Rendez-vous aux dix ans de S[cube]. Entretien avec Elise Duc-Fortier

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Les 17-18-19 novembre, l’association S[cube] - pour Scientipôle, Savoirs et Société - fête ses dix ans à travers le vernissage d’une nouvelle exposition itinérante et bien d’autres RDV. Sa directrice nous en dit plus sur le chemin parcouru par cette structure qui s’emploie à faire découvrir la recherche, telle qu’elle se fait sur le Plateau de Saclay.

- S[cube] fête ses dix ans. Quand avez-vous rejoint l’aventure ?

Pratiquement au tout début, en 2008, au sortir de mes études. En me rendant sur le site de l’ex-CAPS, j’avais repéré un onglet « culture scientifique », ce qui ne m’avait pas étonnée plus que cela. J’habitais et continue à habiter aux Ulis. Même si on parlait encore à peine du projet de Paris-Saclay, j’avais pu percevoir le potentiel du territoire en termes d’animation scientifique. J’ai donc envoyé une candidature spontanée et c’est ainsi que j’ai été recrutée. La perspective de travailler à S[cube] me plaisait d’autant plus que l’association était soutenue par l’agglomération, qui mettait des locaux à disposition en n’hésitant pas non plus à recruter des salariés pour lui permettre de remplir ses missions. Le territoire offrait de surcroît de nombreuses opportunités : nous avons été très tôt sollicités pour des partenariats.

- Qu’est-ce qui vous a prédisposé à rejoindre une telle structure ?

J’avais fait un DEUG Sciences de la vie à l’Université Paris-Sud, en ayant eu l’opportunité de choisir l’option communication scientifique. Autant le dire, à l’époque, je ne savais pas trop ce dont il retournait ni ne savais ce que je souhaitais privilégier : l’écriture, le journalisme scientifique, l’animation ou la conception d’expositions. Le fait d’en voir régulièrement m’a cependant inclinée vers cette dernière orientation. Je me suis donc orientée vers une Licence et Maîtrise de médiation scientifique à l’Université Versailles-Saint-Quentin (UVSQ avant d’opter pour un Master de muséologie et muséographie à l’Université de Dijon En 2006, j’effectuais un stage au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, qui m’a permis de participer à l’organisation de l’exposition itinérante, « Incroyables Cétacés ! ».

- « Exposition itinérante » dites-vous, c’est justement la marque de fabrique de S[cube]…

En effet, dès sa création, S[cube] a proposé des expositions itinérantes pour rendre compte de la science telle qu’elle se fait ici, sur le territoire de l’ex-Communauté du Plateau de Saclay et aujourd’hui de la Communauté de Paris-Saclay. Leur thématique est choisie en fonction de l’actualité du Plateau de Saclay. La première s’intitulait « La science a un ticket ». Le titre jouait sur les sens des mots car on pouvait entendre de la science accessible aussi bien que la science comme on l’aime.

- Et de la science hors les murs…

Parfaitement. Nous allons dans les écoles, les bibliothèques, les centres culturels, là où se trouve le public. C’est dire si nos expositions doivent être conçues pour être facilement transportables. Rien à voir avec celles que peuvent proposer d’ordinaire les grands établissements de recherche. Les nôtres restent modestes. Elles n’en sont pas moins rigoureuses au plan du contenu. Pour chacune d’elles, nous nous appuyons sur un comité scientifique spécifique, composé d’experts issus des organismes de recherche du Plateau de Saclay. Nous accordons beaucoup d’importance à ces comités : ils nous permettent de nous tenir informés de l’actualité des travaux et des avancées scientifiques. Charge à nous ensuite d’en traduire les suggestions et orientations à travers une exposition accessible au plus grand nombre.

- Le principe de ces expositions itinérantes s’est-il imposé de lui-même, en réponse au contexte, ou a-t-il été inspiré par de « bonnes pratiques » ?

Je ne saurais vous le dire car je n’étais pas encore là au moment où s’est fait le choix. Une chose est sûre, la formule d’exposition itinérante, sous forme de panneaux, était particulièrement bien adaptée à des lieux qui ne sont pas conçus a priori pour en recevoir. Depuis, nos expositions se sont enrichies de dispositifs de manipulations, impliquant donc davantage le public. Une caractéristique qui s’est ajoutée chemin faisant.

