Paris-Saclay vu de Yaoundé. Rencontre avec Jules Nnanga

JulesMarocainPaysage
Nous l’avons rencontré au début du mois de mai lors d’un séjour à Yaoundé. Il Intervenait au sein d’une fondation pour présenter Mougano Investment, la société qu’il a cofondée pour accompagner les investisseurs en quête d’opportunités d’investissement et les porteurs de projets en quête d’investisseurs. Il a bien voulu répondre sur le vif à nos questions. Nous ignorions alors qu’il connaissait le projet de Paris-Saclay…

- Si vous deviez pitcher Mougano Investment ?

C’est une société toute jeune – je l’ai cofondée en janvier 2017 avec mon associé – en partant du constat suivant : le continent africain est un gigantesque marché, riche en opportunités sérieuses, mais où la culture financière, bancaire ou juridique est encore insuffisamment développée pour y faire des investissements dans les meilleures conditions. A quoi s’ajoute un contexte peu favorable entre les lenteurs administratives et les pratiques de corruption. D’après les rapports de la Banque mondiale, les flux de capitaux investis en Afrique sont en forte progression, mais force est de constater qu’on n’en voit pas toujours l’effet : l’Afrique tarde encore à décoller. Le tissu industriel existe, mais il est encore peu performant. Il pâtit manifestement d’un manque d’investissement. Mougano Investment a donc pour ambition de palier à cette situation avec pour slogan : Rethinking Investment in Africa.

- Comment comptez-vous y prendre concrètement ?

Un premier aspect de notre activité consiste à accompagner les investisseurs, à commencer par ceux de la diaspora africaine. Beaucoup d’Africains partis à l’étranger ne demandent qu’à contribuer au développement du continent sinon de leur pays d’origine. Je précise que l’un de nos partenaires vit en France, de sorte votre pays est l’une de nos principales portes d’entrée dans la diaspora africaine. Notre vocation est d’orienter ses investissements vers des projets viables, de qualité, développés sur le continent africain.

- Quels sont vos critères ? S’agit-il de projets innovants ?

Nous examinons tous les projets. Naturellement, les projets innovants retiennent particulièrement notre attention. Ils ont ceci d’intéressant qu’on peut en apprécier très vite l’intérêt.

- Y compris dans le secteur numérique ?

Oui, bien sûr. L’Afrique est dans un monde globalisé et est déjà fortement interconnectée. Elle ne peut rester à l’écart de la transformation numérique et y est d’ailleurs déjà engagée. Une grande part de la population africaine vit à l’heure de Facebook, de Twitter ou de WhatsApp. Nous ne demandons qu’à accompagner des start-up qui proposeraient de nouvelles applications.
Pour autant, nous n’entendons pas délaisser les projets relatifs à des secteurs plus traditionnels, à commencer par l’industrie, mais aussi l’agriculture. L’Afrique dispose d’importantes ressources en termes de surfaces agricoles et forestières. Nous souhaitons donc aussi accompagner les personnes qui veulent y investir.

- Que proposez-vous à ces investisseurs ?

Des études sectorielles, pour commencer, de façon à leur permettre de s’assurer du bien fondé d’investissements ou d’identifier des opportunités en termes de projets. A travers ces études, il s’agit aussi d’éclairer le contexte réglementaire et juridique du pays africain où ils souhaitent investir. A notre façon, nous œuvrons ainsi à plus de transparence.

- Et aux porteurs de projets en quête de financement, que proposez-vous ?

Nous les accompagnons à travers différentes étapes, jusqu’à la levée de fonds. Par exemple, une entreprise est en quête de 200 millions de Francs CFA (soit de l’ordre de 300 000 euros) ? Nous nous engageons à trouver un ou des investisseurs, sur la base d’un audit précis du projet. Si, maintenant, ce dernier n’est pas jugé assez viable, nous orientons ceux qui le portent – deuxième étape – vers un incubateur ou des techniciens qui vont contribuer à sa maturation.

- De quel incubateur s’agit-il ?

