« Non, ma “coloc’” ne vaincra pas mon rêve ! » Rencontre avec Mélanie et Françoise

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En octobre 2018, deux de nos collègues, Françoise et Mélanie, se lanceront dans le Trophée Roses des Sables, un « raid 100% féminin » sur les routes marocaines. A l’origine de ce projet : un rêve ancien et un déclic…

Elles s’appellent Françoise Sellier (à droite) et Mélanie Lullo. Elles ont respectivement 46 et 33 ans, et ont des enfants (deux ados pour la première, un garçon de trois ans pour la seconde). En octobre 2018, elles savent déjà où elles seront : quelque part entre Biarritz et Marrakech. Pour des vacances un peu spéciales : elles participeront au fameux Trophée Roses des Sables, au volant d’un 4×4. Au programme : sept étapes dans le désert dont une étape de nuit, l’épreuve des dunes et la mythique étape marathon sur deux jours, jusqu’à la capitale du Royaume marocain (soit onze jours au total, en comptant les étapes de liaison et la soirée de clôture).
Pour mémoire, le Trophée Roses des Sables est organisé depuis 2001 par l’association Désertours, spécialisée dans les « événements sports et aventures ». On lui doit aussi le 4L Trophy (créé en 1996), à l’attention des étudiants ; Roses des Andes et leurs équivalents argentins (Argentina Trophy et Trophée Roses des Landes), en plus de « Raids à la Carte ». Autant d’événement conçus dans l’idée de promouvoir les valeurs d’aventure et de solidarité entre les participants mais aussi à l’égard des populations locales. Et dans la pure tradition des rallyes : les candidats n’ont en tout et pour tout que roadbook et boussoles pour s’orienter (GPS et autres moyens de télécommunications sont proscrits). Françoise : « Nous aurons seulement droit à des échanges avec la famille, lors du bivouac. » Amis et collègues ne resteront pas pour autant sans nouvelles. Chaque soir, les coéquipières feront un point d’étape, par écrit et en images. Françoise dans un éclat de rire : « Je ne manquerai pas d’envoyer des photos de Mélanie en train de dégager les roues ensablées de la voiture ! » La particularité du Trophée Roses des Sables est d’être un « Raid 100% féminin ». Mélanie : « C’est en outre une course d’orientation et non de vitesse : l’enjeu est de faire le moins de km possible. »
Des entreprises comme celles-là, on en a régulièrement des échos dans les médias au point qu’elles tendent à se banaliser. Au sein de l’EPA Paris-Saclay, nous nous sentons cette fois particulièrement concernés : Françoise et Mélanie sont deux de nos collègues. Ceux qui les connaissent ne s’étonnent pas plus que cela de leur audace, même si de prime abord, c’est quand même par une réaction de surprise qu’ils ont reçu la nouvelle. D’autant qu’elle est allée de pair avec une autre, qui n’a pas manqué de surprendre encore davantage…

Un rêve…

A l’origine de leur décision, il y a un rêve et un déclic. Le rêve, c’est celui que Mélanie a cultivé depuis quelques années. Du genre de ceux qu’on s‘attache à réaliser, mais que les circonstances de la vie s’ingénient à vous faire remettre toujours à plus tard. « Ce rêve, il m’est venu suite à un reportage consacré au Trophée, que j’avais vu à la TV, il y a plusieurs années. J’avais été impressionnée par le nombre d’équipages qui y participaient – de l’ordre de 200 – français et étrangers. J’ai eu aussitôt envie de le faire ! » Le cours de la vie en décidera donc autrement, et pas toujours pour de mauvaises raisons. En 2014, Mélanie met au monde un petit Rafaël.
Le simple fait qu’elle ait songé à le faire ne manque pas de surprendre : un rallye comme celui du Trophée Roses des Sables ne s’improvise pas, pas plus qu’un autre d’ailleurs, et demande, au contraire, plusieurs mois de préparation. Mais ceux qui connaissent en particulier Mélanie ne s’en étonnent pas plus que cela : elle est du genre casse-cou et ce, depuis sa prime enfance !
Entre autres souvenirs, il y a celui où, toute petite, elle s’est improvisée… cascadeuse. « J’avais vu un reportage sur des voitures qui filaient à vive allure avant d’être stoppées net au moyen d’un parachute. J’avais été proprement fascinée au point de vouloir vivre cette expérience. » Naturellement, elle n’avait pas de voiture. Qu’à cela ne tienne, elle le fera avec son vélo qu’elle équipera d’un drap en guise de parachute, en se lançant du haut d’une colline de la Meuse de son enfance. « Je suis bien arrivée en bas, mais au prix d’une bonne gamelle » (un euphémisme dans sa bouche…).
Des expérimentations comme celles-là, il y en aura bien d’autres y compris durant l’adolescence. Tant et si bien que sa mère accueillera son projet de rallye par un : « Tu te lances toujours dans des projets improbables ». « A ses yeux, précise Mélanie, car aux miens, ils ne le sont pas autant que cela ! » Nous laisserons donc le lecteur en juger par lui-même.

