Quand X = Egalité & Réussite

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Le 23 mars dernier avait lieu la cérémonie de remise des bourses de la Fondation de l’École polytechnique. L’occasion de prendre la mesure des actions en faveur de la Diversité et de la Réussite, menées par cette dernière en lien avec d’autres fondations.

« Merci », « gratitude », « reconnaissance »… autant de mots qui sont revenus tels des leitmotivs dans la bouche des personnalités et élèves qui se sont succédé ce mercredi 23 mars sur la scène du grand amphithéâtre Poincaré de l’École polytechnique. Normal, nous étions à la cérémonie de remise des bourses de la Fondation de la prestigieuse école. A événement exceptionnel, cérémonie exceptionnelle et néanmoins animée dans un esprit convivial par un épatant duo de polytechniciens, même pas impressionnés à l’idée d’intervenir devant des centaines de condisciples en uniforme et de nombreuses éminentes personnalités dont des donateurs, qui avaient pour certains fait le déplacement depuis l’étranger.

320 000 euros pour 38 boursiers

Une soirée importante donc, qui, après les mots d’introduction du Président de la Fondation de l’École polytechnique, Denis Ranque (X 1970), agrémentés de chiffres clés (à commencer par le nombre de bénéficiaires de bourses – 38 – et le montant correspondant – 320 000 euros), fut l’occasion pour Jacques Biot, Président de l’École polytechnique, de rappeler les diverses actions et initiatives portées par son Pôle Diversité et Réussite (PDR), des Bourses X – Post Bac aux Cordées de la Réussite en passant par les événements de sensibilisation, l’accueil de stagiaires lycéens issus de milieux défavorisés, etc.
Autant d’initiatives qui bénéficient aussi bien à des élèves français que de nationalités étrangères, et qui illustrent aussi au passage la double insertion de l’École polytechnique : dans le système d’enseignement supérieur international, d’une part, sur le territoire Paris-Saclay, d’autre part, à travers des partenariats noués avec des établissements scolaires. Entre autres exemples, l’école est responsable d’une Cordée de la Réussite essonienne, « Une Grande Ecole Pourquoi pas Moi » (GEPPM) ; une autre est en projet en lien avec plusieurs établissements d’enseignement supérieur du Campus Paris-Saclay. L’école a en outre ouvert un chantier école en partenariat avec Atout PLIE Nord-Ouest 91. Sans compter les relations étroites avec les familles des bénéficiaires, auxquelles Jacques Biot a réservé les derniers mots de son allocation en insistant sur la nécessaire solidarité entre elles et l’X, a fortiori face aux épreuves.

Composer avec les aléas et les échecs

Preuve que ces bourses peuvent aider à faire des études et, au-delà, à réussir dans la vie professionnelle : les différents témoignages de boursiers qui allaient égrener la soirée, à commencer par celui du Gand témoin de cette année, Pascal Viguié (X 1993, fondateur, en 2000, de 321Auto – un site spécialisé dans l’après-vente automobile – et actuel actionnaire de PriceMinister).
Pour impressionnant qu’il soit, son parcours n’a manifestement pas altéré une modestie foncière et sa gratitude envers ceux qui l’ont aidé au cours de son parcours. « Toujours se rappeler d’où on vient » a-t-il d’ailleurs posé en préambule de son témoignage. Petit fils d’agriculteurs, aussi bien du côté de sa mère que de son père, qui vivaient dans un village de 200 habitants, rien ne le prédestinait à faire des études supérieures dans une grande école. « A quinze ans, je n’avais jamais entendu parler de Polytechnique ». Les aléas de la vie auraient pu faire qu’il n’en entendît jamais parlé sinon de très loin. « Si mon père avait été l’aîné de sa fratrie, il aurait hérité de l’exploitation familiale et moi, je serais devenu à mon tour paysan. » Ce qui ne lui aurait pas forcément déplu a-t-il tenu à préciser.

« Ne pas oublier ceux qui vous ont aidés »

Mais si l’existence est faite d’aléas qui peuvent donner une tout autre trajectoire à une existence, elle est faite aussi de rencontres avec des personnes providentielles, qui permettent de déjouer bien des déterminismes. Et notre entrepreneur d’énoncer comme une 2e règle : « ne pas oublier que si l’on réussit dans la vie, c’est aussi grâce à ceux qui vous ont aidé au bon moment. » En l’occurrence, les donateurs qui lui ont permis de bénéficier d’une bourse.
Pour autant, les années passées au sein de Polytechnique n’en firent pas un féru d’informatique, matière pourtant essentielle comme la suite de sa carrière allait le montrer. Avec une honnêteté réjouissante, Pascal Viguié a reconnu avoir tout simplement séché les cours d’initiation. Sa réussite, il explique donc par la « crédibilité » (c’est son mot) que procure d’emblée une telle école à quiconque entreprend. « Quand j’ai commencé à me lancer dans la création de start-up, je ne connaissais rien à l’entreprise, ni même à l’internet » (nous sommes à la fin des années 1990). « Le fait d’avoir fait X ne m’a donc pas particulièrement servi de ce côté-là. En revanche, le fait d’en être issu m’a rendu crédible aux yeux de mes interlocuteurs. De fait, j’avais acquis une méthode de travail, une capacité aussi à m’investir à fond une fois que je me lançais dans un projet. »

« Cultiver ses rêves »

