Plein feu sur La Diagonale Paris-Saclay

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Suite de la rencontre avec Stéphanie Couvreur, de La Diagonale Paris-Saclay, à travers l’entretien qu’elle nous a accordé.

Pour accéder à la première partie de la rencontre, cliquer ici.

- Pouvez-vous nous rappeler la genèse et la vocation de La Diagonale Paris-Saclay ?

La Diagonale Paris-Saclay est le fruit de réflexions engagées dès 2010, par des personnes qui avaient envie de travailler ensemble en vue de contribuer à la diffusion de la culture scientifique et technique sur le Campus de Paris-Sud. Depuis, La Diagonale se positionne comme l’outil du Campus Paris-Saclay, pour accompagner les établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans leur mission « science et société ». Car, on l’oublie trop souvent, ceux-ci, en plus de leurs missions de formation, de recherche et de valorisation, ont aussi celle de favoriser le dialogue entre science et société à travers, justement, la diffusion de la culture scientifique et technique auprès des scolaires et plus généralement des citoyens.

Si cette mission de dialogue est inhérente à chaque établissement de recherche et d’enseignement supérieur, la démarche de La Diagonale se veut transverse et c’est précisément ce qui en fait l’originalité. C’est un programme d’actions qui s’appuie sur les ressources des laboratoires et les établissements. Parmi ses membres fondateurs, elle compte d’ailleurs plusieurs associations de culture scientifique dont S[cube], Ile de Science, Sciences ACO,… Il s’agit pas non plus d’être une simple vitrine, mais d’engager des actions utiles à une démarche proprement scientifique, quoique ouvertes sur d’autres parties prenantes que les seuls chercheurs. Nos actions n’ont pas pour finalité d’être une simple vitrine, mais de tisser des liens entre les chercheurs, la science et les citoyens, si possible en les impliquant, pour qu’ils ne soient pas de simples spectateurs.

- Ce parti pris tient-il à la particularité de ce territoire où une forte proportion de la population est acculturée à la science voire hybride (beaucoup d’habitants sont enseignants, chercheurs, ingénieurs…) ?

Des études d’évaluation des actions que nous menons, il ressort clairement qu’une forte proportion du public a déjà une culture scientifique ; de nombreux habitants sont eux-mêmes chercheurs, enseignants-chercheurs ou encore étudiants. On cherche cependant à aller au-delà de ce public.

Encore une fois il s’agit d’un dialogue entre science et société, qui ne vaut de surcroît que s’il fonctionne dans les deux sens. C’est pourquoi nous sollicitons des personnes extérieures à la communauté scientifique. Notre collège des acteurs (notre organe de décision des actions à mener) se compose des établissements, d’associations de culture scientifique et technique, mais aussi d’entreprises, de collectivités territoriales. Nous avons le souci de faire se rencontrer l’ensemble des acteurs du territoire, de les faire travailler ensemble, à travers leurs établissements respectifs. A titre d’exemple, nous avons organisé une soirée d’échanges informels entre scientifiques, artistes, étudiants et associations au Ferry, lieu de vie à Palaiseau dédidé au street art. Plus de 200 personnes sont venues pour échanger autour de projets arts&sciences, de médiation ou de patrimoine dans ce lieu original ! Cela prouve qu’il y a une réelle dynamique qui est en train de se créer autour de ces sujets et une réelle envie de faire réseau.

- En quoi consiste votre programme d’actions ?

Autant le dire : nous avançons encore, en marchant. Comme j’aime à dire, La Diagonale ne sera plus ce qu’elle est dans deux ans, tant c’est un projet collectif qui évolue sous l’effet des interactions permanentes entre ses membres et ses partenaires, au gré des circonstances et des besoins. Cependant, trois thématiques sont a priori privilégiées : 1) « Médiation et vulgarisation » : il s’agit de développer les actions qui permettent aux citoyens de s’approprier les résultats des recherches menées sur le campus ; 2) « Arts et sciences » : une thématique destinée à faire interagir des chercheurs avec des artistes dans une démarche de co-création ; enfin, 3) « Patrimoine » : le territoire de Paris-Saclay comporte un riche patrimoine aussi bien scientifique que technique, matériel qu’immatériel. Mais ce patrimoine est encore méconnu. Nous souhaitons donc le valoriser, à l’image de l’ACO, labellisé patrimoine historique.