- Visez-vous un public en particulier ?

Non, nous nous adressons à tous les publics, aussi bien aux scolaires qu’aux familles. Avec cependant une attention particulière à celles et ceux qui n’ont pas forcément la possibilité de se déplacer là où la science se produit ou s’expose ordinairement. De là d’ailleurs le caractère itinérant de nos expositions. Elles sont une manière d’informer sur ce qui se passe sur le territoire au plan de la recherche scientifique, mais aussi des projets d’aménagement. Toutes ces grues, sur le Plateau de Saclay, forcément cela intrigue et demande à être expliqué…

- Quelles autres activités propose S[cube] ?

En dehors de la création d’une exposition annuelle itinérante, nous assurons la diffusion d’autres outils, dont des mallettes pédagogiques, l’organisation du Prix du livre scientifique, la coordination des initiatives des quelque 27 communes que compte la Communauté de Paris-Saclay, lors de la Fête de la Science, ou encore des partenariats avec le Rectorat de Versailles.
Actuellement, nous poursuivons un projet avec les structures municipales jeunesse de la ville des Ulis – qui fête, elle, ses quarante ans cette même année – toujours dans cette idée de promouvoir la culture scientifique, mais aussi d’informer les adolescents des possibilités qu’offre l’agglomération que ce soit en termes de cursus post-Bac ou d’opportunités professionnelles. Un projet que nous espérons déployer ensuite dans les autres quartiers de la politique de la ville de la Communauté Paris-Saclay, à savoir : Massy et Longjumeau.

- Les Ulis qui comptent un établissement scolaire dynamique, le Lycée de l’Essouriau, dont nous avons rendu compte récemment des rencontres qui y étaient organisées avec les anciens de sa jeune classe prépa… [pour accéder aux échos à ces rencontres, cliquer ici]. De quels effectifs disposez-vous pour mener de front toutes ces activités ?

Dès le début, et sans doute est-ce ce qui en a fait la force, l’association a pu, comme je l’indiquais, s’appuyer sur des salariés. Moi compris, elle en compte trois. Les deux autres sont Florian Delcourt, chargé de mission [ que nous avons eu l’occasion d’interviewer ; pour accéder à l’entretien, cliquer ici], qui a la responsabilité des expositions annuelles, et Vanessa Baron, chargée de projet, qui nous a rejoints récemment. Animatrice de formation, elle assure la circulation de nos outils (expositions itinérantes et mallettes pédagogiques, donc) et participe au développement du projet mené avec la Ville des Ulis, que j’évoquais.

- Comment dès lors caractériseriez-vous votre mission : relève-t-elle de la vulgarisation scientifique ou de la médiation scientifique ? Ou d’autre chose encore ?

Scube2017Paysage1Nous participons clairement à de la médiation scientifique avec tout ce que cela signifie en termes d’implication du public, au travers de dispositifs de manipulations et d’expériences [ci-contre, une expo-jeux].
Après, le monde de la médiation est, comme n’importe quel autre, sujet à des phénomènes de mode. Il évolue et, avec lui, le vocable utilisé. Si on parle moins de vulgarisation, cela ne veut pas dire qu’on n’en fait pas dans les faits. En lui-même, ce mot ne me pose pas de problème particulier. Disons que celui de médiation a le mérite de mettre l’accent sur le travail d’animation et la possibilité pour les gens de se livrer à des manipulations et des expériences. De ce point de vue, les dispositifs évoluent. Scube2017Paysage2Pour ce qui nous concerne, nous sommes passés des maquettes aux jeux. Ces derniers occupent une place désormais déterminante dans nos expositions [ci-contre, un robot autonome]. C’est en quelque sorte devenu notre marque de fabrique. Là où des expositions recourent davantage aux vidéos et au numérique, nous privilégions une dimension ludique. C’est une manière de favoriser une expérience intergénérationnelle. De fait, rien de tel qu’un jeu pour impliquer tout à la fois les enfants et leurs parents voire grands-parents et, au final, faire de la science, aborder des notions scientifiques, sans s’en rendre compte. Un peu comme Monsieur Jourdain pratiquant la prose.

