Point de vue d’étudiant sur Paris-Saclay. Rencontre avec Adrien Coffre

Adrien Coffre, militant de la cause étudiante orcéenne
Adrien Coffre, un militant de la cause étudiante orcéenne
Il a été vice-président étudiant à l’université Paris-Sud et a présidé l’association Saclay Côté Etudiants. Tout en se consacrant à ses études, il continue à s’engager pour faire entendre le point de vue des étudiants et les mobiliser autour des enjeux du Plateau. Portrait en deux épisodes.

Episode 1 : des études à l’engagement

Son bac, Adrien Coffre l’a obtenu en 2005. Sept ans plus tard, le voilà inscrit en… première année de master à l’Université Paris-Sud-XI. Pourquoi avoir attendu tant d’années ? C’est qu’après deux ans passés sur les bancs de la faculté de médecine de l’université Versailles-Saint-Quentin, il n’a pas compté ses heures pour faire entendre la voie des étudiants, quitte à mettre ses études entre parenthèses. « Je suis jeune, je n’ai pas une vie de famille en construction, j’ai donc du temps.» Ce temps, il le passe aussi à cultiver son intérêt pour la politique locale, en se glissant dans les conseils municipaux pour y suivre les délibérations. « Après tout, la vie des étudiants est un vrai enjeu dont, à mon sens, on parle peu. » Ce n’est pourtant pas les sujets de préoccupation qui manquent.

Les problèmes de transports, il connaît

Les transports, par exemple. Adrien en parle en connaissance de cause. Au moment de s’inscrire à Paris-Sud XI, il logeait à Montigny-le Bretonneux, dans les Yvelines, « à l’autre bout du Plateau ». Il se déplaçait en voiture ou… en moto. « Ce qui n’est pas à recommander : les routes sont lisses, encombrées et il y beaucoup de ronds-points à franchir.»

En 2009, après sa 2e année de licence, il a la chance de pouvoir s’installer à Orsay : « Mes parents étant partis à l’étranger, j’ai pu disposer de leur appartement.» Finis donc les longs trajets depuis Montigny-le-Bretonneux. Pour autant, il ne se considère pas comme une exception, ni un privilégié. « La proportion des étudiants de l’université Paris-Sud XI qui vivent sur le territoire est l’une des plus importantes parmi les universités franciliennes.» Les résidences d’étudiants hébergent il est vrai un total de 1 300 étudiants à Orsay même (soit 10% des étudiants du campus). A quoi il faut ajouter ceux qui vivent chez leurs parents ou chez l’habitant. Selon Adrien, on peut raisonnablement évaluer à environ 2 000 le nombre d’étudiants qui logent ici.

Son engagement au service de la cause des étudiants de son université débute avec l’animation d’une émission de la radio du campus (Radio micro 11). « Malgré l’absence de moyens, des horaires irréguliers, j’ai beaucoup aimé faire cela. Ce fut l’occasion de rencontrer une diversité de personnes. » Parmi elles, un vice-président étudiant de l’université. « Il cherchait un successeur à l’approche des élections étudiantes qui devaient se tenir en mai 2009.»

C’est ainsi qu’Adrien se retrouve tête de liste. Sur les 4 en présence, la sienne obtient plus de la moitié des 55% des voix. Le voilà donc vice-président étudiant au Conseil consultatif de l’université. Pour deux ans, la durée du mandat. Revers de la médaille :  « Je me suis tant investi au début, que cela m’a coûté un redoublement en 3e année de licence ».

L’engagement au sein de Saclay Côté Etudiants

Peu après son élection, son engagement devait prendre un autre tournant. « Un jour, alors que je regardais la chaine Public Sénat, je vois des parlementaires débattre de la loi relative au Grand Paris de juin 2010. Ils étaient en train de parler de ce que je voyais depuis ma fenêtre : le Plateau de Saclay ! Je me suis dit que si, moi, en tant que vice-président étudiant, je ne prenais pas la peine de suivre de près ces débats, aucun autre étudiant de le ferait ! Pourtant, ils sont les premiers concernés. Dans tous les conseils d’administration ou municipaux du territoire, on vote au moins une motion relative au Plateau. Il importe donc que les étudiants s’informent. Ils sont au centre d’une Opération d’Intérêt National (OIN) et l’ignorent pour la plupart.»