… et un déclic

Son rêve de rallye, Mélanie est donc en passe de le réaliser. Mais pourquoi maintenant ? On pose d’autant plus la question que Rafaël n’aura que 4 ans au moment du départ et que Françoise, rappelons-le, a encore deux ados (dont l’un devant passer son bac cette année). On en vient donc au déclic, intervenu au mois de février 2016, le 20 précisément. Ce jour-là, Mélanie est hospitalisée. Pour elle ne sait quelle raison, elle a perdu l’usage de ses jambes. Le verdict du diagnostic tombe enfin : elle est atteinte d’une maladie neurologique, la sclérose en plaques (SEP). Trois jours durant, nuit comprises, Mélanie est traitée à la cortisone par perfusion.
Cet épisode, c’est la première intéressée qui nous le rapporte le plus naturellement du monde… C’est à cet instant précis de l’entretien qu’on comprend intuitivement que le rêve se réalisera. Un être qui prend avec autant de philosophie le sort que lui réserve la vie ne peut qu’être prêt à relever bien des défis, se dit-on. A moins que, depuis lors, il y eut des hauts et des bas. C’est bien le cas, comme le suggère Françoise, qui fait état de « coups de fatigue ».
Reste une indéniable force de caractère que l’intéressée met sur le compte d’une éducation familiale qui n’incline pas à se plaindre de son sort. « Mes parents m’ont toujours dit : “Quoi qu’il t’arrive dans la vie, il faut te battre ; si tu tombes, tu te relèves !” » Son propre père, militaire, a lui-même donné l’exemple : il a combattu une longue maladie, « sans jamais se plaindre ». Mélanie : « Il allait à ses séances de chimiothérapie le matin, puis retournait à son poste de travail l’après-midi. Jusqu’à son dernier souffle, il n’a eut de cesse de travailler. Ses médecins n’arrivaient pas à suivre ! »
Un tempérament auquel celui de la mère n’a semble-t-il rien à envier. « Elle est d’origine espagnole, arrivée en France à l’âge de 15 ans. A 16 ans, elle travaillait à l’usine pour aider la famille. Sans protester. Pour elle, c’était normal. »
On ne peut s’empêcher de convoquer aussi la ville de son enfance à elle, Mélanie. Une ville tout sauf anodine puisqu’il s’agit de Verdun, qui en a vu bien d’autres elle aussi, dont des promesses trahies de Der des Ders. Mélanie ne récuse pas son attachement à cette ville, pour son environnement et son passé. A se demander si on n’est pas parfois plus façonné qu’on ne le pense par les paysages de son enfance…

Le choix de la coéquipière

Là où d’aucuns seraient abattus par l’annonce d’un tel diagnostic, Mélanie y aura donc trouvé matière à réagir. Progressivement, après une année de maturation, elle acquiert une conviction : ce qui lui arrive est un motif inespéré pour… ne plus reporter la concrétisation de son rêve. « J’avais plus que jamais envie de participer au Trophée. Je me suis donc donné les moyens de le réaliser. Et aussi rapidement que possible car, malheureusement, avec ma “ coloc’ ” [comprendre : sa maladie...], je ne sais pas de quoi demain sera fait ».
Restait à trouver la coéquipière (rappelons que le Trophée se fait par équipe de deux, 100% féminine). « J’ai aussitôt pensé à Françoise. » La même : « Il était évident que si j’entreprenais enfin ce challenge un peu fou [on saluera au passage cet éclair de lucidité…], c’était avec elle et personne d’autre ». La réaction de son mari, Yannick, qu’elle aura mis dans la confidence achève de la conforter. Mélanie : « Il m’a aussitôt dit : “ Je ne vois pas qui d’autre pourrait partir avec toi ” ».

