Rencontre avec Stanislas Berteloot

MSfrPaysage
On ne présente plus Stanislas Berteloot, le blogueur de MonSaclay.fr. Mais en dehors de cette activité, que sait-on de lui ? Il a bien voulu nous en dire plus sur ses attaches au territoire de Saclay, son parcours professionnel et la genèse de son blog.

Comme on pouvait s’en douter, Stanislas Berteloot, à l’origine de la création du blog MonSaclay.fr, est Saclaysien. Pas de souche, mais d’adoption. Lui comme son épouse sont originaires de l’Ouest de la France. Ils se sont installés à Saclay il y a une quinzaine d’années, en 2001. Ils y vivent aujourd’hui avec leurs trois filles, qui y ont toutes grandi – elles ont 16, 13 et 10 ans. Journaliste de formation, Stanislas a poursuivi ses études aux Etats-Unis et débuté sa carrière en Angleterre, chez Reuters, la grande agence de presse. Entre-temps, il a effectué son service militaire au service communication de la Direction Générale de l’Armement (DGA). C’est à l’occasion de son séjour outre-Manche qu’il rencontre sa future épouse, qui y poursuivait ses études. Puis retour en France où cette dernière fait sa thèse (à la Sorbonne, précisément, en fiscalité internationale). Avant l’installation à Saclay, il y aura un détour par… Nice (pendant plus d’un an), puis Versailles.
Au plan professionnel, Stanislas a trouvé un poste de Directeur Marketing chez KDS, une société spécialisée dans la conception de logiciels de réservation de voyage d’affaires et de gestion de notes de frais. Actuellement installée à la Boursidière, elle va prochainement déménager à Issy-les-Moulineaux. Pas question pour autant que la famille Berteloot en fasse autant. Voilà les fidèles de MonSaclay.fr rassurés : après une première annonce d’un départ pour l’étranger, en septembre 2014, et donc de son retrait du site, Stanislas continue l’aventure, non sans réitérer son appel aux contributeurs. Comme il le fait ici, dans l’entretien qu’il nous a accordé.

- Comment l’idée du blog est-elle advenue ?

C’était un samedi de mai 2009, je m’en souviens très bien. Je dînais chez des amis de Saclay. Parmi eux, il y avait la présidente d’une association de théâtre qui se plaignait du mal qu’elle avait à recruter des membres ; un autre se plaignait, lui, du trafic automobile, recommandant de réduire la vitesse, mais en se demandant comment faire. D’autres témoignaient de leurs difficultés à diffuser des annonces, ne serait-ce que pour trouver une nourrice. En dehors de la boulangerie où on pouvait en déposer  – et, encore, elle n’est pas à Saclay même, mais au Parc de Diane, à Jouy-en-Josas – ou du tableau d’affichage de l’école, les habitants n’avaient pas vraiment de moyens de communiquer. Je ne suis pas sûr qu’à l’époque il y ait même eu un site web municipal. Si tel était le cas, il n’était pas conçu pour relayer les informations émanant des habitants eux-mêmes.
Bref, par delà leur diversité, ces amis faisaient à peu près tous le même constat : il n’était pas simple de communiquer à l’échelle de la commune. Cette situation était on ne peu plus classique, mais, ici, elle prenait une acuité toute particulière du fait de la nette division qu’on percevait entre le bourg de Saclay, d’une part, et le Val d’Albian, d’autre part. On manquait à l’évidence d’un moyen de communication qui permît de relier vraiment ces deux entités et à leurs habitants d’échanger.
Comme j’étais connu pour travailler avec Internet, naturellement, mes amis n’ont pas manqué de me poser la question : « et, toi, pourquoi tu ne créerais pas un blog ? ». C’est ainsi que MonSaclay.fr a vu le jour. En deux temps en réalité. Il y eut un premier blog, dans lequel j’invitais les associations de la commune à diffuser leurs informations. Le blog dans sa conception actuel est né en juin 2009.

