Météo SQY ou comment dessiner un futur au site trappiste de Météo France

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Le 29 octobre dernier, l’association Filia à l’origine de l’opération Météo SQY (pour Saint-Quentin-en-Yvelines) organisait une nouvelle visite du site de Météo France à Trappes, en vue d’y imaginer de futures activités conformes à sa vocation scientifique. Nous y étions.

A notre grand regret, nous n’avions pu assister à la première visite. Heureusement, il y avait une séance de rattrapage, ce 29 octobre 2015, à laquelle nous avons pu nous rendre. Depuis le temps que Christian Weisse et Patrick Pénicaud nous en parlaient, saisissant le moindre événement du PROTO204 auquel ils participaient, pour présenter leur projet ! Nous n’avons pas été déçu, car cette visite du site trappiste de Météo France (puisque c’est de cela qu’il s’agit) fut l’occasion de découvrir un lieu que nous ne connaissions pas, mais aussi une démarche originale engagée dans le cadre de l’opération Météo SQY pour lui dessiner un avenir conforme à son histoire et à sa vocation scientifique et technique.

Un site chargé d’histoire « stratosphérique »

Le lieu d’abord : situé à deux pas de la gare de Trappes, il recèle quelques 10 000 m2 de surface, répartis entre différents bâtiments, dont certains évoquent des halles Freyssinet en miniature (une halle, une vraie, avec son grand volume typique, se trouve d’ailleurs de l’autre coté de la voie ferrée), le tout au milieu de vastes pelouses. Un site chargé d’histoire, ensuite, comme le rappelle d’ailleurs une plaque déposée à deux pas de l’entrée par l’Association des anciens de la Météorologie en mémoire du physicien Pierre Idrac et du météorologiste Robert Bureau, et sur laquelle on peut lire que c’est ici qu’eut lieu « la première liaison en ondes courtes, le 8 mars 1927, entre un ballon et le sol » et qu’ « il en résultat deux ans plus tard la première radiosonde mondiale, qui ouvrait l’atmosphère aux météorologistes ».
Auparavant, le site avait été l’observatoire privé de météorologie dont s’était doté, en 1896, Léon Teisserenc de Bort (1855-1913), las du manque de moyens mis à sa disposition par le Bureau central météorologique où il officiait. C’est là que ce météorologue français débuta l’exploration verticale de l’atmosphère à l’aide de cerfs-volants puis de ballons-sondes : au total, ce sont plus de 1 200 ascensions qui furent réalisées, entre 1898 et 1906. Et c’est également là que Teisserenc de Bort fit une découverte capitale, celle de la « couche isotherme » plus tard nommée stratosphère. À sa mort, en 1913, il légua son observatoire à l’État. Site historique de la météorologie, classé à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, il abrite le service d’études instrumentales de Météo-France. Aujourd’hui, des ballons-sondes montent encore dans le ciel de Saint-Quentin-en-Yvelines. Mais suite au déménagement de Météo France à Toulouse, l’activité s’est considérablement réduite. Seuls 150 personnes y travaillent encore, les effectifs se réduisant à mesure des départs à la retraite. Un équipement en cours de construction – pour des lancements automatisés de ballons – et quelques bâtiments rafraîchis ne doivent pas faire illusion. A plus ou moins courte échéance, le site a vocation a accueillir d’autres activités.

10 000 m2 de surfaces de hangars et de bureaux

Vu les surfaces disponibles et leur emplacement à proximité du futur écoquartier en projet, à une demi heure de la Défense en RER et en bordure du corridor ferroviaire reliant Saint-Quentin-en-Yvelines au reste du campus de Paris-Saclay, on devine les convoitises. Sauf que Météo France est tenu de respecter les volontés de Léon Teisserenc de Bort et de ses héritiers, à savoir : maintenir la vocation scientifique et technique du site.
Ne serait ce que pour se décharger des charges de maintenance des locaux vacants, Météo France s’est donc dit disposé à étudier tout projet collectif viable d’occupation et d’animation innovantes du site dès lors qu’il serait conforme à cette vocation. Avec l’accord du directeur commercial marketing et de la communication de Météo France, Michel Assouline, l’association Filia a obtenu d’y disposer d’un local pour les deux années qui viennent et d’organiser des visites de façon à mobiliser toutes les parties intéressées : entreprises, start-up, fondations, bureaux d’étude, etc., l’enjeu étant de définir un projet tirant autant partie des ressources du site que de l’écosystème de Paris-Saclay dans lequel il s’insère.
A la visite du 29 octobre, pas moins d’une vingtaine de personnes ont répondu présent. Des personnes d’horizons très différents : Donna Enticott, qui participe au projet de Green Lab au PROTO204 et que nous avons eu l’occasion d’interviewer (pour accéder à l’entretien, cliquer ici) ; Ariane Leblanc, de l’association Objet(s) Public(s), qui réunit des étudiants d’un Master professionnel sur les « projets culturels dans l’espace public » ; Gilles Gambin et Virginie Vassil, de Sens plus ; Christian Breuil, ancien dirigeant du Campus des Métiers du social et médico-social, et désormais membre du Comité mondial pour les apprentissages tout au long de la vie ; Esther Dubois, également membre de ce comité et par ailleurs présidente de l’association Complex’cité ; Nicholas Leck, consultant en knowledge management ; Jérôme Lefebvre, un ancien de France Télécom devenu… menuisier ; Etienne Florentin, de l’Atelier International du Grand Paris, etc. Sans oublier Marie-Odile Monchicourt (oui, oui, la journaliste scientifique de Radio France), qui a participé, avec Claire Girard, également présente, à la création des Labos Origins (sur lesquels elle nous en dit plus dans l’entretien, à paraître, qu’elle nous a accordé).