- C’est l’occasion de saluer le travail de Florian Delcourt, qui réalise en impression 3D la plupart des pièces utilisées pour les besoins de ces jeux…

Oui, toutes ces pièces sont conçues ici, au moyen d’une imprimante 3D dont nous avons été dotés, voici trois ans. Elle nous permet d’être plus créatifs et réactifs. Et ce n’est pas tout, puisque nous venons de recevoir une fraiseuse numérique. Sans doute nous faudra-t-il encore un peu de temps avant de savoir pleinement la manipuler, mais elle nous ouvre déjà des horizons nouveaux, qui nous permettront de laisser encore plus libre cours à notre imagination. Nous avons en outre la possibilité d’accéder aux équipements du FabLab Digiscope et de profiter des compétences nécessaires à leur utilisation, grâce au précieux concours de Romain Di Vozzo. Comme vous le voyez, pour mettre l’accent sur les jeux, nous n’en savons pas moins aussi tirer profit de l’apport du numérique. D’ailleurs, dans la prochaine exposition, inaugurée le 17 novembre prochain, à l’occasion de la célébration de nos dix ans, nous recourrons à des vitrines numériques : des vitrines d’exposition comme on peut en voir dans n’importe quel musée, mais qui ont la particularité de pouvoir y faire apparaître des informations sur la surface avant de dévoiler ce qu’il y a à l’intérieur.

- Près de dix ans après, vous apparaissez souriante, tout sauf blasée…

(Rire). Comme pourrait-on l’être ? L’équipe est dynamique et engagée. Et nous pouvons nous appuyer sur un bureau associatif composé de chercheurs à la retraite et néanmoins très impliqués. Il est présidé par Jean-Claude Roynette, ancien Doyen de la Faculté des Sciences [que nous avons déjà eu l’occasion d’interviewer ; pour accéder à cette interview, cliquer ici] avec, pour vice-président, Roland Salesse, ancien chercheur de l’Inra de Jouy-en-Josas [idem, cliquer ici], dont il assure la mission médiation scientifique, en plus d’être le coordinateur national de la Semaine du Cerveau. Notre bureau compte bien d’autres personnalités, qui prennent tout autant part à l’activité de l’association, en travaillant étroitement avec les salariés. Nous avons la chance de pouvoir concrétiser nos idées ou à tout le moins de les expérimenter, sans être brimés dans nos envies.

- Sans compter un environnement plus que favorable…

Oui et ce, depuis le début. Nos membres fondateurs en sont des acteurs majeurs et ont contribué à notre insertion au travers de partenariats. Et puis, cet environnement ne cesse d’évoluer en offrant à chaque fois de nouvelles perspectives et opportunités. L’avenir est prometteur : avec l’arrivée de nouveaux établissements, le Plateau de Saclay est appelé à accueillir de nouveaux habitants, de nouveaux chercheurs, de nouveaux étudiants. C’est dire s’il y a de la place pour plusieurs initiatives, pour y faire connaîtra la science qui s’y fait. Nous nous projetons déjà à l’horizon de l’Exposition universelle de 2025, en considérant qu’on y a sans doute notre place, certes modeste, mais utile : nous pourrons faire profiter de notre connaissance des populations qui vivent ou fréquentent Paris-Saclay.

- C’est dire si Paris-Saclay est un chantier permanent…

En effet, et on peut le constater en venant jusqu’ici : les abords du parc d’activité d’Orsay où nous sommes sont en travaux et, de l’autre côté, vous pouvez percevoir un tout nouveau bâtiment au revêtement gris. Que dire de ce que je peux en voir au quotidien ne serait-ce qu’au fil du parcours que j’emprunte pour venir jusqu’ici ! Certes, tout cela est parfois source de désagrément, mais cela témoigne aussi du fait qu’on est bien dans un territoire dynamique et d’avenir.

- Venons-en à la célébration de vos 10 ans. Qu’avez-vous prévu à cette occasion ?

Scube2017Portrait1Comme chaque année, nous proposons une nouvelle exposition itinérante, « Chroniques de l’évolution », mise en place avec l’IDEEV (Institut Diversité Ecologie et Evolution du Vivant) à Gif-sur-Yvette, mais il nous importait de l’inaugurer dans un tout autre cadre que ceux où nous avons l’habitude d’exposer, quitte à devoir assumer un certain décalage. C’est ainsi que nous accueillerons le public à l’Opéra de Massy. Une opportunité que nous avons eue grâce au soutien de la ville et du Conseil départemental de l’Essonne. Cette inauguration marquera le coup d’envoi de trois jours de manifestation.