- Mais comment quelqu’un comme vous, qui a l’expérience de l’international, a pu s’investir autant dans un blog consacré à des sujets de préoccupations somme toute très locales, avec le risque de se retrouver dans des querelles picrocholines ?

Tout simplement parce que je suis convaincu du fait que l’information locale et même micro-locale est ce qui intéresse au premier chef les gens, quels qu’ils soient. Quiconque est curieux de savoir ce qui se passe près de chez soi et d’échanger autour de cela.

- Soit, mais quel intérêt avez-vous, personnellement, à traiter de cette actualité très locale ?

Ma curiosité n’a pas de frontière ni de limite ! Ma vie, ici, à Saclay, me permet de rencontrer des gens tout aussi extraordinaires que ceux que je rencontre ailleurs en France ou à l’occasion de mes séjours à l’étranger : des agriculteurs qui militent en faveur du bio, des artistes… Preuve s’il en était besoin qu’on n’a pas toujours besoin d’aller à l’autre bout du monde pour rencontrer des gens passionnants. Et puis, il y a plein de choses à découvrir près de chez soi. La commune de Saclay est riche d’un patrimoine, qui gagne à être découvert.

- Quel accueil votre blog a-t-il reçu à sa création ?

Il a été plutôt mal accueilli !

- Pourquoi, donc ?

Manifestement, certains considéraient que je marchais sur leur plate-bande. Des associations ont, semble-t-il, considéré que c’était à elles que revenait le privilège de communiquer sur les initiatives de la commune. Suite à l’appel que j’avais lancé sur mon blog, une association, qui militait pour réduire le trafic automobile dans le Val d’Albian, m’a même adressé une lettre manuscrite pour manifester son refus. J’ai donc laissé tomber avant de reprendre le projet de blog, quelque temps plus tard. Cette fois, j’ai dû faire face à la défiance de la mairie au point même d’avoir été convoqué par trois conseillers municipaux, qui ont tenu à me faire savoir que je n’avais pas à appeler mon blog ainsi (MonSaclay.fr, donc). Manifestement, ils s’inquiétaient de savoir quelles pouvaient bien être mes intentions politiques. Or, moi, je n’avais pas d’ambitions électorales !
Toujours est-il que, les premiers temps, la communication a été plutôt froide sinon inexistante, avant que la mairie ne se rende enfin à l’évidence : je ne faisais que permettre aux habitants de s’exprimer, d’échanger de l’information, de communiquer sur leurs activités associatives et leurs initiatives. Tout a donc fini par rentrer dans l’ordre et les relations sont désormais plus que cordiales : le maire répond volontiers à mes questions et je reçois les informations de la municipalité.

- Que vous inspire cet accueil réservé aussi bien par les associations que par la mairie ?

Avec le recul, je trouve intéressant de constater qu’une initiative comme celle de créer un simple blog sur la vie d’une commune, ne va pas de soi, qu’elle peut susciter des malentendus et même des craintes. Il est vrai que nous n’étions qu’au début de l’histoire des blogs. Il y a six ans, les élus comme les associatifs n’en avaient pas encore saisi tout le potentiel. Surtout, le fait de n’être affilié à aucun parti ou association me faisait paraître pour un « drôle » de spécimen avec lequel il n’était donc pas évident pour une institution établie de travailler. Même aujourd’hui, après plusieurs années d’existence du blog, je perçois encore une défiance chez certains de mes interlocuteurs, qui en sont encore à se demander qui il peut bien y avoir derrière !

- D’ailleurs, qui y participe ?

Dès le départ, j’ai voulu faire de MonSaclay.fr un blog collaboratif : tout le monde peut donc y contribuer, demander à en être rédacteur, pour autant qu’il respecte la charte et que son propos concerne Saclay ou le Plateau.

- De fait, le site traite de sujets qui débordent très largement Saclay. A quel moment est intervenu cet élargissement à l’ensemble du Plateau de Saclay ?

