Point de vue d’étudiant sur le Plateau de Saclay (2e épisode)

Il a été vice-président étudiant à l’université Paris-Sud et a présidé l’association Saclay Côté Etudiants. Tout en se consacrant à ses études, il continue à s’engager pour faire entendre le point de vue des étudiants et les mobiliser autour des enjeux du Plateau (2e épisode).

Episode 2 : comment sensibiliser les étudiants aux enjeux du projet Paris-Saclay

(pour revenir au premier épisode : cliquez ici)

Pour parfaire sa compréhension des enjeux, Adrien Coffre a saisi l’opportunité de faire un stage à l’EPPS, deux mois et demi durant, en octobre-décembre 2010. « J’étais disponible : en 2010 et 2011, je redoublais ma 3e année, avec plus que trois matières à passer.» Quant on l’interroge sur les risques d’être juge et partie, il préfère mettre en avant l’avantage que l’expérience a représenté.

Adrien Coffre, militant de la cause étudiante orcéenne

« Cela m’a permis de découvrir de l’intérieur le projet et de mieux prendre la mesure de la complexité des choses ». « Et puis, argue-t-il, savoir comment se passent concrètement les choses n’altère pas l’esprit critique, mais permet au contraire de formuler des propositions constructives.» Sans pratiquer la langue de bois. Illustration avec la question du logement. « On peut s’interroger encore sur les conditions d’hébergement qui seront offertes aux étudiants. On annonce à terme 50 000 personnes supplémentaires sur le Plateau, dont 30 000 étudiants. Mais on ne parle que de 8 à 10 000 logements supplémentaires. En admettant qu’ils seront tous réservés aux étudiants (en réalité, une partie sera destinée aux chercheurs eux-mêmes), comment va-t-on accueillir les 20 000 autres ? Avec la N 118 congestionnée et le RER déjà surchargé, difficile de les faire venir d’autres territoires. La question du logement et celle du transport sont liées.» Mais, après tout, les étudiants aspirent-ils à vivre sur le Plateau ? Ne se satisferont-ils pas d’aller-retour, d’une existence à cheval sur Paris ou sa proche agglomération et le Plateau ? Adrien en doute. « La ligne de RER B est tout sauf confortable. Et le campus est loin de ressembler à un campus. Toutes les cités U n’ont pas encore été rénovées. Dans certaines, il y a parfois des coupures de chauffage ou d’eau chaude. Les douches et les cuisines sont mutualisées. Hormis une cafet’ et un restaurant U, il n’y a rien. Le soir, il n’y a rien à faire. Ce campus n’a de campus que le nom..» Et Adrien d’enfoncer le clou : « Je connais des étudiants qui disent vouloir le fuir ! »

Il en est convaincu : la jeunesse estudiantine est la grande oubliée de ce territoire. « Les élus ne s’intéressent pas à elle. Peut-être parce que ce ne sont que des étudiants de passage, qui par définition, ne votent pas sur ce territoire… L’électorat lui-même ne voit pas d’un bon œil la présence d’une population étudiante réputée a priori bruyante. » Un arrêté municipal oblige les bars à fermer. Résultat : « Les doctorants vivent de préférence à Paris.»

Au-delà de ces constats, Adrien perçoit un autre problème : les inégalités entre les étudiants. « Ceux de l’université coexistent avec des étudiants rémunérés (les fonctionnaires stagiaires de Polytechnique ou de l’ENS Cachan) et logés. Certes, cette situation n’est pas nouvelle. Elle existe depuis la constitution des premières grandes écoles. Mais à partir du moment où on prétend faire une université Paris-Saclay, on ne peut rester indifférents aux inégalités entre étudiants. Le projet Paris-Saclay comporte ainsi une dimension sociale cruciale. »

On le voit, les motifs de solliciter leur avis ne manquent pas. « Quand bien même ils n’auraient pas tous pour projet de vire définitivement à Saclay, leur regard ne peut qu’être constructif comparé à celui des gens qui y vivent ou y travaillent. Car même si ceux-ci en reconnaissent le bien fondé, ils s’inquiètent plus facilement des remises en cause possibles de leurs habitudes. Ils prennent les choses plus à cœur que les étudiants qui abordent le projet de manière plus détachée.»

Des étudiants difficiles à mobiliser

Mais ces étudiants, qu’en pensent-ils ? Adrien reconnaît une difficulté à les mobiliser. « A l’université Paris-Sud, il y a potentiellement 250 élus. Pourtant, je n’ai pas jamais pu travailler avec plus de cinq d’entre eux… Il est vrai qu’aucun n’a les compétences ni le temps de suivre les débats autour du cluster. On se retrouve une fois par mois en Conseil consultatif pour valider des projets auxquels on n’a pas participé… » Plutôt que de perdre son énergie à mobiliser les étudiants dans le cadre de Saclay côté étudiant, il recommande de s’appuyer sur les associations existantes en les fédérant. Un prochain conseil d’administration doit en débattre.

« L’association se doit d’être crédible auprès de ses interlocuteurs, mais ce n’est pas sur les documents techniques d’urbanisme qu’elle mobilisera les étudiants. » D’où l’idée de créer une manifestation étudiante. « Pour l’heure, chaque grande école a sa propre manifestation de fin d’année (Polytechnique, son Open Gama ; Supélec et HEC, leur gala…). Pourquoi ne pas organiser une manifestation qui les fédérerait ? » Entre autres pistes : un Marathon entre Saclay et Paris, tout juste séparés de 42 km ! Le projet est en panne. « C’est vrai qu’il suppose des étudiants sportifs et des moyens de communication dont nous ne disposons pas.»

A la rentrée 2011, Adrien a décidé de ne pas se représenter à la vice présidence étudiant et de passer la main à la tête de l’association de Saclay Coté étudiant. « Cela a été des mois de sacrifice et des nuits blanches. » Et puis il lui faut se consacrer ses études (sa licence validée, il a pu s’inscrire en Master).

Pour autant, il  ne renonce pas à son engagement. Encore membre de Saclay Côté étudiants, il est par ailleurs vice président en charge des relations institutionnelles. « Je compte faire profiter de mon expérience et de ma connaissance des enjeux d’aménagement aux nouveaux étudiants. » Il compte aussi faire avancer les dossiers relatifs au logement, au transport ou aux inégalités. D’autant que, ses études, il compte les poursuivre à l’Université Paris-Sud. Aussi curieux que cela puisse être, ses engagements lui ont donné le goût de la recherche. « A travers la vice-présidence, j’ai été au contact des chercheurs ; j’ai pu en apprécier la rigueur et la droiture, l’esprit de collégialité et le goût du consensus.»

2 commentaires à cet article
  1. KOVALEVSKY

    Saclay Cote Etudiants continue sur sa lancée.
    Découvrez son actualité sur http://www.saclaycoteetudiants.fr

  2. Allemand

    Bonjour,

    Merci de cette information. Nous ne manquerons pas de suivre votre actualité.
    Bien à vous,
    Sylvain Allemand

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