents en explorant dans d’autres endroits qu’eux. »

Reste cependant à bien identifier les compétences présentes dans son écosystème. C’est ce que devait souligner un duo composé de Thomas Morel, directeur R&D – Custom Solutions au sein de JC Decaux (autre grande entreprise yvelinoise : elle possède à Plaisir un site de 30 ha, avec showroom et Medialab, au milieu de la nature) et Louis de Froment, co-dondateur de Diduenjoy (une start-up dont la plateforme se propose d’optimiser les enquêtes de satisfaction auprès des clients). Si, en l’occurrence, elle a été identifiée par la direction marketing de JC Decaux, la direction R&D du même groupe s’est dotée de plusieurs moyens de détecter plus systématiquement, au sein de son propre écosystème, les compétences et start-up susceptibles de l’aider à imaginer d’autres produits ou services (à travers une participation à des challenges, aux Paris&Co Incubateurs, etc.).

Intrapreneuriat et essaimage

Mais qu’advient-il lorsque le projet innovant naît en interne, sans correspondre au cœur de métier de la société qui l’a vu naître ? C’est tout l’enjeu de l’ « essaimage » qui devait être illustré, cette fois, par un trio d’intervenants : deux représentants d’Airbus Group – Denis Gardin, de la direction technique, venu présenter le dispositif « Innovation Nursery », et Laurent Legendre, directeur régional Ile-de-France, par ailleurs trésorier de Diese : une association des directions de l’innovation d’une vingtaine d’entreprises du CAC40, créée en vue de faciliter l’essaimage de leurs spin off respectives – et Pierre Langer, président Fondateur de PowiDian, une société qui conçoit, commercialise et assure la maintenance de stations autonomes non polluantes et intelligentes de production d’électricité. Et ce dernier d’insister, au delà des aspects « systémiques » et financiers, sur l’importance de l’essaimage dont il a bénéficié, les retombées plus que favorables du simple gage de confiance que représentait aux yeux de partenaires potentiels, le fait d’être reconnu et soutenu par un grand groupe comme Airbus.

Si, comme on aura pu le constater à ce stade, les principes de l’open innovation sont déjà mis en œuvre, reste un décalage entre le monde des concepteurs et celui des opérationnels. C’est du moins le constat fait par le duo suivant : Lionnel Joussemet, co-fondateur et président de Diota (une société créée en 2009, qui propose une autre approche de l’Internet des objets, au sein de l’industrie, en associant de manière aussi étroite que possible les concepteurs et les opérationnels, justement) et Jean-Luc Baraffe, directeur de la Recherche et de l’Innovation, chez Segula Technologies (une société qui gagne à être davantage reconnue : elle compte 300 clients, 10 000 collaborateurs répartis dans 24 pays, et prévoit 4 300 recrutements rien que l’année prochaine). On y revient un peu plus loin car elle devait lancer au cours de l’après midi son premier Challenge étudiants en association avec la CCI Versailles-Yvelines et trois écoles d’ingénieurs du territoire (l’ESTACA, l’EPF et l’ISTY).

L’expérience des pôles de compétitivité

Et les pôles de compétitivité, qui ont justement vocation à fédérer donneurs groupes, TEP-PME et start-up (et laboratoires de recherche) d’un même territoire ? Naturellement, ils contribuent à leur façon à cette open innovation. C’est ce qu’illustrait lors de la dernière séquence de la matinée, Romain Guiraud, en charge de l’animation du pôle de compétitivité automobile et mobilité Mové’o, aux côtés de Blandine Tranchant, de Continental Automotive (avec qui Mov’eo a organisé l’an passé un Challenge Open Innovation) et de Sébastien Roussel, Président Directeur Général de Pegastech. Pour mémoire, Mov’eo s’est récemment constitué en six groupements (dans le stockage, la plasturgie, etc.) pour passer du rôle d’ « usine à projets collaboratifs » (400 ont été menés depuis sa création en 2006) à celui d’ « usine à produits » (selon l’autre formule de Romain Guiraud) répondant aux besoins de donneurs d’ordre.

