Retour sur la 2e édition de RISE². Rencontre avec Raphaël Neymann

RISE2018Paysage
Le 8 mars dernier se déroulait la deuxième édition des Rencontres Innovation & Sciences des Etudiants de l’ENSTA ParisTech (RISE²). Elève-ingénieur de première année et présidant l’association qui en assure l’organisation, Raphaël Neymann nous en dit plus sur la vocation de cet événement et son déroulement.

- Si vous deviez pitcher RISE² …

RISE² est un événement conçu par des étudiants de 1re année et de 2e année de l’ENSTA ParisTech, dans l’idée de permettre à des chercheurs, des ingénieurs et de jeunes innovateurs de se rencontrer en un même lieu pour confronter leurs idées, débattre autour des enjeux de l’innovation au plan scientifique, mais aussi de la société. Il s’organise autour de différents temps forts : des conférences-débats, un salon des innovateurs, enfin, une conférence de clôture autour d’un sujet pointu qui éclaire le processus d’innovation.

- Pour être conçu par des étudiants, cet événement n’en traite pas moins d’enjeux importants comme en témoigne l’objet des conférences-débats de cette édition 2018…

Oui, une première conférence-débat, intitulée « de l’atome à l’électricité, vers une énergie plus sûre », se proposait d’explorer les possibilités d’avenir des filières nucléaires à travers les exposés de trois experts : Daniel Heuer, directeur de recherche au Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie du CNRS de Grenoble, qui nous a présenté un projet de réacteur de 4e génération permettant de limiter non seulement la production de déchets, mais encore leur durée de vie (de l’ordre de dizaines d’années et non de siècles comme c’est le cas actuellement) ; René Raffray, qui a travaillé sur la recherche sur la technologie de fusion pendant plus de trente ans à l’Université de Californie, et qui a présenté le projet d’ITER, encore à l’état de recherche ; enfin, Stéphanie Tillement, ingénieure diplômée, sociologue à l’IMT Atlantique et chercheur au laboratoire d’Economie et de Management de Nantes-Atlantique (LEMNA). A la lumière du projet AGORAS, elle est intervenue sur les filières nucléaires du futur et leur place dans un mix énergétique (intégrant les énergies dites renouvelables).
A quoi s’est ajoutée la conférence interactive donnée par Mathilde Françon, tout juste diplômée de l’ENSTA ParisTech en mathématiques appliquées, et qui vient de prendre ses fonctions de chargée d’études à la direction R&D de RTE au sein de l’équipe « Prospective des systèmes électriques ». Elle est tout particulièrement intervenue sur la question de la compatibilité énergétique des régions et l’atteinte d’un optimum technico-économique dans ce contexte de mix-énergétique.

- Cette thématique des filières nucléaires a-t-elle donné lieu à de vifs débats ?

Non, pas à proprement parler. Les débats se sont déroulés dans une ambiance tout à la fois studieuse et conviviale. Pas d’accidents à déplorer, autrement dit ! Les participants, à commencer par les étudiants, étaient d’abord animés du souci d’entendre les arguments scientifiques et techniques en présence. Les temps d’échange avec les intervenants leur ont manifestement permis, tout comme à moi, d’éclaircir certains points.

- Quelle conclusion en tirez-vous personnellement ?

A titre personnel, je dirai que je reste convaincu de la nécessité de réformer la filière nucléaire en tirant au mieux profit des avancées qui sont actuellement réalisées, pour la rendre encore plus sûre et en limiter la durée de vie des déchets. Je doute qu’on puisse s’en passer du jour au lendemain : en France, elle assure plus de 70% de la production d’électricité. Plusieurs décennies seront nécessaires avant de pouvoir démanteler toutes nos centrales existantes. Dans ces conditions, il me paraît plus raisonnable de chercher un juste équilibre avec les énergies renouvelables plutôt que de les opposer aux filières nucléaires.

- Cette journée vous aura-t-elle convaincu de vous projeter dans l’une ou l’autre de ces filières au plan professionnel ?

La formation de l’ENSTA ParisTech me permettrait de l’envisager – des entreprises de la filière française – Areva et Framatome – sont des partenaires de l’école et interviennent pour nous en présenter les enjeux mais aussi les débouchés en termes d’emplois. Mais quand bien même recouvre-t-elle des problématiques intéressantes, je pense plutôt m’orienter vers l’aéronautique ou l’aérospatiale.