OIN et PLU

OIN : c'est une opération d'urbanisme présentant un intérêt majeur au plan national. A ce titre, elle bénéficie d'un régime juridique particulier, l'État conservant la maîtrise de la politique d'urbanisme sur les territoires concernés. PLU : c'est le principal document d'urbanisme de planification à l'échelle d'une commune ou d'un territoire intercommunal. Introduit par la loi relative à la Solidarité et au Renouvellement Urbain (SRU) du 13 décembre 2000, il a remplacé l'ancien plan d'occupation des sols (POS).

Informer les étudiants, telle est donc la première mission que s’assigne Adrien. Dans son esprit, il s’agit aussi de défendre leurs intérêts. « S’ils ne les défendent pas, qui le fera ? Les agriculteurs ont su, eux, se faire entendre. Ils ont obtenu la préservation de surfaces agricoles au point de faire du territoire l’un des plus protégés sur le plan environnemental. C’est l’étudiant inscrit depuis en master environnement qui le dit ! »

Un an plus tôt, une association avait été créée par des étudiants qui avaient fait le même constat à propos du Plan campus : Saclay Côté Etudiants. « Ils ont considéré que les étudiants avaient leur mot à dire, ne serait-ce que sur les projets d’aménagement, la conception des salles et des amphithéâtres, eux qui les vivent au quotidien.» En juin 2011, Adrien décide de rejoindre ladite association. « J’avais fait la connaissance de son fondateur, lors d’un stage à l’EPPS. Il se trouvait être lui aussi à la recherche d’un successeur.»

Dans ce cadre, il s’emploie à rappeler les étudiants au bon souvenir des élus. « Quand les élus font leur Plan local d’urbanisme (PLU), ils prennent rarement en compte nos attentes en matière de logement, de transport ou même de loisirs. Le projet de Paris-Saclay est une opportunité pour mieux nous faire entendre.» Sauf que tous les étudiants ne sont pas aussi attachés à ce territoire, ni le connaissent aussi bien qu’Adrien qui, en plus d’assister à des conseils municipaux, est membre du Conseil économique et social de la CAPS. « Malheureusement, beaucoup ont du mal à lever le nez au-delà du campus.»

Prochain épisode, la semaine prochaine.

5 commentaires à cet article
  1. Ping : Point de vue d’étudiant sur le Plateau de Saclay (2e épisode) | Paris-Saclay

  2. Loic Michel

    Merci Adrien Coffre !

    La non prise en compte des étudiant et des personnels en général est l’aspect le plus négatif de ce PAris Saclay.
    Les étudiant et personneles des écoles sont contraints de déménager sur un plateau aussi démesuré que mal déservi, tout se joue alors « en haut » grâce à ce merveilleux outil d’autoritarisme qu’est l’OIN.

    Au final cela sent l’échec à 30km, les barrières institutionnelles ne sont pas levée mais le maquis est encore épaissis. Les écoles sont voisines sans vraiment collaborer (ex de l’X-supop-ensta) et on ajoute à cet imbroglio d’éducation supérieure des entreprises complêtemnt cloisonnées qui achèvent de saturer les transport tout en éloignant les étudiants et chercheurs.

    La qualité de vie ? Une banlieue.
    L’ouverture ? 100% sciences dures, entreprises et campus « pied dans l’amphi »
    Les vrais atouts comme le sport et la possibilité d’enfin fusionner ou dissoudre des écoles ne sont même pas mis en avant.

