Rencontre avec un ingénieur-chercheur-entrepreneur

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Suite de notre rencontre avec Pierre Fillard, cofondateur de la start-up Therapixel, lauréate 2013 du Prix « Création-développement » du concours national d’aide à la création d’entreprise de technologies innovantes, et en passe de révolutionner la gestion de l'imagerie médicale en bloc opératoire.

Pour accéder à la première partie du portrait de Pierre Fillard, cliquer ici.

Plusieurs mois s’écouleront entre le moment où l’idée germe et celui où ils se lancent, en 2010. Avec le recul, Pierre reconnaît en avoir eu une vision un peu romantique. « Nous étions tellement déterminés, que nous pensions que cela se ferait du jour au lendemain. » Très vite, ils apprennent que tout ce qui touche au domaine des technologies médicales est « compliqué », du fait des barrières commerciales à l’entrée sur le marché, liées à la réglementation, mais aussi aux contraintes budgétaires des centres hospitaliers, etc. «Bref, nous ne pouvions prétendre proposer un produit et le mettre rapidement sur le marché. Cela a demandé plus de temps que prévu. »

Une gestation qui demande de la patience

Au début, les deux chercheurs-entrepreneurs étaient partis du projet Medinria de Pierre et qu’Olivier avait développé. « Le logiciel sert désormais de plateforme pour l’ensemble du réseau Inria et même au-delà. » Force cependant leur fut de reconnaître que les débouchés applicatifs sur le marché étaient pour le moins restreints. « Les maladies concernées représentaient un à deux % des actes chirurgicaux, autrement dit pas suffisamment pour garantir le développement d’une start-up. »

En revanche, devaient encore constater les deux chercheurs entrepreneurs, les images prennent de plus en plus d’importance dans le monde médical. « Les chirurgiens basent leurs diagnostics et planifient leurs opérations en fonction d’elles et, pendant l’opération, s’appuient encore sur elles pour le suivi des procédures. « Déjà des hôpitaux sont équipés de salles hybrides avec un scanner interventionnel qui permet de réaliser des images pendant l’opération et de les afficher en temps réel. De même, en radiologie interventionnelle, il est possible de réaliser un acte minimalement invasif sous images scanner. Plus besoin donc de faire une biopsie intégrale : avec une aiguille, on peut atteindre la lésion que l’on veut prélever, tout en effectuant des images à intervalles réguliers pour savoir où on est. » On l’aura compris : le chercheur informaticien est devenu intarissable sur les progrès de l’imagerie médicale obtenue à l’interface des sciences de l’informatique et de la chirurgie.

La valeur ajoutée par rapport à la solution microsoft

Jusqu’à présent, aucune solution sans contact n’existait cependant pour les chirurgiens. Microsoft avait certes mis les bouchées doubles pour accélérer l’adoption du Kinect dans d’autres domaines que les jeux vidéos. A travers son Kinect accelerator, la multinationale avait sélectionné une dizaine de start-up pour les coacher pendant six mois. Pierre et Olivier avaient participé à la sélection et finiront même parmi les quinze premiers. « Etre retenus, ç’aurait été price less. » Seulement, une autre société canadienne proposait une idée similaire. L’histoire dira si Microsoft a manqué de flaire. Ce qui ne saurait tarder tant les choses évoluent vite dans ce domaine. A l’entendre, Pierre et son comparse sont de fait engagés dans une course contre la montre. Pierre se dit cependant confiant. « Nos compétiteurs potentiels se bornent à adapter un logiciel existant au sans contact. Ce qui ne nous semble pas être la meilleure voie. C’est comme si vous cherchiez à pouvoir contrôler la souris, mais sans contact. »

Pierre et son associé ont pris un autre parti : mettre l’image au centre du bloc opératoire, et redonner ainsi le pouvoir au chirurgien. Bien plus: ils s’emploient à « casser les murs invisibles en mettant à disposition des informations réparties dans différentes bases de données. » Leur produit d’appel sera donc bien plus que le sans contact: la promesse d’accéder et d’échanger des données au cours de l’opération. Pour cela, Therapixel travaille en étroite collaboration avec un radiologue interventionnel de Nice. « Il teste et nous fait un retour sur notre ergonomie. »

En prenant le contrepied de leurs concurrents, Pierre et son associé ont pris le risque de prendre du retard sur eux. « Notre solution exige de fait plus de temps de développement, et pour cause : elle implique de revoir l’ensemble du logiciel. » Cependant, Pierre se dit de nouveau confiant. « Nous approchons du but. Notre solution bénéficie déjà de plusieurs années de développement (pas moins de trois ans) et s’apprête à entrer en phase de commercialisation, l’année prochaine. » Parmi les prospects : outre le CHU de Nice, le site pilote que Therapixel espère pouvoir équiper, les CHU qui entreprennent la rénovation de leurs blocs opératoires. « Notre système implique un capteur avec un pied et une attache murale. S’il ne prend pas beaucoup d’espace, en revanche, il suppose de revoir le système des bases de données. »

Les ressources de l’écosystème Paris-Saclay

A terme, Pierre Fillard espère embaucher des personnes hautement qualifiées, sorties des écoles du Campus Paris-Saclay. Restent des questions d’entrepreneur en herbe, quant à savoir, par exemple, qui recruter prioritairement et à quel niveau de rémunération. « Nous n’avons pas de ponts d’or à proposer, mais une aventure qui ne fait que commencer. »

Quelles pourraient être les autres applications ? Pierre Fillard ne cache pas son scepticisme. « La visualisation sans contact demande un effort physique car elle mobilise les muscles des bras ! » Preuve s’ll en était besoin que le numérique, quoique associé au virtuel, gagnerait à engager une réflexion sur le corporel…

Et l’écosystème de Paris-Saclay ? En quoi est-il stimulant pour une start-up comme Therapixel ? « Evidemment, même s’il compte moins que pour d’autres start-up dans la mesure où Therapixel est localisée aussi à Sophia-Antipolis, il conditionne la réussite du projet, ne serait-ce que par les précieuses ressources humaines et financières qu’il procure. » Et Pierre de citer entre autres exemples Digiteo, qui subventionne la mise à disposition d’un ingénieur. La start-up est en outre accueillie dans les locaux d’Inria Saclay Ile-de-France. « Certes, ce n’est pas un incubateur, mais on est à proximité d’autres start-up. Ce qui est… priceless. » Last but not least, la start-up est couvée des yeux par Nozha Boujemaa, la directrice du centre de recherche Inria Saclay Ile-de-France. « Elle croit beaucoup dans notre projet. » Therapixel bénéficie d’IT2, un fonds d’investissement d’Inria. « Il nous suit, au point de faire partie de notre board. »

Quant au relatif isolement du Plateau de Saclay, Pierre relativise. « C’est pareil à Sophia Antipolis : entreprises et laboratoires sont perdus au milieu des bois. » Mais à la différence de la célèbre technopole, le cluster de Paris-Saclay est proche de Paris, « ce qui constitue un atout indéniable. » De manière plus générale, le contexte français avec son Impôt crédit Recherche et sont statut de jeune entreprise innovante, etc., relève Pierre, « est de plus en plus favorable à l’innovation et à la création de start-up. »

Crédits photos  :  © Therapixel.

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