PROTO204, 1re bougie

proto- paysage
Le 19 mai dernier, le PROTO204 soufflait donc sa première bougie. Un événement qui fut l’occasion de consacrer neuf « super connecteurs » et… un « hyper connecteur » en la personne de Ronan James, responsable du lieu.

Anniversaire pluvieux, anniversaire heureux ? A l’évidence oui. Une averse a eu beau s’être invitée à celui du PROTO204, ce mardi 19 mai, le public, venu nombreux, était manifestement heureux à l’idée d’assister à l’événement, sans même d’ailleurs sembler se rendre compte qu’il pleuvait.

Des chiffres significatifs

Sa présence valait bien à elle seule tous les discours sur le succès du PROTO204 et quel succès ! Deux chiffres suffisaient aussi à le mesurer. Le premier : 4 296, soit le nombre de visiteurs uniques – dont plus de la moitié venus entre deux et dix fois (nous en faisons partie !) – et aux profils très divers – des étudiants, des entrepreneurs, des startuppers, des designers sans compter tous les curieux, en quête de lieux innovants. Second chiffre : 171, soit le nombre d’événements organisés en un an, soit près d’un tous les deux jours ! Des chiffres impressionnants quand on sait les moyens dont dispose le lieu. C’est bien simple, en termes d’effectifs, le PROTO204, c’est Ronan James, son responsable et puis Hugo Noulin, qu’on remercie au passage (c’est lui qui, entre autres activités, a réalisé les photos illustrant cet article). Mais à l’heure de l’économie frugale et collaborative, le PROTO204 sait justement s’appuyer sur ses visiteurs, pour susciter des événements, selon un processus défiant les lois du management mais qui se révèle efficace. Au départ, comme aime à le raconter Ronan James, il suffit d’une rencontre fortuite, lors d’une manifestation, au PROTO204 ou ailleurs (y compris dans le RER B – celui qui dessert le Campus d’Orsay où se trouve le PROTO204), pour qu’une idée émerge et provoque de nouvelles connexions jusqu’à ce que l’événement soit, enfin, programmé, suscitant à son tour d’autres rencontres fortuites et d’autres projets. C’est selon la même logique que, depuis sa création, le PROTO204 s’est d’ailleurs enrichi d’un mini Fab Lab, dédié au recyclage d’ordinateurs.

Un lieu de connexion

Pour l’occasion, Ronan avait tout de même préparé un powerpoint présentant les résultats d’une enquête effectuée auprès de ses visiteurs. Manque de chance, la technique a fait faux bond. Mais, bien sûr, il en fallait plus pour gâcher la soirée. Ronan avait de toute façon les principaux enseignements en tête. Des enseignements plus qu’instructifs et pour tout dire encourageants. Tous les visiteurs soulignent la vertu du lieu : permettre à des gens d’horizons différents de se rencontrer et à des communautés encore trop cloisonnées, celles des étudiants, des entrepreneurs, des chercheurs, etc., de se croiser. Le PROTO 204, c’est à les en croire, un lieu où on peut rencontrer « des gens qui font rêver », « qui nous inspirent ». Comment ne pas leur donner raison ? Les mêmes soulignent combien il serait nécessaire d’ouvrir d’autres lieux intermédiaires comme celui-ci. Cela tombe bien : l’EPPS a lancé un appel à projets innovant pour requalifier ce qui reste du «. F », situé dans le quartier de Moulon (pour en savoir plus, nous renvoyons au compte rendu de la présentation qui en a été faite… au PROTO204 ; pour y accéder, cliquer ici). Rappelons par la même occasion la démarche entreprise à l’initiative de la Direction du développement économique de l’EPPS, pour encourager la mutualisation entre les « lieux innovants » de Paris-Saclay (pour en savoir plus, cliquer ici). La même enquête fut aussi l’occasion de recueillir les vœux. Parmi eux et aussi étrange que cela puisse être : ouvrir davantage le lieu aux séniors et aux retraités. Bonne idée s’autorisera-t-on à dire en rappelant toutefois qu’ils sont déjà nombreux à prendre le chemin du PROTO204, contribuant ainsi à une mixité intergénérationnelle.

