Récit de migrants en mode réalité virtuelle et augmentée. Rencontre avec Clarisse Lawson

ClarisseLawsonPaysage
Le 23 janvier dernier, les étudiants des Masters « Interaction » et « Human Computer Interaction » de l’Université Paris Sud - Paris Saclay étaient invités à exposer leurs « œuvres » au PROTO204. En voici un premier témoignage qui illustre la contribution possible de la réalité virtuelle à une meilleure compréhension du sort de migrants syriens…

- Si vous deviez commencer par vous présenter ?

Je suis en Master 2 Human Computer Interaction (HCI). Un Master que j’ai découvert l’année dernière alors que j’étais en stage à New York où je poursuivais un Master 1 en Digital Marketing et Data Analytics. Lequel ne me donnait pas entière satisfaction : l’approche marketing était trop dominante. Or, moi, je voulais faire davantage de code et travailler sur tout ce qui touche aux interfaces. J’ai donc prospecté et c’est comme cela que je suis tombée sur ce M2.

- En quoi vous intéressait-il ?

De par sa dimension internationale, d’abord : il s’agit d’un Master européen, dont les enseignements sont dispensés en anglais. La plupart des étudiants de ma promo viennent de différents pays d’Europe ou même d’autres parties du monde (comme moi, par exemple, qui suis Togolaise). C’est donc bien un Master international. Ses responsables, Michel Beaudouin-Lafon (du Laboratoire de Recherche en information, LRI) et Wendy Mackay (Inria) sont de surcroît des chercheurs très compétents et reconnus dans leur domaine.

- Le fait que le Master soit proposé par Paris-Sud, composante de l’Université Paris-Saclay, a-t-il pesé sur votre choix ?

Oui, cela a ajouté à l’attrait du Master. Pour m’être renseignée sur le contexte, j’ai compris que j’allais me retrouver dans une université participant à un projet de campus d’excellence mondiale, aux côtés de grandes écoles. Soit le gage d’une formation de qualité dans un environnement de qualité…

- Et alors, avec quelques mois de recul, estimez-vous que c’est bien le cas ?

Oui. Je suis très satisfaite des mois passés, ici, sur le campus de Paris-Sud. Le Master m’a ouvert de nouvelles perspectives. Il m’aura permis de découvrir d’autres technos que celles que je connaissais, en réalité augmentée ou virtuelle. Surtout, il m’aura amenée à poser un autre regard sur la manière de concevoir les interfaces, ce qu’il faut éviter de faire, combien il importe de coller au plus près aux attentes des utilisateurs. Ce qui suppose d’être attentif à leur expérience à eux, plutôt que de chercher à concevoir quelque chose de peut-être plus ingénieux, mais qui ne rencontrerait pas son public.

- Soit une approche marketing, mais aussi critique…

Exactement. Ce Master est aussi l’occasion de s’interroger sur la technologie, en se gardant d’en faire la solution à tous les problèmes. Elle peut aussi être au service d’une vision ou d’un modèle économique, qui vont à l’encontre de l’intérêt des individus. Il faut en avoir conscience.

- Venons-en au projet, que vous avez mené dans le cadre de ce Master. En quoi consiste-t-il ?

C’est un projet que j’ai conçu avec deux autres personnes : Narendra Singh et Mazin Hussein, respectivement Indien et Grec – une équipe très internationale comme vous pouvez le constater ! Il repose sur une idée suggérée par Mazin, qui a fait connaissance, dans son pays, avec une famille de migrants syriens. Touché par leur histoire, il a proposé d’en partager le récit à travers un dispositif de réalité virtuelle et augmentée. A cette fin, nous avons réalisé des vidéos 360°, pris des photos puis conçu une application à partir de composants technologiques que nous avons adaptés à nos besoins lors de séances au FabLab Digiscope. Je suis très heureuse d’avoir pu faire autant de choses en aussi peu de temps : nous ne disposions que d’un mois pour réaliser notre projet. Il nous aura suffi d’en avoir un de suffisamment stimulant et d’admettre de devoir apprendre en marchant, sans se mettre trop de limites.

- Au-delà des enjeux technologiques, qu’est-ce que cela a-t-il changé dans votre perception de la question des migrants ?

A travers l’exemple de cette famille, j’ai pris la mesure du fait que les premières personnes touchées, ce sont les enfants. Parmi ceux de cette famille, l’un a conservé de l’épreuve de la traversée un handicap physique. Or, les enfants, c’est notre avenir ! Si on ne prend pas soin d’eux, on risque d’en faire une charge et d’hypothéquer nos propres chances de survie.

- Il se trouve que, mercredi 17 janvier dernier, lors de la soirée de présentation de l’appel à projets Coup de pouce de La Diagonale Paris-Saclay, j’interviewais Aude Plassard, coordinatrice recherche au sein d’un studio de production de films immersifs [pour accéder à cet entretien, cliquer ici]. Elle était en quête de chercheurs à même de l’aider à mieux connaître les effets de la réalité virtuelle tant au plan cognitif que comportemental. Est-ce que c’est une question que vous vous-êtes vous-mêmes posée ?

Oui, nous nous la sommes posée, une fois réalisées nos vidéos. Leur durée étant relativement longue (de 6 à 7 mn), nous les avons testées pour nous assurer qu’elles pouvaient être vues de bout en bout. Mais nous, nous sommes familiers avec ce type de média. Nous étions donc plutôt excités par le résultat. Mais qu’en serait-il des personnes moins familières ou d’un tout autre âge (un enfant ou une personne âgée) ? Dans le doute, nous avons intégré une « porte de sortie », de façon à permettre au spectateur de suspendre la vidéo à tout moment, en cas de maux de tête ou de tout autre malaise. Au vu des réactions du public qui, à l’occasion du vernissage de ce soir, a bien voulu tester notre dispositif, les effets semblent être limités. Mais nul doute que nous gagnerions à développer la recherche sur les effets de la réalité virtuelle.

A lire aussi l’entretien que Sarah Fdili Aloui nous avait accordé en amont de l’événement – pour y accéder, cliquer ici.

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