Le même insiste sur la nécessaire ténacité à cultiver ses « rêves ». Le mot sans doute le plus souvent revenu dans sa bouche. « Il faut avoir des rêves et essayer de les réaliser, ne serait-ce que pour ne pas avoir de regrets ». Et à l’attention des lauréats de la Bourse X-Post Bac : « Echouer, ce n’est pas grave. On apprend aussi de ses échecs. A contrario, la réussite n’est pas un gage de succès permanent. » Des paroles maintes fois entendues dans la bouche d’entrepreneurs, mais qui avaient ici la saveur du naturel.
Ce n’est pas tout : cette ténacité à poursuivre ses rêves est d’autant plus indispensable qu’on crée ses start-up à l’étranger, comme ce sera son cas (il vit entre la France et la Slovaquie, le pays d’origine de son épouse). Car alors, force est de constater que le diplôme de Polytechnique n’est pas un sésame. Avec toujours cette honnêteté confondante qui le caractérise, Pascal Viguié devait insister sur ce constat : la prestigieuse école n’est pas aussi connue qu’on le pense à l’étranger, du moins dans le milieu de l’innovation et durant les années où il s’est lancé dans la création de sa première start-up. Dans son cas, c’est son autre diplôme d’une université américaine (Columbia, de mémoire), qui signifiait davantage aux yeux de ses interlocuteurs alors même que la formation y est de moindre qualité qu’à l’École Polytechnique.

Des témoignages de France et de l’étranger

A la suite de Pascal Viguié, plusieurs élèves de Polytechnique ou en classes préparatoires devaient à leur tour témoigner de l’importance de la bourse qui leur a été accordée :
- trois lauréats de la Fondation Carnot, dont deux actuellement à l’étranger (et qui ont pu témoigner par vidéo), la 3e (une lauréate) étant invitée à le faire lors d’une table-ronde rondement menée. Précisons que ladite Fondation était représentée par Gaëtan Carnot et son fils, soit les 6e et 7e générations de la famille issue de l’illustre Lazare Carnot, cofondateur de l’École polytechnique !
- les quelque 31 lauréats des Bourses X-Post Bac de la Fondation de l’Ecole polytechnique, qui se sont vu remettre l’attestation des mains de Valérie Pécresse, la nouvelle présidente de la Région Ile-de-France. Laquelle s’est prêtée avec application au jeu en se fendant d’un mot pour chacun d’eux. Il n’aura pas échappé que la majorité des lauréats étaient de jeunes garçons. Une illustration de cette toujours plus forte propension de ces derniers à intégrer des classes préparatoires scientifiques (une réalité contre laquelle lutte le Pôle Diversité et Réussite à travers son programme X-ENS au féminin).

De l’égalité filles/garçons

Valérie Pécresse devait ré-intervenir en clôture de la soirée pour rappeler l’engagement de la Région en faveur de la Diversité et de l’Egalité des chances, à travers les bourses destinées aux bacheliers ayant reçu une mention Très Bien (et qu’elle souhaite rétablir), les « Cordées de la Réussite » ou encore les Internats d’Excellence. A ceux qui s’inquiéteraient de l’ouverture des classes préparatoires à des personnes issues de milieux défavorisés, Valérie Pécresse a tenu à rappeler le gage d’enrichissement que cela représente au contraire. En écho au témoignage de Pascal Viguié, elle a aussi insisté sur les vertus de l’échec (non sans faire une allusion à ceux qu’elle a pu connaître elle-même… au plan électoral !). « Les échecs, c’est sur toute une vie qu’ils se jugent, certainement pas à l’âge de ses 18 ans ».
Ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, à l’initiative de l’Opération Campus, elle en a naturellement profité pour renouveler son intérêt pour le projet engagé sur le Plateau de Saclay, en espérant que les lauréats des Bourses X-Post Bac en intègrent une des grandes écoles (ce qui, précisons le passage, n’est pas une obligation).
Auparavant, des bourses internationales d’excellence devaient être décernées officiellement : les deux de l’École polytechnique Charitable Trust, des mains de Jacques Garaïalde (X 1976), qui s’est engagé à faire un plus grand effort pour les années à venir, et les deux du donateur vietnamien Chuc Hoang. Ces dernières fut remises des mains, cette fois, de Nicole Guedj (ancienne ministre) à deux brillants Vietnamiens que Polytechnique ne peut que s’enorgueillir d’avoir accueillis : ils ont à eux deux raflé plusieurs prix de concours internationaux en mathématiques et en physique… 2 + 2 + les 34 bourses évoquées plus haut, cela fait bien un total de 38.

Que l’Egalité des chances dans les grandes écoles en général et à l’X en particulier ne soit pas un vain mot, que ceux qui en ont bénéficié ne demandent qu’à rendre au centuple, une seconde table-ronde permit s’il en était encore besoin de l’illustrer à travers, notamment, le témoignage de Kenza Sbai (X 2014), une ressortissante marocaine, qui en est venue à son tour à parrainer des élèves du dispositif X-Post Bac, après une expérience de stage au sein d’un Internat d’Excellence. Rappelons pour terminer que nombre d’élèves de l’X s’engagent par ailleurs à travers des dons personnels et/ou en appui du Pôle Diversité et Réussite.

A lire aussi : le témoignage d’un lauréat de la Bourse X – Post Bac, Cédric Roy (pour y accéder, cliquer ici).

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