Très rapidement, en fait. Si nous n’avions pas spécialement en tête le projet de Paris-Saclay au moment de créer le blog, celui-ci n’en est pas moins né à peu près au même moment. Les gens que j’interviewais pour les besoins du blog n’ont pas manqué de parler de l’OIN [Opération d'Intérêt National]. Je pense en particulier à Gérard Delattre*, de l’association Ader, une des premières personnes que j’ai interviewées et qui m’a d’emblée invité à suivre ce projet de près. D’eux-mêmes les contributeurs se sont mis à en parler.

- Comment parvenez-vous à faire vivre cet espace d’échanges autour d’un projet qui suscite à tout le moins des débats contradictoires, ne serait-ce que sur la question des transport ou de l’avenir de l’agriculture ?

J’ai été agréablement surpris : les gens se comportent plutôt bien. Les premiers jours, je m’attendais à ce que le blog soit investi par des agitateurs politiques. Il n’y en eut pas vraiment. A certains moments, nous avons eu droit à des commentaires un peu limite, comme ce jour de printemps 2012 où des gens du voyage se sont installés sur le stade du Val d’Albian. Une personne est allée jusqu’à en appeler à la violence. J’ai donc dû intervenir au titre de modérateur. Mais des commentaires déplacés, il y en a finalement très peu. Personnellement, j’ai eu à subir des attaques, mais elles ont été rares. Au final, je suis plutôt agréablement surpris par le comportement de nos contributeurs.

- De manière générale, quels sont les sujets qui passionnent le plus les gens ?

Les sujets locaux, on y revient : les articles consacrés aux questions de circulation, de stationnement, etc. font a priori réagir. Plus, en tout cas, que les articles de fond, sur l’Université de Paris-Saclay ou les projets d’aménagement sur le Plateau, par exemple.

- Comment faites-vous pour surmonter ce constat ?

Je le surmonte bien. Cette activité de blogueur n’est pas mon gagne-pain, c’est juste un hobby. J’estime que c’est déjà un grand luxe que de pouvoir traiter en toute liberté des sujets qui me plaisent et m’intéressent.

- Qu’en est-il du caractère collaboratif ? Les gens contribuent-ils ?

Oui, mais pas assez à mon goût. Nul doute que si j’arrêtais de m’impliquer autant, ne serait-ce que pour relancer les contributeurs, le blog finirait pas disparaître…

- Justement, il a manqué de peu de le faire…

Oui, en effet, mon épouse et moi-même devions partir aux Etats-Unis, pour des raisons personnelles. En septembre 2014, j’avais donc annoncé la fin du blog. Finalement, notre projet ne s’est pas fait. Ce faux départ a été cependant l’occasion de découvrir à quel point les gens étaient attachés au blog : j’ai reçu de nombreux témoignages de sympathie. Des personnes se sont dites prêtes à reprendre le blog. Ce qui m’a encore agréablement surpris, même si, au final, aucune n’est allée jusqu’au bout de sa démarche. Manifestement, ces personnes ont pris conscience de l’investissement personnel que cela représentait. Toujours est-il que l’aventure continue. Le blog reste plus que jamais vivant. A défaut de contribuer, les gens continuent à s’inscrire à la newsletter et à envoyer des commentaires.

- D’ailleurs, MonSaclay.fr en chiffres, qu’est-ce que cela donne ?

MonSaclay.fr, c’est de 300 à 500 visiteurs par jour (avec un record de 3 625 visiteurs en un jour) ; un peu plus de 1 270 articles depuis sa création ; plus de 1 600 commentaires ; 17 contributeurs (aussi bien de la mairie que du milieu associatif, de la protection de l’environnement, que des retraités ; nous avons même un écrivain, installé à Jouy-en-Josas). Monsaclay.fr, c’est aussi un compte Twitter suivi par 1 570 followers, avec plus de 2 458 tweets au moment de cet entretien (novembre 2015).

