Rendez-vous à l’ENSTA ParisTech pour la première finale EBEC. Entretien avec Antoine et Julien

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Les 28 et 29 avril prochain, l’ENSTA ParisTech accueillera la finale française de la compétition européenne EBEC. Une première pour cette école, mais aussi l’ensemble de l’écosystème Paris-Saclay. Antoine Fournier (à gauche), élève en première année, en charge de son organisation, nous en dit plus, aux côtés de Julien Fornasari, qui a, lui, participé à l’organisation de la manche locale de leur école, qui s’est déroulée le 9 mars dernier. Une double opportunité, estiment-ils, de mettre à profit leur formation d’ingénieur, mais aussi de renouer avec la créativité…

- Vous vous apprêtez à accueillir les 28 et 29 avril prochain une importante compétition. De quoi s’agit-il ?

Antoine : Il s’agit de la finale française de l’EBEC, une compétition européenne organisée chaque année par BEST (pour Board of European Student of Technology), un réseau présent dans trente-deux pays d’Europe, créé en 1989, avec pour objectif de favoriser les mobilités internationales et les échanges culturels entre des étudiants engagés dans des études d’ingénieur, d’améliorer aussi l’éducation en Europe en rapprochant entreprises, universités et étudiants à travers ses divers événements. L’ENSTA ParisTech est engagée depuis longtemps dans ce réseau. C’est la 15ème édition de l’EBEC, mais la première fois que l’ENSTA ParisTech organise la finale française.
J’ajoute que cette finale a été précédée de quatre manches locales, à travers la France, qui se sont déroulées dans autant d’établissements : outre l’ENSTA ParisTech, Centrale-Supélec, l’INSA Lyon, et les INP de Grenoble. Les lauréats de la finale française pourront ensuite participer à la finale européenne qui doit se dérouler, cette année, à Brno, en République Tchèque, au cours du mois d’août.

- En quoi consistera la finale nationale ?

Antoine : Elle se déroulera en deux temps. Le vendredi après-midi, avec une étude de cas :  il s’agira de proposer une solution à un problème posé par une entreprise partenaire (l’an dernier, les participants devaient trouver une solution innovante de transport permettant de desservir un village isolé). L’épreuve dure trois à quatre heures, avec le recours possible à l’outil informatique. L’évaluation se fera sur la base d’une présentation orale. Le samedi après-midi, ensuite, avec une épreuve de Team Design : les participants devront, toujours en 3-4 heures proposer une solution à un problème, mais cette fois uniquement avec du matériel très rudimentaires (des baguettes de bois, du carton,…), de quoi élaborer un prototype. L’enjeu est de solliciter leur créativité, mais aussi de tester leur esprit d’équipe (chacune des équipes comportant quatre personnes).

- Un mot sur l’épreuve locale du 9 mars, en quoi a-t-elle consisté ?

Julien : A la différence de la finale française, elle se déroulait sur une demi-journée autour d’une séance de Team Design et d’une table-ronde. Cette dernière était animée par un enseignant-chercheur, et portait sur les nouveaux procédés de fabrication innovants dans l’industrie, comme l’impression 3D.

- Sur quelle problématique devaient plancher les équipes et quel type de solutions a-t-il été proposé ?

Julien : Elles devaient proposer une maquette de plusieurs cellules, sortes de briques, à la base d’un matériau architecturé. Ces cellules pouvaient être reproduites indéfiniment dans un but de construction à une échelle industrielle. Les équipes disposaient, donc, de baguettes de bois, de plexiglas,… Des solutions très diverses, plus intéressantes les unes que les autres ont été proposées. L’équipe lauréate avait réalisé trois anneaux à partir du plexiglas, qui résistait, tout en étant suffisamment souple. Une solution originale, qui n’a pas manqué de nous surprendre. Les autres équipes avaient surtout recouru au carton pour confectionner leurs briques.

- Combien d’équipes de l’ENSTA ParisTech y participaient ?