    Y a il au moins un forum publique?
    Non c’est trop cher quand on fait des travaux pour des décennies qui sont aussi coûteux que stratégiques…

  3. Allemand

    Bonjour,

    En tant que rédacteur en chef de ce média, je tiens à rappeler qu’il n’a pas vocation à être une tribune d’opinions unilatérales et mal étayées (cf la charte de modération que vous êtes tenu de respecter).
    La réalité de Paris-Saclay est beaucoup plus évolutive et complexe que vous ne le suggérez avec des formules à l’emporte-pièces.
    Je vous invite à prendre le temps de lire les quelques 200 témoignages, portraits et entretiens recueillis à ce jour, au fil de rencontres sur le terrain, pour en prendre la mesure.
    Dans l’éventualité où vous créeriez un forum (qui s’ajouterait donc aux dispositifs de concertation et auxquels manifestement vous n’avez pas pris le temps de participer), je ne demanderai qu’à en rendre compte, le Média Paris Saclay étant ouvert à tous les points de vue… constructifs et à même de nous aider à saisir la singularité du territoire de Paris-Saclay et des dynamiques qui y sont à l’œuvre.

  4. Loic Michel

    J’étudie à Paris et ne suis donc pas concerné par cette opération Saclay, je m’y suis intéressé de loin car l’urbanisme, la recherche scientifique et l’architecture m’intéressent.

    Ce qui m’a toujours frappé depuis 4 ans était l’absence totale d’enthousiasme des étudiants pour le plateau et ce projet. Les questions de logement étudiant de vie de campus et de transport semblaient totalement négligées.
    Les explication d’Adrien Coffre sont éclairantes et je l’en remercie.
    (c’est quand même pour cela que j’ai posté, avais-je tord?)

    Dans la mesure ou mes sources sont cette interview, des témoignages de plusieurs étudiants et chercheurs du plateau et la lecture assidue des sites web institutionnels et leurs documents, je vois mal comment mon opinion peut être « mal étayée ».
    Une charte de modération m’aiderai à mieux l’étayée ?
    Désolé si je n’ai pas pris le temps de faire un beau pdf pour chacune de mes idées mais fusionner des établissement et le problème de l’empillement des PRES/SATT/EPPS/FCS/PolesDeCompétitivité font un large concensus.
    Je ne fait qu’appuyer dessus, de façon courte et sonnante.
    (maladroite? c’est le 2.0 …)

    Les avis des étudiants des écoles en train de déménager me semblent bien plus valables que les copier coller de communiqués de presse que je trouve ici. Ce projet ne leur plaît pas et ce n’est pas nouveau; toujours ce manque incroyable de transports, de logements étudiants et de vie.

    Pouvez vous m’indiquer ces 200 témoignages et le site de Paris Saclay Etudiant ?
    Je les ai cherché et ne les ai pas trouvé.

    Continuez vos interview c’est ce que vous faites de mieux !
    L’emporte-pièce.

  5. Sylvain Allemand

    Bonjour,

    D’abord merci pour le changement de ton que je perçois dans votre dernier message. Ce me semble important à une époque où le bashing semble devoir s’imposer comme le mode de contestation des opinions et points de vue d’autrui. Quand bien même ne partage-t-on pas l’avis de son contradicteur, il importe de prendre la peine de l’écouter (sinon de le lire).
    Vous évoquez des sites institutionnels qui ne vous aurez pas donné satisfaction à force de s’en tenir à des communiqués de presse.
    Prenez le temps de visiter celui-ci. Vous y trouverez comme je l’ai déjà indiqué, près (et même plus de) 200 articles en forme d’entretiens et de portraits. Les étudiants n’y sont probablement pas aussi bien représentés que vous l’indiquez mais ils y sont présents (si cela peut vous rassurer, plusieurs projets de témoignages estudiantins sont prévus). Pour ma part et quitte à devoir vous contredire, en quatre ans (pour reprendre l’intervalle de temps que vous évoquez), les esprits ont sensiblement évolué à l’égard de la dynamique à l’œuvre à Paris-Saclay, y compris chez des étudiants que nous rencontrons quotidiennement, malgré la problématique des transports qui demeure le sujet de préoccupation de tout un chacun.
    Cordialement,

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