Ces thématiques se déclinent ensuite en une typologie de projets : des projets structurants au sens où ils sont mutualisés à l’échelle du Campus Paris Saclay et auxquels tout établissement qui le souhaite peut participer ; des projets au fil de l’eau : des projets plus modestes auxquels on apporte un soutien ; enfin, des appels à projets, dont le premier vient juste d’être lancé.

- Commençons par la thématique médiation et vulgarisation, quelles en sont les projets les plus emblématiques ?

S’agissant du projet structurant, nous sommes en train de participer à la mise en place la Maison d’initiation et de sensibilisation aux sciences (MISS), un projet porté par la Région Ile-de-France : un laboratoire pour les 8 – 13 ans (CE2 aux 4e 3e), qui les initiera sur le temps scolaire à la pratique de l’expérimentation scientifique à travers des ateliers thématiques (sur la biodiversité, l’énergie, le son, l’archéologie…). Il prendra place dans le bâtiment 204 (à côté du PROTO 204), en cours de rénovation. Le démarrage est prévu pour la rentrée 2015.

Les projets sont souvent portés par un établissement du Campus Paris-Saclay. Ici, c’est l’Université Paris-Sud qui joue le rôle moteur, avec le soutien de Supélec et du CNRS pour l’instant. La Diagonale assurera l’animation scientifique. Une coordinatrice scientifique travaille à la mise en place du projet – Valérie Fortuna, du CNRS. Des doctorants, en mission complémentaire, sont en train de plancher sur les ateliers, avec le concours d’une technicienne, d’enseignants et de chercheurs. Nous travaillons aussi avec des associations qui ont l’expérience de ce genre d’ateliers (la Maison des sciences de Châtenay-Malabry ; la Faculté de Nanterre pour l’atelier d’archéologie ; arkeomedia).

Parmi les projets que nous soutenons par ailleurs sur cette thématique : Design Quantique porté par des élèves de l’Ensci et Julien Bobroff ; des conférences sur le thème science et éthique (avec l’ENSTA ParisTech et le LARSIM, un laboratoire du CEA) : l’une d’elles a porté sur la question de savoir si le robot peut dépasser sa condition de robot !

A quoi s’est ajouté récemment le rendez-vous Science Break (www.sciencebreak.fr), qui propose de faire découvrir ce qui se passe dans les labos du Campus Paris Saclay. Il est programmé pendant la pause du midi, pour permettre au maximum d’étudiants et de personnels d’y assister, sans pâtir des problèmes de transport. D’où son nom. Il ne dure que 30 minutes avec trois interventions de 10 minutes chacune : l’une d’un chercheur qui raconte sa dernière découverte ; une deuxième en forme de témoignage sur la dimension humaine de la recherche (quand on l’interroge sur ce qu’il fait, un chercheur a tendance à expliquer le déroulement de la recherche, mais sans prendre la peine de raconter son quotidien, la manière dont il organise sa journée, jusqu’à y compris ce qu’il fait pendant ses pauses café). Enfin, la 3e séquence consiste à relever un défi sous la forme d’une expérimentation : les étudiants qui font des études scientifiques ont tous fait des expérience en TP. Ils savent pertinemment que cela ne marche pas toujours. Julien Bobroff s’est prêté au jeu. Le succès a été au rendez-vous : l’amphithéâtre de 500 places était plein à craquer. Nous avons bénéficié d’une forte implication de la communication de la Faculté des sciences. Cela nous encourage à renouveler l’opération avec d’autres établissements du campus.

- Une illustration au passage du fait que ce territoire compliqué sait inventer des dispositifs originaux…

Ce type de format court existe déjà (voyez les conférences TED, les « 13 minutes » organisées à l’Université Paris Diderot…). Mais il est vrai que, dans notre cas, ce format s’imposait du fait des contraintes de mobilité.

- Encore un mot sur cette thématique : pourquoi parler de médiation et de vulgarisation ?

Les deux mots ne recouvrent pas la même chose. La vulgarisation suggère un schéma de connaissance diffusé de manière descendante, là où la médiation consiste à mettre en lien des personnes susceptibles de cocréer quelque chose de nouveau.

Pour autant, je ne renoncerai pas à l’idée de vulgarisation car, encore une fois, nous avons vocation à nous adresser à tous les publics. Et sous prétexte que beaucoup ont déjà une culture scientifique, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse consistant à laisser croire que tous les savoirs se valent. Il y a certes un savoir profane, digne d’intérêt, mais il est différent du savoir scientifique. Je suis donc convaincue que des actions de vulgarisation peuvent être utiles et enrichissantes. Il faut parfois expliquer en veillant juste à inclure les personnes et à les faire participer.