Julien : Seize, au total, dont une formée par des chercheurs et du personnel de l’administration de l’ENSTA ParisTech, qui souhaitaient relever le défi. Et bien qu’il s’agisse d’une manche locale, nous avions fait le choix d’accueillir de nouveau, comme l’an dernier, quatre équipes extérieures : une équipe de Polytechniciens, une équipe d’étudiants de l’Institut Georges Charpak, enfin, deux équipes de lycéens du Lycée Camille Claudel, de Palaiseau, de façon à leur permettre de découvrir, de manière ludique, le monde de l’ingénieur et la manière dont on étudie à l’ENSTA ParisTech.

- Mais comment des lycéens peuvent-ils soutenir le niveau de jeunes élèves ingénieurs, qui ont au moins deux ans de classe préparatoire à leur actif ?

Julien : Les lycéens étaient les premiers sceptiques, d’après ce que nous en a dit leur professeur, ne serait-ce quant à leur capacité à comprendre le problème ! Au final, ils se sont débrouillés et plutôt très bien. D’ailleurs, une des deux équipes de lycéens est même arrivée 2e ! Finalement, en sollicitant la créativité, la compétition leur donne les mêmes chances qu’à leurs aînés.

- Est-ce à dire qu’ils ne sont pas encore formatés comme pourraient l’être des élèves d’écoles d’ingénieurs… ?

Julien : De fait, à la différence des lycéens, les élèves de première année de l’ENSTA ParisTech avaient déjà deux ans de classes préparatoires derrière eux, synonymes d’enseignements très théoriques, laissant peu libre cours à la pratique, et reposant sur un travail intensif et individuel. De là aussi l’intérêt des enseignements de l’ENSTA ParisTech qui nous permettent de sortir de ce formatage en renouant avec un travail d’équipe et plus tourné vers la créativité.

- A priori, la créativité suggère quelque chose qui émerge sans avoir été programmée, encore moins planifiée… Pour les élèves ingénieurs que vous êtes, quel défi cela représente-t-il ?

Julien : La créativité n’est pas forcément quelqu’un chose d’étranger à l’ingénieur. Au contraire, elle est une manière pour lui de se libérer du cadre un peu contraignant dans lequel il a été formé au cours de ses études, en laissant plus libre cours à son intuition. Le fait d’être au sein d’une équipe y incite d’ailleurs, en jouant sur la complémentarité des uns et des autres, pour parvenir à quelque chose d’original à laquelle aucun n’aurait pu parvenir seul.
J’ajoute que c’est aussi une manière de renouer avec la dimension plus manuelle du métier d’ingénieur, qui, pour tester, a besoin de prototyper, parfois avec les moyens du bord, à la manière d’un bricoleur.

- Mais n’y a-t-il pas un paradoxe à renouer avec cette dimension à l’heure du numérique et de la modélisation virtuelle ?

Antoine : C’est vrai que l’épreuve de Team Design n’implique pas l’outil numérique – les équipes ne disposent, en plus d’un matériel rudimentaire, que d’un tableau noir et de craies. Mais si aujourd’hui la conception innovante recourt beaucoup à l’outil numérique, il est important de revenir aux fondamentaux du métier d’ingénieur, à savoir : répondre à un problème donné, à travers un prototype, lequel n’exige pas au début de matériaux sophistiqués.

- En ne mettant à disposition que des moyens rudimentaires, ne s’agit-il pas d’initier aussi les candidats à l’ « innovation frugale », à l’image de celle promue dans le cadre de la chaire créée au sein du 503 ?

Antoine : J’avoue que c’est la première fois que j’entends évoquer cette notion. Mais, elle me semble bien rendre compte de l’esprit de la compétition qui, en plus des contraintes matérielles, impose aussi une contrainte temporelle (les équipes, rappelons-le, ne disposent que de trois-quatre heures).

- Et votre rôle, en quoi consiste-t-il dans l’organisation de ces manches locale et nationale ?

Antoine : Je suis responsable de l’organisation de la finale française et, à ce titre, l’interlocuteur de l’administration de l’ENSTA ParisTech. Je m’appuie sur une équipe, qui, en plus de choisir le défi à relever et de trouver le matériel mis à disposition des participants, assure leur accueil et la communication autour de l’événement.

Julien : Pour ma part, j’ai été en charge de la communication de la manche locale du 9 mars dernier.

- Avez-vous pris part à la compétition ?

Antoine : Non, le règlement de l’association BEST ne permet pas d’y prendre part dès lors qu’on organise l’événement. Nous n’en avons pas moins pu nous mettre dans les conditions de l’épreuve en testant la pertinence du problème soumis aux équipes.