Au fil des témoignages de cette douzaine d’acteurs de l’open innovation, on pouvait prendre la mesure tout à la fois des spécificités et de son intérêt au regard notamment de la classique R&D : autant celle-ci (à laquelle, pour autant, elle ne s’oppose pas) mobilise d’abord des ressources en interne (d’une entreprise ou d’un groupe), autant l’autre repose sur une collaboration avec des partenaires extérieurs, sans exclure cependant la possibilité de procéder à partir d’une initiative « intrapreneuriale » (on parlera alors de spin off pour désigner la société qui en résulte). Même dans ce cas de figure, la notion d’innovation ouverte se justifie dans la mesure où il pourra s’agir pour le groupe où elle a pris naissance de l’accompagner dans son essaimage (cf le cas de PowiDian, évoqué plus haut).

Certes, depuis longtemps, des entreprises même concurrentes ont appris à collaborer (on parle d’ailleurs de « coopétition »). Parler d’innovation ouverte est cependant une manière de prendre acte d’un autre défi : impliquer plus en amont les utilisateurs finaux, pour s’appuyer sur leurs propres expertises et mieux appréhender leurs besoins. De surcroît, loin de n’être qu’un slogan, elle se traduit par de nouvelles pratiques centrées sur le « faire » (à travers des démonstrateurs, du prototypage,…), de nouvelles technologies (plateformes numériques, impression 3D,…), de nouveaux dispositifs (incubateurs, tiers lieux,…) et concours (hackathons, challenges,…). Sans oublier des rdv et autres grandes messes comme les… Smart Days qui, entre ambiance business et culture geek & maker, s’emploie à renouveler le genre jusque dans la manière d’animer (à cet égard, Stéphane Parpilleni avec son micro casque, son T shirt et ses baskets donnait parfaitement le ton !).

Pour  autant, et c’est un autre message suggéré au fil des échanges, elle n’est pas… ouverte à tous les vents. Même si cet enjeu n’a guère été abordé, elle implique des négociations autour de clauses de confidentialité. Il est intéressant d’ailleurs de voir comment cette dimension se traduit jusque dans le design des lieux dédiés avec des espaces ouverts, d’autres à l’accès restreint…

Des tables et des chaises

Quoi qu’il en soit, des manifestations concrètes de complicité valent parfois mieux que de longs discours : bien que nombre d’intervenants de la plénière ne se connaissaient pas voici encore quelques mois, ils avaient manifestement plaisir à témoigner de la relation de confiance qu’ils avaient nouée, en prenant le temps de se rencontrer. Même à l’heure du numérique et des réseaux sociaux, on n’a pas inventé mieux qu’une table et des chaises pour commencer à se connaître. Ce que la séquence de 3 h 30 de « Rencontres B2B qualifiées » prévue l’après-midi devait illustrer à sa manière !

Malgré l’absence de temps d’échange avec le public, celui-ci n’avait pas lieu de manifester trop de frustration. Il avait la possibilité d’échanger de manière informelle, pour commencer à l’occasion du cocktail networking, et, pour ceux qui avaient pris rendez-vous, lors de ces « rencontres B2B qualifiées », autour de… tables installées dans l’élégante galerie d’HEC. Leur alignement ne devant pas manquer de produire un effet waouh, ni d’évoquer, par le bruissement feutré des discussions, une ruche en pleine activité. En attendant ou à défaut de rendez-vous, le public pouvait rencontrer dans la même galerie, des makers et découvrir des innovations de pointe, sur le thème de la robotique, de l’économie circulaire et de l’intelligence artificielle.

Manifestement l’objectif que s’est fixé la CCI Versailles-Yvelines à travers son dispositif Open’ Ynnov – à savoir : constituer une sorte de « Meetic » des entreprises innovantes (pour reprendre l’heureuse analogie de son président, Gérard Bachelier) – est en passe d’être atteint. Et ce au bénéficie de son territoire – les Yvelines – mais en saisissant les opportunités de la dynamique Paris-Saclay, qui, comme chacun sait, déborde sur le département de l’Essonne. Preuve parmi d’autres de cette volonté de travailler en synergie avec l’ensemble de l’écosystème en cours de constitution : en plus d’ouvrir la manifestation à des entreprises essonniennes, c’est à une start-up incubée à Polytechnique (sur le Plateau de Saclay, donc) qu’a été confié le soin de filmer la conférence plénière.