Un sentiment de colère

L’intéressée est la première collègue à avoir été informée de sa maladie. Françoise : « Mélanie m’avait appelée un dimanche de février [2016], depuis l’hôpital. Comme elle m’avait annoncé qu’elle partait quelques jours en station de ski, j’en avais conclu qu’elle s’était cassé une jambe. Ma première réaction a donc été de lui dire que ce n’était pas la fin du monde, qu’elle avait juste ce qu’elle méritait ! En réalité, elle n’avait pas même eu le temps de se livrer à ce loisir… » Convaincue du caractère « insubmersible » de son amie, Françoise n’avait pas non plus prêté attention aux premiers symptômes (des fourmillements dans les jambes) si ce n’est pour la « charrier ». « J’avais mis cela sur le compte de chaussures à talons que Mélanie s’était crue obligée de porter, à l’occasion d’une cérémonie. »
La même : « Informée cette fois de la nature exacte du mal dont elle souffrait, j’ai pensé, en me rendant à l’hôpital, retrouver une Mélanie accablée. C’était tout le contraire : elle était toujours à rire et à nous rassurer. Ce n’est que lorsqu’elle a essayé de se lever de son lit, qu’elle a laissé paraître la gravité de la maladie. »
Si Françoise se laisse submerger par l’émotion à l’évocation de cet épisode, c’est d’abord un sentiment de colère qu’elle dit avoir éprouvé au sortir de l’hôpital. L’hyperactive que nous connaissons, dit avoir été envahie cette fois par un sentiment d’impuissance. « On en était réduit à attendre l’effet du traitement qu’on lui infligeait, avec l’espoir qu’il fût suffisamment efficace pour lui permettre de marcher de nouveau. »
Pas un jour cependant, sans qu’elle ne lui rende visite à l’hôpital, avec une autre collègue, Priscillia, et quoi qu’il leur en coûtât en termes de temps (Priscilla a aussi de jeunes enfants). Françoise : « Nous nous étions promises, elle et moi, de ne rien laisser paraître. C’était le mot d’ordre. Quoi qu’on apprît, on continuerait à manifester notre bonne humeur. » Plus facile à dire qu’à faire. « En réalité, c’est Mélanie qui continuait à nous porter, avec son énergie habituelle. »
Dans la chronologie des événements, Françoise a conservé en mémoire quelques dates clés. La suivante correspond à son propre jour d’anniversaire, le 25 février, qui, cette année 2016, prend une saveur particulière : « Mélanie m’avait appelée pour m’annoncer qu’elle avait pu regagner son domicile, en ayant retrouver l’usage de ses jambes. Le meilleur cadeau qu’on pût me faire. »
Autre date marquante : le 27 mars 2017. Soit un peu plus d’un an après la funeste annonce. Ce jour-là Mélanie toque à la porte du bureau de son amie collègue au prétexte d’avoir « un service à lui demander ». Françoise : «C’était bien la première fois qu’elle me sollicitait ainsi. Mélanie n’est pas du genre à demander le moindre service ! Je me souviens d’avoir répondu par un “ dans quelle aventure vas-tu encore m’engager ? ”».

Un an et demi de préparation

Elle n’avait donc pas cru si bien dire. Mélanie venait l’entretenir de son projet de rallye. Françoise : « J’ai dit oui d’emblée, mais sans mesurer l’ampleur du défi que cela pouvait représenter. Mélanie s’était bien gardée de rentrer dans les détails » lâche-t-elle dans un éclat de rire. Et sans regret : « Mélanie m’offrait l’occasion de dissiper ce sentiment d’impuissance que j’avais éprouvé le premier jour de ma visite à l’hôpital. Dans la vie, les paroles, ça ne peut pas suffire. Seuls les actes comptent. »
C’est donc décidé, Françoise sera sa coéquipière. Elles ont déjà longuement échangé sur le projet, devenu une évidence pour la première, du moins quant au fait de le mener avec la seconde. « Dès que nous nous sommes rencontrées, j’ai compris que ce serait bien plus qu’une collègue de travail. » Un indice ne trompe pas, qui atteste de leur complicité naturelle : au cours de l’entretien qu’elles nous ont accordé, il est arrivé plusieurs fois que l’une commence une phrase et que l’autre la termine…

