Quand notation rime avec innovation. Entretien avec Antoine Baschiera

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Suite de nos échos à l’édition 2017 de Techinnov, à travers le témoignage d’Antoine Baschiera, CEO de Early Metrics, première agence de notation de start-up et de PME innovantes. Il témoigne de l’intérêt de cette manifestation, mais aussi de l’écosystème Paris-Saclay pour une entreprise comme la sienne.

- Si vous deviez pitcher Early Metrics…

Early Metrics est la première agence de notation de start-up et de PME innovantes, que j’ai co-créée en 2014, avec mon associé Sébastien Paillet, sur la base du constat suivant : l’écosystème de l’innovation devenait de plus en plus dense, en France comme à l’étranger, au point qu’il était plus difficile à appréhender pour des décideurs – fonds d’investissements ou grands groupes. De surcroît, on ne note pas une start-up ou une entreprise innovante de la même manière qu’une entreprise classique.

- En quoi vous singularisez-vous par rapport aux méthodes classiques de la notation ?

Early Metrics se singularise au moins sur deux plans. Le premier concerne le modèle économique : les agences traditionnelles notent des entreprises qui ne sont autres que leurs clients, avec tout ce que cela peut impliquer en termes de conflit d’intérêts. Early Metrics a donc renversé ce modèle économique : nous notons gratuitement les start-up ou PME innovantes. Nos véritables clients sont les fonds d’investissements ou les grands groupes qui souhaitent investir ou passer commande dans l’une d’elles. Nous n’exigeons pas non plus d’intéressement à l’opération pour éviter toute surqualification. J’ajoute encore que, pour l’heure, nous refusons des investisseurs extérieurs, toujours dans ce souci d’éviter les conflits d’intérêts. Autant d’exigences qui nous permettent de nous positionner en vrai tiers de confiance

- Cette gratuité n’est-elle pas imposée par le fait qu’il s’agit de start-up qui, par définition, n’ont pas forcément les moyens de financer ce genre de notation ?

En réalité, tout dépend des start-up. Celles qui ont levé des fonds pourraient très bien recourir à nos services. C’est donc bien le besoin d’indépendance qui a déterminé notre choix. Dès lors qu’on note une société, il nous paraît normal de ne pas avoir d’engagements financiers avec elle.

- Sur quel autre plan vous singularisez-vous ?

Par rapport au modèle de notation lui-même. Par nature, une start-up ne se finance pas par de la dette. Nous avons donc privilégié le potentiel de croissance en nous appuyant sur 50 critères extra-financiers, organisés autour de trois piliers : les fondateurs et le management ; le projet et la technologie ; enfin, l’écosystème et le marché qu’elle investit. Le premier pilier est particulièrement important, car plus une société est jeune, plus elle devra pouvoir compter sur l’énergie et la compétence de ses fondateurs. Il importe donc que ces derniers partagent la même vision.

- Où en êtes-vous dans votre propre développement ? Avez-vous rencontré votre marché ?

Aujourd’hui, moins de trois ans après sa création, Early Metrics compte une trentaine de collaborateurs répartis dans trois bureaux : à Paris, Londres et Tel Aviv. Nous avons déjà noté un millier de sociétés pour le compte de 140 clients parmi lesquels de grandes banques (la Société Générale, BNP Paribas) de grands industriels (Safran, Airbus…), etc.

- En quoi Techinnov est un événement intéressant pour vous ? Est-ce d’ailleurs la première fois que vous y assistez ?

Nous y avons déjà participé l’an passé. Techinnov, c’est le gage d’une audience très qualifiée, B to B. On vient ici de France et de l’étranger pour y faire des affaires et identifier des partenaires. L’écosystème de l’innovation y est représenté dans sa diversité : on y rencontre aussi bien de grands groupes et des start-up, que des acteurs publics et territoriaux, spécialisés dans l’accompagnement et le financement de porteurs de projet. Ce sont autant de clients potentiels pour nous.

- Vous évoquez les acteurs territoriaux : de fait, plusieurs collectivités territoriales sont présentes. Sont-ce aussi des cibles intéressantes pour une agence comme la vôtre ?

Oui, bien sûr. Nous travaillons déjà avec plusieurs d’entre elles, à travers les Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) – dont celle de l’Essonne, organisatrice de l’événement – ou les SATT (Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies), qui utilisent nos notations dans leur processus de décision. Nous venons aussi pour partager notre expertise : je donne d’ailleurs tout à l’heure une conférence sur la relation start-up/grand groupe.

- Le fait que l’événement soit organisé dans un aéroport, cela fait-il sens pour vous ?

Oui, d’autant plus que, hasard de la vie, Paris Aéroport [ex-Aéroports de Paris] est un de nos principaux clients ! Les aéroports sont de petites villes propices à l’innovation, que ce soit en matière énergétique ou de service, avec de surcroît de nombreux espaces valorisables. Cela fait donc sens d’y organiser un événement dédié à l’innovation.

- Accessoirement, c’est depuis cet aéroport-ci que vous devez prendre votre avion pour Tel Aviv…

(Rire). C’est exact. C’est dire si Orly m’est familier.

- Et Paris-Saclay, cela-fait-il sens pour vous ?

Je suis avec intérêt l’actualité de ce projet, qui a vocation à rapprocher le monde de la recherche académique de celui des entreprises. C’est dire l’enjeu qu’il représente, aujourd’hui plus que jamais, alors que l’innovation s’impose comme un levier de croissance. Bien plus qu’un campus académique, Paris-Saclay contribue à renforcer les interactions entre chercheurs, entrepreneurs et grands groupes, comme ce qui se fait déjà depuis longtemps sur les campus conçus à l’américaine. Et c’est en cela que le projet de Paris-Saclay est intéressant.

- Avez-vous des attaches personnelles avec cet écosystème ?

Oui, dans la mesure où je suis ingénieur d’AgroParisTech, un des membres fondateurs de l’université Paris-Saclay. J’y ai été étudiant au moment où le projet a été officiellement lancé !

A lire aussi les entretiens avec : Frank Zschiegner, responsable économie territoriale de Versailles Grand Parc (cliquer ici) ; Bruno Duval, président de Finance & Technologie (cliquer ici) et Philippe Moreau, directeur d’IncubAlliance (cliquer ici).

3 commentaires à cet article
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