Reste que… qui aime bien, châtie bien. Qu’il nous soit donc juste permis de pointer la surreprésentation masculine au cours de la conférence plénière : sur les douze intervenants, seule une femme (Blandine Tranchant) et encore, à la faveur du désistement de son collègue…

Lancement d’un Challenge’ Ynn étudiants

En revanche, et il faut en féliciter les organisateurs, Smart Days a su faire sa place aux jeunes élèves ingénieurs et étuditants (trop souvent oubliés lors de ce genre de manifestation), en intégrant dans leur programme le lancement du premier Challenge que la CCI Versailles-Yvelines orchestre entre un industriel (Segula Technologies en l’occurrence, représenté par son Directeur recherche et innovation, intervenu le matin) et des écoles d’ingénieurs du territoire yvelinois (ESTACA, EPF, ISTY, donc). Soit le Challeng’Ynn étudiants. Le défi, car il en faut un, consistera à plancher sur trois thématiques relatives au projet innovant de Segula Technologies visant la production industrielle d’un bateau et d’un véhicule dédiés aux transport de fret sur l’axe Seine, en vue de répondre aux problématiques du dernier km, en milieu urbain, à savoir :

- la conception de l’architecture mécanique du convoi (le cahier des charges est-il trop ambitieux ? C’est l’une des premières questions auxquelles les candidats devront répondre) ;

-  l’analyse des systèmes d’information et de communication (comment le déployer ? Quelle communication entre les différents acteurs ? Les composantes du système ?… D’autres questions destinées à solliciter leurs connaissances en matière de logistique) ;

- enfin, la définition des fonctions robotiques autonomes du module (comment va-t-il pouvoir se déplacer sans provoquer des accidents ? C’est une autre des questions auxquelles les candidats devront répondre).
On appréciera au passage le niveau d’expertise attendu. Manifestement, les élèves ingénieurs et les représentants de leur école présents à cette séance de lancement ne paraissaient pas plus impressionnés que cela. Il est vrai que ceux habilités à y participer sont en 4e  année (en 5e dans le cas de l’EPF). Le projet s’inscrit de surcroît dans leur scolarité, ce qui le rend motivant. Et puis leur école a l’expérience de ce genre de challenge. Les trois sont régulièrement sollicitées par des industriels pour impliquer leurs élèves. Déjà, les partenaires se projetaient dans l’avenir en imaginant des équipes inter-écoles, dans la mesure du possible au regard des contraintes d’agenda (d’une école à l’autre, les élèves ingénieurs n’ont pas le même calendrier) et d’accessibilité (ces mêmes écoles ne sont pas proches les unes des autres…).

Rendez-vous en avril et mai 2017

En attendant, les équipes (de 4 à 6 maximum) ont jusqu’au 7 avril 2017 pour déposer leur dossier sur une plateforme numérique avant d’être invitées à pitcher durant la deuxième quinzaine d’avril devant le jury (composé, outre les représentants de la CCI Versailles-Yvelines et de Segula Technologies, de ceux de la Communauté d’agglomération de Mantes-en-Yvelines – Camy – de pôles de compétitivité et d’autres écoles). Elles seront jugées au regard de plusieurs critères tous définis par Segula Technologies – la créativité et l’originalité des propositions ; leur faisabilité et cohérence ; leur qualité technique ; celle des supports visuels et vidéo, et de la présentation orale. « Et l’esprit d’équipe ? » nous souffle notre voisin, qui n’est autre que Bernard Monnier, auquel on doit un autre événement important : le DRIM’in Saclay (pour en savoir plus, cliquer ici). Nul doute que les candidats auront l’occasion de le manifester lors de la cérémonie qui distinguera les lauréats. Elle est programmée en mai 2017. Naturellement, nous tâcherons d’y assister pour vous en rendre compte si, d’aventure, vous ne pouviez y assister.

A lire aussi : l’entretien que Stéphane Parpinelli nous avait accordé avant le tenue de l’événement (pour y accéder, cliquer ici).

Crédit des photos : CCI Paris Ile-de-France/Guy Brehinier.

 

 

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