Projetées dans l’avenir, les pieds sur terre

Pour être intrépides, Françoise et Mélanie n’en savent pas moins raison garder : elles ne partiront pas cette année (l’échéance est trop courte, ont-elles jugé dans un autre mouvement de lucidité), mais en octobre de l’année suivante.FramelgoPortrait Ce qui leur laisse un an et demi pour franchir différentes étapes : la création d’une association pour récolter les fonds destinés à financer leur projet, des formations, etc. Pas question pour autant de prendre son temps. Dès la semaine qui a suivi l’intervention de Mélanie dans le bureau de Françoise, et en moins de temps qu’il faut pour l’écrire, elles se sont lancées dans la création d’une association (les statuts en ont été déposés le 27 avril 2017) et même la conception d’un logo. Lequel figure une danseuse Flamenco, un clin d’œil à une autre passion de Mélanie qui l’a poussée jusqu’à suivre des stages de professionnels, en Espagne. Quant au nom, ce sera : FraMel Go (contraction de Françoise, Mélanie et… Go !). Françoise : « Au début, nous avions songé à “ Mel’ à l’assaut ” ». Personnellement, j’estimais que c’était d’abord le projet de Mélanie. » C’est finalement Priscillia qui soufflera le nom, en toute innocence.

Le financement

Si Françoise a un sujet de préoccupation (elle-même parle de « motif d’angoisse »), c’est le financement du projet, qui doit couvrir, outre les droits d’inscription (destinés à financer la logistique d’ensemble du Trophée), la location d’un 4×4 ; les diverses formations et initiations – à la maintenance mécanique, au désensablage du véhicule… (Françoise dans un éclat de rire : « Ce ne sera pas de trop car je pense qu’il y aura beaucoup d’opérations de désensablage à prévoir ») ; à l’orientation au moyen d’une boussole et du roadbook. Sans oublier le carburant, les repas, etc.
Soit un budget total qu’elles estiment à quelque 20 000 euros. A quoi s’ajoutent 50 kg minimum de fournitures à l’attention des enfants du désert ou de puéricultrices, qui seront remises directement, lors de la première étape.
Là ou d’aucuns en appelleraient spontanément à la générosité, Françoise et Mélanie se montrent plus qu’hésitantes. C’est qu’elles partagent un autre point commun : « Nous n’avons pas l’habitude de quémander quoi que ce soit. Nous craignons d’être maladroites, de faire passer la question d’argent avant la vraie finalité du projet. » Finalement, Mélanie se résout à prendre cela pour un autre défi : « S’il nous faut demander de l’argent, nous apprendrons ! »
Déjà, l’une et l’autre se sont informées sur les plateformes de crowdfunding, KissKissBangBang et autres Ulule ou GoFundMe. Toutes déterminées qu’elles soient à avancer vite, elles entendent prendre le temps de se renseigner sur chacune d’elles. Déjà, Mélanie dit en avoir repérées « plus orientées vers les projets solidaires, d’autres vers le financement de la recherche médicale, etc. »
Nos deux co-équipières savent en outre qu’elles ne seront pas seules dans le montage de leur projet. Elles peuvent pour commencer s’appuyer sur Désertours. Françoise : « Comme chaque équipe, nous disposons d’un coach que nous pouvons appeler à tout moment et avec lequel nous avons déjà eu des RDV réguliers. » Mélanie : « Il ne se substitue pas à nous, mais nous fait profiter de son expérience. »
Un RDV a par ailleurs été fixé avec la Fondation pour l’Aide à la Recherche sur la Sclérose en plaques (ARSEP). Finalement, Françoise n’exclut plus l’éventualité d’un surplus, qui serait alors remis à cette dernière. Il n’est pas jusqu’à Bérangère, la banquière d’une agence de la CIC, sollicitée pour l’ouverture du compte de l’association, qui ne se trouve être une alliée. Françoise : « Elle s’est dite plus que jamais prête à suivre la progression du compte de notre association, avec une attention toute particulière… »