Trois discours

Si donc l’ambiance et ces données quantitatives et qualitatives dispensaient de tout discours, il y en eut tout de même, mais des brefs et concis, de ceux qu’on aime quand on est impatient de passer au networking. Le premier discours fut celui Sylvie Retailleau, doyenne de l’UFR des sciences de l’Université Paris-Sud, partenaire de la première heure du PROTO 204 dont elle a bien connu le bâtiment du temps de sa vocation initiale, comme elle s’est plu à le rappeler. Il servait alors d’atelier de réparation au Laboratoire de l’accélérateur linéaire (Lal) situé à deux pas. « Je l’ai connu avec plein de machines dedans. » Nulle nostalgie, pour autant dans sa voix. Au contraire, elle s’est dite impressionnée par la rapidité avec laquelle ce lieu est devenu ce qu’il est – un commentaire qui reviendra tel un leitmotif au cours de la soirée – et a tenu à en souligner l’importance dans la perspective de Paris-Saclay. « Il permet à des gens qui ne se côtoyaient pas ou si peu – entrepreneurs, étudiants – de le faire enfin, et dans les meilleures conditions.» La même est allée jusqu’à considérer que « c’est un lieu vivant qui apporte beaucoup au niveau de la région », sans qu’on sache cependant si c’est de l’Ile-de-France qu’elle parlait. Enfin, elle en a profité pour pour rappeler l’aménagement des locaux attenants, qui accueilleront la Maison d’Initiation et de Sensibilisation aux Sciences (MISS) destinée aux 8-14 ans (pour en savoir plus, cliquer ici). On sourit avec elle à la perspective de voir ainsi des gamins courant au milieu de startuppers et autres habitués du PROTO2004.
Deuxième discours, celui d’Isabelle de Pontilly, Directrice générale de Vitra France, autre partenaire « historique » du PROTO204 auquel elle a fourni son mobilier design, qui concourt tant à l’ambiance si particulière du lieu : les chaises de différentes coloris et la désormais fameuse table tout en longueur, dont elle devait rappeler le destin, et quel destin ! Conçue par deux designers bretons, Ronan et Ronan et Erwan Bouroullec (qui disent avoir gardé le souvenir des tablées paysannes), elle a été exposée au Centre Pompidou de Metz, puis au Musée d’Art Contemporain de Chicago, enfin, au Musée des Arts Décoratifs de Paris avant de connaître son actuelle demeure. Nul doute que d’ici quelques années, ces vénérables institutions s’enorgueilliront d’avoir été l’antichambre, même provisoire du PROTO204.
Last but not least, Guillaume Pasquier, Directeur général délégué de l’EPPS, à l’initiative du projet, n’a pas manqué de répondre à la question que d’aucuns se posent encore, à savoir : pourquoi donc cette implication d’un aménageur qu’on n’attend pas forcément dans la création d’un tel lieu. L’occasion pour lui de rappeler que, justement, l’EPPS fait de l’aménagement au service des gens – habitants, mais aussi étudiants, entrepreneurs, chercheurs, enseignants… – et que la meilleure façon de le faire est non seulement de les rencontrer dans un cadre moins formel que des réunions publiques, mais encore de faire en sorte qu’ils se rencontrent eux-mêmes dans la double logique de l’innovation ouverte et de l’économie collaborative – rappelons que l’aménagement de Paris-Saclay a pour finalité d’en faire un cluster d’innovation technologique (sans exclure un intérêt pour l’innovation sociale). Le même a reconnu ne pas s’être attendu à ce que le concept PROTO204 prenne si vite. « Nous avions conçu le lieu à titre expérimental, sans être certain de le pérenniser au-delà d’une première année d’existence. » S’il en était encore besoin, il a rassuré l’assistance : l’aventure continue ! Elle pourrait même s’enrichir d’un autre lieu intermédiaire : le « . F », déjà évoqué. Précisons que c’est un bâtiment vingt fois plus grand, situé au cœur du quartier de Moulon, entre les futurs bâtiments de l’ENS Cachan et de Centrale. C’est dire les perspectives qu’il offre et sa position stratégique.

