Pour un entrepreneuriat deeptech au féminin ! Entretien avec Corinne Borel

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Suite de nos échos à la première édition de Spring Paris-Saclay à travers le témoignage de la présidente d’IncubAlliance, à l’initiative d’une table-ronde sur l’ « entrepreneuriat deeptech au féminin ».

- Vous avez été à l’initiative d’une table ronde sur l’ « entrepreneuriat deeptech au féminin ». Quel constat vous y a amenée ?

Nous souhaitions saisir l’opportunité de Spring Paris-Saclay pour parler de la place des femmes dans l’entrepreneuriat innovant et notamment dans le domaine des deeptech. Cela nous paraissait un sujet important, surtout dans l’écosystème Paris-Saclay, qui a vocation à être un cluster d’innovation technologique d’excellence mondiale et donc exemplaire à tous points de vue, y compris celui de la place des femmes. Plutôt que de longs discours, nous avons préféré donner la parole à plusieurs d’entre elles : Claire Godron, Directrice d’Investissement chez Partech Ventures ; Claude Terosier, ancienne ingénieur de Télécom ParisTech, qui a créé Magic Makers, en vue de promouvoir la programmation créative chez les enfants de 6-15 ans ; Julie Dautel, co-fondatrice de la start-up Zéphyr Solar. Soit un panel assez large pour couvrir l’ensemble du parcours entrepreneurial.
Nous avons également tenu à associer l’université Paris-Saclay, à travers sa Déléguée générale, Pascale Ribon (ancienne directrice de l’ESTACA) pour qu’elle témoigne de ce que cette université fait concrètement pour faciliter l’entrepreneuriat au féminin, convaincre de jeunes filles qu’elles, aussi, peuvent entreprendre.

- Que retenez-vous de cette table ronde quant à la situation ? Constate-t-on des progrès ?

Cette table ronde a confirmé qu’il s’agissait encore d’un vrai sujet. Le nombre d’entrepreneuses en Tech est encore trop faible : 8% au niveau national. Comme Pascale Ribon l’a rappelé, il y a encore beaucoup à faire et ce, le plus en amont possible. Tant que les filles hésiteront à s’engager dans des filières scientifiques, elles peineront à percer dans l’entrepreneuriat innovant et technologique.
Pourtant, Claire Godron l’a rappelé, force est de constater que les start-up les plus performantes sont celles qui assurent une bonne mixité au sein de leur équipe, autrement dit qui font une place aux femmes et pas seulement pour leur confier les tâches administratives, mais en les intégrant pleinement dans le processus d’innovation. S’il y a donc un mot à retenir, c’est bien celui de la mixité. C’est la clé du succès d’un entrepreneuriat innovant.

- Personnellement, j’ai été frappé par le capacité des quatre intervenantes, qui ne se connaissaient pas a priori, à interagir plutôt qu’à enchaîner des témoignages, bref, à s’écouter mutuellement. Cette faculté d’écoute serait-elle une aptitude plus répandue chez les femmes entrepreneures ? Si oui, n’est-elle pas à valoriser dès lors que l’innovation se doit d’être aussi ouverte et collaborative que possible ?

C’est quelque chose qui m’a aussi frappée. Sans verser dans des clichés liés au genre, il me semble que pour des raisons qui restent à expliciter, elles sont effectivement plus enclines à écouter, à partager, à douter aussi, des qualités indispensables à l’innovation. Est-ce lié aux rapports de « subordination » où elles sont encore trop souvent cantonnées au sein d’organisations ? Au fait qu’elles n’ont pas si souvent l’occasion d’échanger sur ce sujet ? Toujours est-il qu’au cours de cette table ronde, aucune n’a cherché à « prendre le pouvoir », à imposer son point de vue, les débats n’en ont été que plus riches pour l’auditoire.

- Et IncubAlliance, que fait-il pour promouvoir l’entrepreneuriat au féminin sinon lever les obstacles qui se dressent dans le parcours des femmes entrepreneures ?

Depuis sa création, IncubAlliance est, hélas, dans la moyenne nationale : nous comptons 8% de femmes parmi les entrepreneurs technologiques qu’il a accompagnés. C’est beaucoup trop peu. Je tiens toutefois à signaler qu’en 2017, sur les 39 nouveaux projets entrés en incubation, 11 sont portés par des femmes ! Nous avons pris, depuis quelques mois, le sujet à bras le corps en commençant par signer une charte avec Willa, le nouvel « accélérateur de mixité », anciennement Paris-Pionnière, pour parvenir à une proportion de 20%.
Concrètement, nous allons travailler ensemble, ainsi qu’avec tous nos partenaires du Plateau de Saclay, pour mieux identifier des porteuses de projet et les accompagner en s’appuyant notamment sur les réseaux de femmes entrepreneures : ayant  su surmonter les obstacles qui ont pu se dresser sur leur parcours, elles sont des mentors possibles, voire des modèles pour les nouvelles startuppeuses.

- Pouvons-nous prendre date à l’occasion de la prochaine édition de Spring Paris-Saclay ou est-ce dans la durée qu’il faut s’inscrire avant de recueillir des progrès notables ?

C’est bien sûr un travail de longue haleine que nous engageons, qu’il faut engager aussi en amont, avec les etudiant(e)s, mais nous allons accroître encore nos efforts pour obtenir des résultats aussi rapidement que possible. Je vous dis donc à l’année prochaine !

Crédit photo : ©Arnaud CAILLOU L’Oeil-Témoin

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