- Une audience qui doit beaucoup à l’élargissement au Plateau de Saclay…

Oui, clairement. Depuis six ans, je peux témoigner du changement : une vraie communauté s’investit autour du Plateau de Saclay et ses différents projets. Une communauté faite de gens passionnés par les nouvelles technologies, bien présents sur les réseaux sociaux et qui suivent l’actualité de ce plateau où ils viennent travailler ou étudier.
Mais le Plateau de Saclay, c’est aussi et encore des agriculteurs qui continuent à maintenir une activité agricole (le territoire bénéficie de terres particulièrement riches) et ce, grâce à la Zone de protection naturelle, agricole et forestière [ZPNAF]. Ils luttent pour pouvoir travailler sur des surfaces aussi continues que possibles et, au-delà, préserver un écosystème qui comprend aussi, à travers ses techniciens et mécaniciens, une dimension technique. Ils luttent, mais ils innovent ou s’adaptent aussi comme en témoignent, par exemple, les initiatives en matière de circuit-court.

- C’est d’ailleurs en ce sens qu’on peut parler de « sociodiversité » : il y a non seulement une diversité d’acteurs, mais encore ceux-ci interagissent et imaginent des solutions ensemble, amenant les uns et les autres à co-évoluer (comme le font des espèces animales ou végétales d’un biotope)…

Oui. Et parmi ces acteurs, n’oublions pas non plus les petits entrepreneurs. J’en rencontre beaucoup qui disent regretter de ne pas pouvoir répondre à des appels à projets ou des marchés publics relatifs au projet de Paris-Saclay, faute d’être de taille suffisante ou visibles. Le territoire a beau avoir vocation à être un cluster, ses acteurs peinent encore à travailler ensemble, à valoriser le tissu économique local. Pour en revenir aux agriculteurs, je constate qu’ils sont encore peu nombreux à pouvoir approvisionner les cantines des établissements d’enseignement supérieur présents sur le plateau.

- Cela suppose qu’ils se convertissent davantage au maraîchage bio… Cela étant dit, les choses changent comme en témoigne l’exemple du réseau de Cocagne qui approvisionne désormais le Novotel de Saclay…

C’est une bonne nouvelle !

- L’avenir de MonSaclay.fr, comment l’envisagez-vous ?

Nous souhaitons couvrir davantage la réalité entrepreneuriale et scientifique du Plateau de Saclay. Nous continuerons à faire des portraits, à travers des vidéos car cela permet de découvrir des partenaires potentiels et les gens apprécient. Nous aimerions aussi beaucoup ouvrir le blog à d’autres contributeurs, mettre cet outil à disposition de ceux qui pourraient par son truchement élargir plus rapidement leur audience. Certains utilisent déjà MonSaclay.fr pour mettre une partie de leurs textes ou vidéos. C’est un jeu gagnant-gagnant : à eux, cela permet de se faire connaître, à nous, cela apporte du contenu.

- Quels échos avez-vous de MonSaclay.fr à l’international ? Comment les étrangers voient-ils Paris-Saclay à travers votre blog ?

Récemment, j’ai eu la chance d’intervenir à un colloque sur l’information locale aux côtés d’un professeur en journalisme de l’Université de Columbia, qui est intéressé par le développement de cette information à travers les blogs, justement. Il était surpris de voir tout ce que MonSaclay.fr donnait à connaître d’un projet aussi ambitieux que Paris-Saclay. Il considère que le simple fait de permettre à tout un chacun de s’exprimer sur un tel projet au regard de ses implications pour sa commune, ouvrait des perspectives nouvelles au journalisme. Non que le blogueur soit un journaliste a priori, mais un blog aide à mettre en lumière une actualité qui n’était jusque-là accessible que par le truchement des localiers ou du café de commerce. Sans doute cela gagne-t-il à être formalisé. Et c’est précisément pour cela que MonSaclay.fr assume son côté laboratoire. Ce qu’il peut faire avec son concentré de technologies : entre l’adressage automatique de notre newsletter, notre compte Twitter, lui-même pour partie automatisé, des techniques de podcasting, de la vidéo… nous mobilisons toutes les ressources possibles pour faciliter l’information et la communication locales.

* Gérard Delattre qui nous a accordé récemment un autre entretien, sur le partenariat noué par son association ADER, avec le nouveau Campus R&D d’EDF. Pour y accéder, cliquer ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>