11 Super connecteurs

Trois discours, donc, qui furent aussi l’occasion de présenter les « super connecteurs » du PROTO204 : ces habitués du lieu qui y ont non seulement organisé des événements, mais encore suscité d’autres et qui, bien entendu, ne demandent qu’à s’investir toujours plus. A eux onze (et non neuf comme annoncé au cours de la soirée !), ils illustrent bien cette vocation du PROTO204 à connecter des communautés différentes, dans le souci de croiser les disciplines, les professions, dans une logique de mutualisation, d’open innovation, d’économie collaborative,… Par ordre d’apparition sur « scène », il s’agit de :

- Patrick Cheenne, Directeur du développement économique, qui a été le tout premier à formuler cette idée « saugrenue » d’investir un ancien atelier pour en faire un lieu de connexion des communautés de Paris-Saclay (pour en savoir plus, voir l’entretien qu’il nous a accordé, en cliquant ici).

- Olivier Kahn, le nouveau responsable du service Arts et Culture de l’Université Paris-Sud, qui a déjà une grande expérience de l’associatif et de l’organisation de festivals au sein de services culturels universitaires et des collectivités locales. C’est dire s’il mérite bien son statut de super connecteur.

- Mathilde Bryant, étudiante en licence de géologie, très impliquée dans l’animation du Campus d’Orsay – elle participe à l’Agoraé, un « espace d’échange et de solidarité » situé au premier étage du bâtiment 308 et qui comprend notamment une épicerie solidaire et un lieu de vie. Elle prononcera sans nul doute la phrase de la soirée : « Le PROTO204 fait partie de ces endroits dont on sort différent de ce qu’on était au moment d’y entrer » (et naturellement en mieux).

- Etienne Krieger, excusé ce soir-là, et bien sûr pardonné pour son absence, tant il a prouvé son intérêt pour le PROTO204 malgré un emploi du temps chargé. Professeur Affilié au Groupe HEC, il a en plus de la création de plusieurs entreprises technologiques, fondé l’Institut HEC Start-Up, tout en animant des programmes de formation et d’accompagnement de créateurs d’entreprises et de dirigeants de PME. Récemment, nous l’interviewons au sujet du MOOC qu’il a mis en place conjointement avec l’École polytechnique (pour accéder à l’entretien, cliquer ici).

- Nicolas Loubet, qui a participé à la « préhistoire » du PROTO204, à travers ses workshops de préfiguration. Plus récemment, il est intervenu dans le cadre du Cycle Masters & Mentors (pour accéder au compte rendu de son intervention, cliquer ici). « Autant le reconnaître, nous ne nous attendions pas à ce que cela prenne aussi rapidement ». Le même saisit l’occasion d’inviter le public à « ne pas sous-estimer l’originalité du PROTO204 dans le paysage de l’innovation internationale. » Ni plus ni moins.

- Nicolas Reynier, conseil de dirigeants de start-up technologiques au sein d’IncubAlliance, il a tenu à dire sa reconnaissance pour toutes ses personnes exceptionnelles que le PROTO204 lui aura permis de rencontrer. Judicieusement, il concluait en donnant rendez-vous l’année prochaine, à l’occasion du 2e anniversaire du lieu. C’est effectivement tout le mal qu’on puisse souhaiter à ce dernier.