- Un mot sur l’intitulé du programme, « De la science à l’opéra »…

Il peut se lire dans les deux sens : d’une part, on fait de la science à l’opéra, d’autre part, on fait un cheminement entre deux mondes – celui de la science et celui de l’Opéra et, à travers lui, celui de la culture. Des mondes qui peuvent paraître lointains à certains publics, mais que nous nous proposons de rendre accessibles et ce, simultanément : ceux qui n’ont accès ni à l’un ni à l’autre pourront accéder aux deux en même temps, de même que ceux qui n’ont accès qu’à l’un ou l’autre. De fait, si on compte beaucoup de mélomanes parmi les scientifiques, tous n’ont pas l’habitude d’aller à l’opéra. Et inversement, ceux qui y vont ne sont pas forcément familiers avec la science.
En plus de mêler ainsi des publics, nous souhaitions aussi réunir l’ensemble de nos partenaires (la ville de Massy, le Conseil départemental, la Communauté Paris-Saclay, la Région pour ne citer que les collectivités) en leur permettant de présenter un ou plusieurs dispositifs dont ils ont été partenaires. Un parcours sera organisé à cet effet dans le hall de l’Opéra.
Scube2017ClervoyPortraitLe thème transverse étant « La vie dans l’espace », nous avons programmé le vendredi 17 novembre une table-ronde avec Emeline Bolmont, chercheuse au CEA, qui interviendra sur l’habitabilité des exoplanètes ; l’astronaute Jean-François Clervoy [en photo], qui a plusieurs missions spatiales à son actif, et l’astrophysicien Hubert Reeves. Nous espérons rencontrer un large public à cette occasion et qu’il aura envie de revenir durant tout le week-end. Auparavant, au cours de l’après-midi, nous organisons un séminaire académique en partenariat avec le Rectorat de Versailles, à l’attention de ses enseignants (c’est pourquoi il ne figure pas sur le programme), qui pourront échanger avec des chercheurs du territoire sur la manière de parler aux élèves de la vie dans l’espace, dans quelle discipline ou classe que ce soit.
Scube2017PaysagePour en revenir au programme ouvert au public, les journées se cloront avec le concert annuel de Vents d’Automne [en photo], le réseau des conservatoires de l’agglomération Paris-Saclay (soit 150 musiciens instrumentistes à vent, qui joueront sous la directrice de la cheffe d’orchestre Marie Faucqueur). Avant et après ce concert, un scientifique, Emmanuel Bigand, chercheur en psychologie cognitive à l’Université de Dijon, nous parlera des relations entre musique et cerveau…

- Mais pourquoi avoir sollicité un chercheur extérieur au Campus Paris-Saclay ?

(Sourire). Malheureusement, tous les scientifiques du Plateau de Saclay, que nous avions pressentis pour notre thème transverse, n’étaient pas disponibles à cette date. Nous nous sommes donc rabattus sur un thème plus spécifique, musique et cerveau, donc, dont Emmanuel Bigand est un spécialiste reconnu.

- Cela dit, c’est bien la preuve que Paris-Saclay est un écosystème suffisamment dynamique et bien portant pour s’ouvrir à d’autres chercheurs…

C’est précisément l’argument que j’ai défendu auprès de nos partenaires ! Et vous verrez, c’est quelqu’un de passionnant, qui incarne bien ce lien entre deux mondes qui gagnent à se connaître davantage, celui de la science et celui de la musique. Il nous décrira l’effet des émotions produites par cette dernière et leur rapport avec l’activité cérébrale.

- Le flyer du programme précise : « Evénement gratuit de 6 à 106 ans »… Est-ce à dire que la science maintiendrait jeune et pour longtemps ?

(Rire) Une chose est sûre, nos expositions et animations sont conçues pour toutes les générations, sans exclusive. Et puis, faire de la médiation scientifique n’empêche pas de faire preuve d’humour !

Pour en savoir plus sur S[cube], cliquer ici.

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