Entre rêve, critique et réalisme

A l’issue de la visite, ces participants étaient invités à faire plus ample connaissance pour, ensuite, se livrer à une séance de « dreamstorming et formalisation experte » (selon les mots de Christian Weisse) dans la perspective du document qui sera remis aux « autorités décisionnaires » de Météo France et à son Ministère de tutelle (celui des Transports, en l’occurrence) et ce, d’ici la mi-décembre. Car tel est l’objet de ces visites, dans l’immédiat.
C’est dire si le temps presse. Or, même avec la meilleure volonté du monde, pas facile d’animer un collectif aussi riche et qui continue d’ailleurs à s’enrichir au fil des visites. Aussi, les premières propositions ont-elles portées sur les questions de méthode. Sans qu’on sache exactement comment, les échanges ont débouché sur la nécessité de… se revoir, dans le cadre d’un comité de pilotage. Une participante, Esther Dubois, a cependant pris soin d’alerter sur une autre nécessité : celle de rêver, assurément, en transformant les contraintes en opportunités, mais en gardant les pieds sur terre ! Et la même de partager une méthode qu’elle a vue à l’œuvre avec des résultats concrets. Elle consiste à se répartir les rôles entre « rêveurs » (qui auraient pour mission d’imaginer un futur au site sans se mettre de limites), les « réalistes » (qui prendraient au contraire en considération les handicaps et contraintes), enfin, les « critiques » (auxquels reviendraient la lourde tâche d’empêcher de… rêver en rond !).
Nul doute que les premiers – les rêveurs – auront matière à rêver : la superficie du site, son insertion dans l’écosystème de Paris-Saclay et donc la proximité des laboratoires, sont autant d’atouts. A quoi s’ajoute la mise à disposition à titre plus ou moins gracieux des mètres carrés : de quoi intéresser tout particulièrement des startuppers n’ayant pas les moyens d’intégrer un incubateur, ou ne demandant qu’à renouer avec l’esprit garage sinon hangar (le site n’en manque pas) des pionniers de la micro informatique. Des réalistes, il y en eut aussi au cours de cette réunion : ils ont mis en avant la pression foncière, les investissements à consentir pour rénover des bâtiments, etc. Quant aux « critiques », ils pourraient, comme cela a été fait, pointer l’existence d’amiante, l’état déplorable de hangars, la non accessibilité 24 h sur 24 du site (le site doit être libéré à 22 h, ce qui risque de restreindre la nature des activités…).
Cependant, l’opération Météo SQY ne part pas de rien. Ses initiateurs ont déjà identifié trois pôles d’activités : l’un tourné vers les « sciences et techniques », un autre vers « l’éducation et la formation tout au long de la vie », enfin, le troisième, vers l’« art et (la) culture ». Etant entendu que ces trois pôles n’auront de sens que s’ils s’hybrident, y compris dans la manière de concevoir leur modèle économique.
Aux dernières nouvelles, les discussions progressent bien, par e-mails, en attendant la tenu d’un comité de pilotage. Pour ceux qui regretterait d’avoir manqué les deux visites, qu’ils se rassurent : une troisième est programmée le 26 novembre, à partir de 15 h*.

Pour plus d’information sur Météo SQY, cliquer ici.

Un grand merci à Théo Baillet pour les photos illustrant cet article.

* Attention : depuis la mise en ligne de cet article, nous avons été informé de l’annulation de cette visite.

3 commentaires à cet article
  1. Giran

    Bravo les petits gars …Michel Giran

  2. Jérôme

    Bonsoir,
    Je me permets de rectifier les informations me concernant: je m’appelle Jérôme Lefèvre (sans b). Je travaillais dans le monde des réseaux et télécommunications (chez des équipementiers) mais pas chez France Télécom.
    Cordialement,
    Jérôme

  3. Allemand

    Pour ma part, je me permets de signaler que je vous avais proposé d’échanger à l’issue de cette réunion. Or, vous êtes parti sans prendre la peine de saluer.
    Une discussion aurait permis d’en savoir plus sur votre parcours et dissiper les éventuels malentendus (la manière de vous présenter pouvait laisser entendre une expérience chez France Télécom).

    Sylvain Allemand

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