De l’incubateur de l’école Polytechnique de Yaoundé. Un incubateur public, donc. Pour notre part, nous pouvons compléter cet accompagnement par des formations en management. Car, il ne suffit pas d’avoir un bon projet pour réussir. Encore, faut-il savoir manager l’équipe dont on s’entourera pour le mener à bien.

- Quel est votre modèle économique ?

Nous nous rémunérons à chaque étape de la démarche engagée, de l’audit jusqu’à l’intégration dans l’incubateur. Sachant qu’une entreprise peut ne nous solliciter que pour l’une ou l’autre de ces étapes.

- Comment en êtes-vous venu vous-même à vous engager dans la création d’une entreprise  ? Avez-vous déjà une expérience entrepreneuriale ?

Non. Mougano Investment est la première société que j’ai co-créée. Mais, j’ai déjà une expérience professionnelle : depuis quatre ans, je suis banquier. A ce titre, je suis amené à gérer le capital de personnes physiques et morales. C’est d’ailleurs au vu de cette expérience professionnelle et du constat de la difficulté que rencontraient de jeunes entrepreneurs à obtenir des financements bancaires, que j’ai entrepris de les mettre en relation avec des investisseurs potentiels en introduisant un chaînon manquant, en somme. Il existe en Afrique de nombreux projets qui ne demandent qu’à gagner en viabilité moyennant un accompagnement par des professionnels. Un entrepreneur ne peut développer seul un projet. Accompagnons-le donc, dès lors que son projet est viable, car il pourra à son tour créer des emplois et endiguer ce chômage endémique qui frappe particulièrement les jeunes africains.
De mes années d’études, j’ai gardé un goût pour la recherche. Mougano Investment fonctionne donc aussi un peu comme un laboratoire : avec mon associé, nous cherchons à formaliser notre expérience de façon à ce qu’elle puisse servir ensuite à nourrir l’élaboration des politiques publiques. J’ajoute que j’enseigne par ailleurs la finance à l’Institut des relations internationales du Cameroun.

- Quelles sont vos perspectives de développement ?

Depuis notre création, en janvier de cette année donc, nous recevons de très nombreuses sollicitations. Preuve s’il en était besoin que nous répondons à un vrai besoin. Nous sommes en train de finaliser la création d’un bureau au Tchad. A terme, nous aspirons à couvrir l’ensemble de l’Afrique.
Nous n’en sommes qu’à la première étape Nous avons l’ambition d’être leader dans le financement et l’accompagnement en nous positionnant comme banque d’affaire. Mon associé et moi comptons bien travailler dur pour parvenir à cet objectif !
Les effectifs de Mougano Investment s’étoffent en conséquence : notre société compte déjà plusieurs partenaires et collaborateurs, dont des consultants que nous sollicitons notamment pour évaluer les projets.

- Avez-vous entendu parler de Paris-Saclay ?

Oui, bien sûr ! L’entrepreneuriat est une réalité universelle. Tout le monde a envie d’entreprendre et a besoin pour cela d’être accompagné dans son développement. Il n’y a pas de projet qui naît de lui-même. Un cluster comme Paris-Saclay est donc une bonne initiative. Il permet à tout un chacun de devenir entrepreneur dans les meilleures conditions, en saisissant les tendances du marché, de l’innovation.
J’ajoute que, tous les matins, j’écoute BFM business, ce qui me permet de suivre l’actualité dans le domaine de l’entrepreneuriat et de l’innovation en France ou dans le reste du monde. Car aujourd’hui plus que jamais, il faut penser à cette échelle en s’inspirant des bonnes idées, d’où qu’elles viennent. Ne restons donc pas enfermé dans nos croyances et nos routines !
A défaut d’avoir fait des études à Paris-Saclay, j’ai poursuivi, dans le cadre de la formation continue et à distance, un master spécialisé en science de finance de l’EM Lyon et des certifications de l’INTEC de Paris.

- Etes-vous prêt à répondre aux sollicitations de ceux qui voudraient s’internationaliser à travers un développement au Cameroun ?

Naturellement. Le passé colonial et son héritage ne doivent pas entraver les opportunités de coopération. Nous ne demanderons qu’à faire profiter aux investisseurs et startuppers français de notre propre développement dans le reste de l’Afrique, en partageant les mêmes exigences de transparence.

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