Et puis, la notion de médiation n’est pas aussi compréhensible comme j’ai pu le constater autour de moi. Quand j’explique à mes amis que je fais de la médiation scientifique, beaucoup se disent surpris : ils m’imaginent passer mon temps à régler des conflits entre des chercheurs !

- Venons-en à la thématique suivante, arts et sciences : quelles en sont les principales actions ?

Parmi les actions structurantes, je citerai la plus emblématique, malgré son jeune âge : le festival CURIOSITas. La première édition a eu lieu l’an passé. Elle a proposé à des étudiants en de s’associer à des artistes, encore en études ou confirmés, pour concevoir des installations scientifico-artistiques. A quoi se sont ajoutés des concerts et des conférences. Un très beau festival qui sera reconduit chaque année, au cours de la même période (en octobre), avec une nouveauté : désormais, il s’adressera aussi aux chercheurs à travers un appel à projets. La condition demeure : il faut que les projets s’inscrivent dans une démarche de cocréation. L’œuvre devra d’ailleurs être cosignée. Elle pourra donner lieu à publication dans une revue d’arts ou de science. Nous souhaitons aussi que ces œuvres aillent à la rencontre du public. Avec la Région Ile-de-France, nous envisageons de les présenter à la Médiathèque des Ulis, avec l’espoir que cela concourt à donner une autre image de l’université.

- Qu’en est-il de la troisième thématique, relative au patrimoine ?

Un projet important de cette thématique consiste en un inventaire du patrimoine scientifique du Campus Paris Saclay. Car, pour le valoriser la recherche, encore faut-il savoir ce que recèlent les laboratoires ! La plupart disposent d’archives ou de caves pleines d’objets et d’instruments dont ils ne savent que faire, quand ils n’en ignorent pas tout simplement l’existence ! A cette fin, nous avons pris contact avec la mission Patstec (pour Patrimoine Scientifique, Technique et Contemporain) du Ministère de la Recherche et du CNAM, pour un accompagnement sur la base d’une convention partenariale.

Nous participons déjà aux Journées européennes du patrimoine sur plusieurs sites. L’an passé, Sciences ACO a organisé un atelier sur le thème « Imagine ton expérience » qui invitait le public à découvrir et à manipuler d’anciens instruments ou machines.

Avec l’ACO (plus que cinquantenaire), nous comptons le premier élément du patrimoine scientifique contemporain classé au patrimoine historique, en plus de bénéficier du label « Site historique remarquable » de l’European Physical Society. Lors du festival CURIOSITas, l’ancienne salle de contrôle avait été reconstituée pour l’organisation d’un défilé interactif (des capteurs étaient cachés dans les vêtements). Preuve s’il en était besoin qu’on peut faire des choses très décalées et novatrices sur un campus universitaire !

En résumé, La Diagonale Paris-Saclay se veut un outil au service des acteurs des établissements du Campus, pour leur permettre de réaliser des projets. Nous en soutenons qui sont déjà existants, mais qui veulent élargir leur audience, travailler avec d’autres établissements.

Une dynamique a déjà été enclenchée par des gens moteurs. Nous nous employons à favoriser les rencontres et les échanges, convaincus que c’est d’eux que pourront émerger des projets. Nous espérons qu’à travers les appels à projet, on pourra aller plus loin. Le 13 mars dernier, une rencontre devait être organisée à cet effet au Ferry, un lieu de vie culturel de Palaiseau [ pas moins de 200 participants y assisteront ].

- Qu’apportez-vous concrètement à travers ces appels à projets ?

Les porteurs de projets retenus bénéficient d’une subvention à hauteur de 10 000 euros pour ceux relevant de la médiation, 20 000 pour ceux relevant des arts et science et 15 000 pour ceux relevant du patrimoine. Au-delà de ce soutien financier, ces appels à projet sont aussi et peut-être d’abord un prétexte pour impulser une dynamique, identifier les personnes qui veulent faire quelque chose et les mettre en réseaux. En contrepartie de notre concours, nous demandons à chaque projet de participer à un événement collectif. Pour ceux relevant de la thématique arts et sciences, il s’agira de participer au festival CURIOSITas. Pour ceux relevant du patrimoine, aux Journées européennes du patrimoine. Pour ceux relevant de la médiation, à une journée qu’il nous reste à inventer !

Illustration de l’article : une conférence de vulgarisation, avec la participation de Julien Bobroff (à droite).

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