L’investissement des collègues

Françoise et Mélanie pourront manifestement compter aussi sur leurs collègues, qu’elles se sont résolues à informer et du projet et de ce qui en a été le déclic… Nous-même pouvons en témoigner : la surprise a été totale tant rien ne laissait paraître chez la seconde le moindre symptôme. De Mélanie, nous n’entendions encore dans les couloirs ou au moment des repas du midi, que les éclats de rire ! Pour autant, personne, semble-t-il, ne s’est laissé submerger par un sentiment de compassion (qui n’aurait pas été déplacé au demeurant). Françoise « Une fois l’effet de surprise passé, les collègues se montrent plutôt solidaires et même enthousiastes ! » Mélanie : « Le projet prend très vite le dessus. Dès qu’on leur en explique l’objet, les collègues s’y sentent déjà investis. Tous manifestent une vraie volonté de le soutenir d’une façon ou d’une autre. C’est hyper motivant. » Malgré un emploi du temps qu’on image contraint, le DG de l’EPA Paris-Saclay, Philippe Van de Maele, a lui-même pris le temps de recevoir Mélanie : « Comme les autres, il s’est dit surpris, rien chez moi ne laissant paraître la maladie. Il s’est dit aussi d’emblée désireux d’apporter son soutien au projet en avançant des propositions concrètes. » La même de poursuivre dans un éclat de rire. « Son seul motif d’inquiétude aura été de savoir si Françoise savait conduire ! » L’intéressée fait mine de protester : « Qu’il me soit donc permis de le rassurer par le truchement de cet article : oui, Monsieur, je sais conduire ! » A ce sujet, les deux précisent qu’elles échangeront le volant, selon les étapes.
Françoise en oublierait presque ses soucis de financement : « Ce qu’il y a de beau, c’est cette solidarité qui se dégage en si peu de temps. A défaut d’un don sonnant et trébuchant, des collègues s’emploient à nous mettre en relation avec d’autres personnes qui pourraient nous être utiles. » C’est le cas d’Anne, l’assistante du DG, qui a arrangé leur RDV. Françoise : « Cela peut paraître peu de chose, c’est en réalité beaucoup ». C’est aussi le cas d’Emilie, qui les a mises en lien avec une certaine Nadia, qui a déjà un Trophée des Roses des Sables, un Rallye des Gazelles et deux Dakar à son actif. Une rencontre a déjà été programmée. Françoise : « Ses conseils et astuces nous seront particulièrement précieux. »
La même : « Pas une semaine, sans qu’on noue un nouveau contact. » Mélanie abonde : « C’est proprement incroyable. A se demander si l’aventure ne commence pas dès l’instant où le projet est lancé. » Et si ce projet n’est pas d’abord un catalyseur de rencontres plus ou moins fortuites. Comment s’en étonner d’ailleurs ? Dans une société gagnée par la sinistrose, n’ouvre-t-il pas comme une brèche dont se dégage une joie et une énergie communicatives ?
On ne peut non plus s’empêcher à ce stade de l’entretien de voir dans ce projet une démarche proprement entrepreneuriale, au diapason de… Paris-Saclay, accélérateur s’il en est de challenges en tous genres. Nous osons donc la question : dans quelle mesure aura-t-il pu déterminer nos deux collègues à se lancer dans l’aventure ? Mélanie : « Le fait est, l’environnement est propice à des projets y compris comme le nôtre : à Paris-Saclay, beaucoup de gens vont au bout de leur rêve sinon de leur idée. Forcément, à leur contact, on ne peut que se dire : et pourquoi pas moi ? Après tout, on en a la preuve autour de nous : mener un projet à son terme, c’est possible. »

Qu’en pense le médecin ?

Mais le corps médical, que pense-t-il de ce projet-ci ? En a-t-il d’ailleurs été informé ? Mélanie : « J’en ai bien sûr parlé à ma neurologue. » Sa réaction ? « Votre projet est top ! Foncez ! »
Certes, il faut être vigilant, mais cette réaction a conforté Mélanie dans l’idée que « la maladie ne saurait empêcher de vivre, encore moins être un frein à des projets personnels, qu’elle doit, au contraire, en être un moteur. » De fait, c’est elle qui est en passe de permettre au rêve de Mélanie se réaliser enfin. « Peut-être perdrai-je un jour l’usage de mes jambes, mais pour l’heure, j’ai envie d’aller au bout de la démarche, et ce n’est pas à la maladie de me dissuader de le faire. »
Nous n’oublions pas cependant que Mélanie est mère d’un enfant de trois ans, Rafaël. Avant de lui expliquer son projet, elle eut à donner du sens à son hospitalisation, qu’il ne comprenait tout simplement pas. Mélanie, attendrie : « “T’as bobo où ?” me demandait-il ». La même se souvient qu’au sortir de l’hôpital, sa préoccupation à elle était de profiter des moindres instants de la vie, avec son gamin. « Je me suis mise à l’emmener au manège aussi souvent que possible, au point de l’en lasser. » Jusqu’à ce que son compagnon l’amène à garder raison, en la rassurant quant au fait qu’ils avaient encore de beaux moments à vivre ensemble.
Quant au projet, il est encore trop tôt pour que l’enfant en ait une idée précise. Mais Françoise en est convaincue : « S’il importe que Mélanie le mène jusqu’au bout, c’est bien d’abord pour lui. C’est la plus belle leçon de vie qu’elle pourra lui donner ». La même : « En sens inverse, le regard qu’il portera sur sa mère sera important pour elle ». Reste qu’elle va quand même devoir le quitter près de deux semaines. Mélanie, dans un sourire qui en dit long : « Ce sera une épreuve dans l’épreuve…»
Pour l’heure, c’est à son compagnon, Yannick, que Mélanie exprime son admiration sinon sa reconnaissance : « Il est mon premier soutien, toujours à fond dans le moindre de mes projets, même les plus fous ». Françoise confirme : « Yannick a toujours été présent sans jamais évoquer la maladie de sa femme. » La même : « Du moins jusqu’à cette soirée que nous avons passée ensemble pour fêter la création de l’association : c’est la première fois qu’il s’est mis à en parler ouvertement. » Et Françoise de manifester à son tour un sentiment d’admiration pour « ce couple-là, solidaire dans l’épreuve ».