- Stéphanie Will, entrepreneuse à Gif-sur-Yvette où elle vit depuis huit ans. « C’est la première fois que j’ai le trac en parlant devant un public. » L’identification des super connecteurs, c’est elle. C’est dire son implication depuis la première fois où elle s’y est rendue. « Un peu par hasard, le jour de l’ouverture. Je suis tombé sur Ronan, que je ne connaissais pas. J’ai demandé de quoi il retournait. Depuis, je suis allée au PROTO204 aussi souvent que possible. »

- Emeline Pasquier, conseil en communication, spécialiste de RSE. « J’ai été d’emblée séduite par le projet quand Patrick Cheenne m’en a parlé ; un lieu qui décloisonne enfin les métiers, les secteurs, les disciplines, j’en avais toujours rêvé. » La même reconnait s’être moins impliquée que les autres super connecteurs. Mais à entendre son enthousiasme, on la sent prête à combler son apparent retard.

- Emmanuel Thouan, entrepreneur et designer, il a fondé plusieurs structures destinées à promouvoir le design sous toutes ses formes, mais aussi inventer de nouveaux modèles économiques à l’heure du numérique : [ If ] Design, Without Model et Dici Design. C’est un autre habitué dont nous avons d’ailleurs rendu compte de diverses interventions, notamment dans le cadre de la Journée Design Saclay (cliquer ici) ou du cycle Masters & Mentors où il intervenait sur le thème du Design Thinking (cliquer ici).

- Stéphanie Couvreur, chef de projet La Diagonale Paris-Saclay, c’est une membre active du PROTO204 et ce, depuis le 1er workshop (et même avant !). Elle est, selon les mots mêmes de Ronan  « le moteur qui fait vivre la très grande majorité des événements Art&Science dans le lieu ». Et le même d’ajouter : « Si les gens participant au sondage ont indiqué leur intérêt pour avoir rencontré des artistes au PROTO204, c’est indubitablement grâce à elle ! ». Pour information, elle y revient d’ailleurs le 18 juin prochain avec toute la communauté Science & Société de La Diagonale (pour en savoir plus sur son parcours, nous renvoyons au portrait que nous lui avons consacré ; pour y accéder, cliquer ici).

- Enfin, Louis-David Benyayer, co-fondateur de Without Model et passionné des modèles du libre, il a participé à la première édition de Futur en Seine au PROTO204 en animant un atelier « Business Model Crash Test » qui n’a pas manqué de frapper les esprits… Fidèle parisien du lieu, il a co-organisé la journée Design Paris-Saclay au PROTO204 ainsi qu’un atelier pour la consultation du Conseil National du Numérique.

A voir la manière dont ces super connecteurs étaient émus et dont ils ont été chaleureusement félicités, nul doute que le statut est appelé à devenir un titre envié. Nul doute non plus qu’il y a bel et bien un effet PROTO204. De celui qui fait oublier le mauvais temps, desserrer les nœuds de cravate ou passer au tutoiement plus vite qu’on ne le pense. Il n’est pas jusqu’à Guillaume Pasquier dont on a pu prendre la mesure de l’esprit potache. Avec la complicité de Sylvie Retailleau et d’Isabelle de Pontilly, il avait confectionné un bagde spécial de « méta connecteur » pour le maître des lieux.
D’après l’enquête évoquée plus haut, la fréquentation du PROTO204 se concentre entre 17 h et 21 h. Nul doute encore que la célébration de son anniversaire devait faire mentir les chiffres en prolongeant ce créneau bien au-delà. Le public était manifestement désireux d’échanger, sur fond de musique, celle proposée par les DJ d’Opération Maxi Puissance (OMP), une association créée en juin 2009, à Palaiseau, « par une bande de jeunes cools regroupés par leur passion musicale et esthétique du rock n roll, et par leur volonté de commune de dynamiser un tant soit peu la vie culturelle locale et moins locale ». On lui devait aussi la scénographie innovante conçue à base de palettes, en association avec Makewith (un collectif d’architectes), et dont le public a pu finalement profiter à l’intérieur comme à l’extérieur, une fois passée l’averse.

1 commentaire à cet article
  1. Ping : Connecteur devant l’Eternel

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