- Un mot sur le salon des innovateurs…

Comme l’an passé, il permettait de présenter des projets d’étudiants de l’ENSTA ParisTech, mais aussi d’autres établissements du Plateau de Saclay (CentraleSupélec, Institut Sup’Optique, l’Université Paris-Sud ou encore HEC), voire de plus loin : cette année, nous en avons eu un de Supaéro, ce dont nous sommes fiers – la présence d’étudiants de cette prestigieuse école atteste du fait que la notoriété de notre événement dépasse les frontières de Paris-Saclay !
Au total, une dizaine de projets étaient présentés, les uns encore à l’état embryonnaire, les autres bien avancés, tous très divers, illustrant ainsi au passage que l’innovation rime avec foisonnement. L’un de ces projets a été distingué par le prix Coup de cœur remis par notre sponsor IKOS Consulting. Il vise à améliorer les prévisions des précipitations.

- Qu’en a-t-il été de la conférence de clôture ?

L’an passé, elle avait été confiée au mathématicien Cédric Villani. C’est dire si la barre avait été placée haut. Cette année, nous avons eu la chance d’avoir un intervenant tout aussi pédagogue : le physicien et philosophe Etienne Klein, par ailleurs directeur du Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au CEA de Saclay. Il a entrepris d’expliquer pourquoi la notion d’innovation était parvenue à s’imposer autant ces dernières années, en lieu et place de celle de progrès. Il l’a fait à la lumière de l’histoire et de la philosophie des sciences. De sa conférence, je retiens encore tout l’intérêt de prendre le temps de s’interroger sur les mots qu’on utilise.

- Un mot sur GraviTAtion, l’association que vous présidez…

C’est un jeune association, créée il y a trois ans, au sein de l’ENSTA ParisTech, à l’origine pour organiser la participation des élèves-ingénieurs de l’école au Tournoi International de Physique (IPT). Depuis, elle a diversifié son champ d’action en participant à d’autres événements scientifiques, toujours avec cette vocation de contribuer au rayonnement de la science à tous les niveaux. Pour les besoins de RISE², c’est elle qui fait les démarches auprès des entreprises et des sponsors, qui élabore le programme en identifiant les intervenants et les thèmes de discussion. Pour tout cela, elle peut cependant s’appuyer sur le soutien de l’école elle-même, de son association des Alumni, ainsi que de l’Université Paris-Saclay. Ce dont je tiens d’ailleurs à les remercier.

- A voir le programme, cet événement est ouvert à d’autres écosystèmes que Paris-Saclay. Dans quelle mesure celui-ci n’en constitue-t-il pas moins un contexte favorable à son organisation ?

RISE² a d’abord été conçu pour favoriser la dynamique à l’œuvre sur le Plateau de Saclay. Un environnement très aspirant en plus d’être agréable à vivre. Personnellement, j’estime que nous avons, élèves-ingénieurs de l’ENSTA ParisTech, beaucoup de chance à être au cœur d’un écosystème aussi riche en établissements de recherche et d’enseignement, en centres de R&D, en dispositifs d’accompagnement de l’entrepreneuriat innovant, etc. et autant tourné vers l’innovation et la science. Etre sur le Plateau de Saclay, c’est tout simplement fabuleux ! Et comme j’ai déjà eu l’occasion de le souligner, RISE² ne s’adresse pas qu’aux étudiants de l’ENSTA ParisTech, mais est ouvert à tous ceux qui poursuivent leurs études sur ce plateau, dès lors qu’ils s’intéressent aux avancées scientifiques et à l’innovation.

- Quelle suite prévoyez-vous ?

Il est clair qu’au sortir d’un tel événement, on n’éprouve qu’une envie : renouveler l’expérience ! Je suis donc d’ores et déjà en mesure de vous dire qu’il y aura une 3e édition de RISE2. Nous en avons envie et nous attelons dès maintenant à son organisation. Car une simple après-midi comme celle-ci demande plusieurs mois de préparation, le temps de nous accorder sur les thématiques et les intervenants, tout en poursuivant nos études en parallèle !

En illustration de cet article, la microconférence « De l’atome à l’électricité : vers une énergie plus sûre », avec les trois intervenants.

A lire aussi l’entretien avec Etienne Klein autour de sa conférence « L’innovation fait-elle progresser l’idée de progrès ? » (pour y accéder, cliquer ici).

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