Oublier l’épée de Damoclès, se projeter dans l’avenir

Au fil de l’entretien : la complémentarité des deux coéquipières saute décidément aux yeux. Par delà leurs traits communs – l’éducation familiale, la force de caractère, l’énergie – elles ont des différences qu’elles pointent pour mieux en rire. Françoise : « Heureusement que je suis là pour me soucier de la collecte des dons. Car Mélanie est d’un genre d’aventurière, qui ne s’attarde pas sur ce type de considération ! » La même : « C’est aussi pour cela que notre duo fonctionne : nous nous ressemblons sur le fond tout en ayant des différences qui se complètent ».
A les entendre, elles y sont déjà, sur les routes marocaines, voire à Marrakech même, impatientes de rencontrer les autres équipes mais aussi les populations locales, à commencer par les enfants auxquels elles comptent remettre des fournitures scolaires.
Parmi les autres moteurs de Mélanie, il y a cet espoir « tranquille » qu’elle cultive à l’égard des progrès de la médecine. « Ces dix dernières années, on a enregistré des avancées considérables. Jusqu’ici, une fois qu’elle se déclenchait, la maladie avait tendance à évoluer doucement, par phases. A l’heure d’aujourd’hui, on commence à être capable de l’empêcher de progresser. On a donc de bons espoirs dans la mise au point de traitements plus performants, dans les années à venir. »
Tout impliquée qu’elle soit dans l’aventure, Françoise insiste : « Ce projet, c’est d’abord celui de Mélanie. Il lui permet d’oublier un peu cette “ épée de Damoclès ” qu’elle a au-dessus de la tête. Naturellement, à travers cette aventure, j’ai bien conscience de m’engager moi-même pour une cause. Mais pourquoi m’en cacher, ce qui me motive d’abord, c’est d’entretenir chez Mélanie la possibilité de se projeter dans l’avenir. »

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Pour suivre les préparatif du rallye, consulter la page Facebook Framel Go : https://fr-fr.facebook.com/public/FraMel-Go

Au programme du Trophée Roses des Sables :

- rendez-vous à Biarritz (Sud-Ouest de la France) ;
- village départ (vérifications techniques et administratives) ;
- départ officiel et étape de liaison en Espagne ;
- fin de la liaison Espagne, rendez-vous à Algéciras pour le briefing et la remise du roadbook n1 ;
- passage bateau du détroit de Gibraltar, étape de liaison pour rejoindre le sud du Maroc et étalonnage des véhicules ;
- sept étapes dans le désert dont une étape de nuit, l’épreuve des dunes et la mythique étape marathon sur deux jours ;
- arrivée du rallye à Marrakech. Accueil des Roses par leurs familles, les amis et les sponsors, en présence des partenaires officiels du Trophée et des médias ;
-  journée libre et soirée de clôture, remise des prix à Marrakech ;
- passage bateau Maroc – Espagne, remontée des équipages.

2 commentaires à cet article
  1. Bouve

    Superbe article !!!
    Fred (soeur de Françoise)

  2. Sellier

    Merci beaucoup pour avoir couché sur le papier à la fois une belle aventure humaine qui se prépare pour une cause chère à nos yeux le soutien pour toutes les personnes atteintes de la sclérose en plaques. Merci Monsieur.

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