- Dans quelle mesure concevez-vous l’événement comme une contribution à l’écosystème Paris-Saclay ?

Antoine : Comme je l’indiquais, c’est la première fois, après plusieurs années d’existence de la compétition, que la finale française est organisée dans une école du Plateau de Saclay (l’an passé, elle l’avait été à Grenoble). Nul doute que c’est une opportunité, pour ce dernier, de se faire connaître d’étudiants extérieurs.

- Quelle est le degré d’implication de l’écosystème dans son organisation ?

Antoine : En plus de celles de l’ENSTA ParisTech, deux équipes qui participeront à la finale sont composées d’élèves de CentraleSupélec. J’ajoute que l’association BEST est aussi présente à Polytechnique.

- Combien d’équipes participeront-elles à la finale française ?

Antoine : Huit au total : les deux lauréates des quatre manches locales organisées en France. Soit un total de 32 élèves.

- Dont il vous faudra assurer l’accueil…

Antoine : Oui, le transport, l’hébergement et la restauration.

- En quoi votre formation d’ingénieur vous est-elle utile pour relever un tel défi ?

Antoine : Une formation d’ingénieur se révèle bien utile pour planifier un projet, quel qu’il soit, y compris un événement comme celui-ci, en n’en oubliant aucun des aspects. Et puis, si les deux années de classes préparatoires ne sollicitent pas autant la créativité, elles nous prédisposent à affronter une importante quantité de travail et à nous organiser en conséquence, en peu de temps.

Julien : Et si notre formation d’ingénieur nous est bien utile pour organiser ce genre d’événement, la réciproque est vraie : son organisation apporte un précieux complément à notre formation. Le travail que nous consentons au sein d’une association est très varié : en plus de devoir traiter de questions de logistique, il permet de nouer des liens avec des entreprises et ce faisant, de renforcer nos « soft skills », ces compétences proprement humaines, qui font aussi la richesse du métier d’ingénieur.

- Comment appréhendez-vous la problématique de l’accessibilité de l’écosystème Paris-Saclay ?

Antoine : Je pense qu’à l’ENSTA ParisTech, nous n’avons pas à nous plaindre. Nous sommes plutôt bien placés : l’école est desservie en une petite vingtaine de minutes en bus, depuis la station Massy-Palaiseau de la ligne B du RER, ou de la gare TGV Massy (pour ceux qui viennent du reste de la France).

Julien : La liaison entre les différents établissements d’enseignement supérieur de Paris-Saclay est plus difficile en revanche. Pour un étudiant qui n’a pas de voiture, il n’est pas si simple de se rendre de l’ENSTA ParisTech à CentraleSupélec, par exemple.

- Vous projetez-vous déjà à la finale européenne ?

Antoine : En tant qu’organisateur de la manche nationale, j’y serai convié et je compte bien y assister pour accompagner les équipes françaises, quand bien mêmes ne seraient-elles pas issues de l’ENSTA ParisTech !

- Dans quelle mesure l’événement est-il pour vous l’occasion de faire connaître votre propre campus, mais aussi l’écosystème Paris-Saclay ? Comptez-vous d’ailleurs faire à cette occasion visiter les chantiers alentours aux participants ?

Antoine : Oui. Je ne cache pas que c’est quand même un motif de fierté que d’accueillir des équipes ici. Quant à savoir si nous aurons le temps de leur faire visiter l’écosystème, j’en doute, car le programme est déjà bien chargé ! Outre des séances d’introduction et de clôture, une table-ronde est également programmée. Elle portera sur l’avenir du mix énergétique.

Julien : Pour avoir participé à l’organisation de la manche locale, je peux témoigner du fait que, dans l’instant, on est concentré dans l’événement, mais avec le recul, on a le sentiment d’avoir contribué au rayonnement de l’écosystème et d’avoir ainsi apporté notre petite pierre à l’édifice.

- En plus des participants, combien de personnes attendez-vous ?

Antoine : Nous espérons une quarantaine d’étudiants de l’ENSTA ParisTech.

Pour en savoir plus, se rendre sur le site de l’événement. Pour y accéder, cliquer ici.

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