Le secret d’un projet collaboratif ? Une envie de faire partagée. Entretien avec Philippe Watteau

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Suite de nos échos à la première édition du DigiHallDay à travers le témoignage du directeur du CEA List (à droite sur la photo), coorganisateur de l’événement.

- Si vous deviez pour commencer par rappeler l’enjeu de cette journée…

L’enjeu était d’importance : montrer que la valorisation de travaux de recherche académique peut, avec le concours de partenaires industriels, déboucher sur de l’innovation concrète, c’est-à-dire, à même de rencontrer son marché, de répondre aux besoins d’entreprises, petites et grandes. Les nombreux démonstrateurs qui ont été présentés l’ont été conjointement par des chercheurs et des ingénieurs ou entrepreneurs, qui ont ainsi montré qu’ils savaient travailler en bonne intelligence dans le double intérêt de la recherche académique et d’entreprises. Cette collaboration recherche – entreprise, j’insiste sur ce point, ne se limite pas aux grands groupes. De plus en plus de nos projets associent start-up et PME. Et il me semble que c’est cette communauté d’innovateurs aux profils variés, que la journée a réussi à rassembler.

- Je peux en témoigner pour avoir arpenté les allées de stands et échanger avec plusieurs exposants. Quels sont les ingrédients pour réussir ce dialogue entre des partenaires d’univers aussi différents ?

Le principal, c’est l’envie de faire ! Et de partager cette envie avec des partenaires d’autres milieux professionnels et disciplinaires que le sien. Pour un académique, c’est donc, une envie de faire aussi bien avec des ingénieurs que des startuppers. C’est tout l’intérêt d’un démonstrateur que de témoigner concrètement de ce qu’il peut advenir dès lors qu’on a envie de faire, de surcroît avec d’autres et ce, avec moins de difficulté qu’on ne le pense. Car dès lors qu’on est dans le faire, les a priori tombent. On est réuni autour d’un même projet et forcément on a envie qu’il réussisse, qu’on soit chercheur, ingénieur ou startupper.

- Ne faut-il pas du temps néanmoins pour apprendre la langue sinon le jargon de l’autre ?

Bien sûr ! Les partenaires ne venant pas des mêmes horizons disciplinaires et professionnels, il leur faut un certain temps pour apprendre à travailler ensemble. Mais les différences – de compétences, de savoir-faire,…- importent peu au final dès lors qu’il y a la sensation de participer à une même aventure. A bien des égards, un projet collaboratif, multipartenarial, s’apparente à un voyage, au sens où il est propice à la découverte d’autres « mondes » avec leurs cultures, leurs expertises,… Et c’est parce que chacun (chercheur, ingénieur, startupper,…) consent à cette découverte mutuelle, que l’innovation est au rendez-vous.

- Qu’est-ce que cela implique au plan de la méthode ?

Au début, l’équipe qui porte le projet sait où elle veut aller, mais sans connaître forcément le chemin qu’elle empruntera. Elle ne peut y arriver que si chacun accepte de s’adapter aux autres. Y compris au regard du mode de collaboration. L’équipe de recherche a toute latitude pour en inventer un, qui soit adapté à son projet. Ou bien en faisant équipe commune, au sein de l’organisme de recherche (actuellement, le CEA List abrite une équipe de Renault détachée auprès d’une de nos équipes de chercheurs). Ou bien en le faisant au sein du partenaire industriel (une autre de nos équipes travaille actuellement sur le site de Thales pour des recherches en analyse d’images). Ou encore en collaborant hors-les-murs, en organisant des rencontres régulières. A ce propos, nous en sommes venus à réfléchir à la création d’un tiers-lieu – un lieu aménagé ni chez nous ni chez un partenaire industriel, donc, mais qui n’en serait pas moins un lieu commun où des équipes multi-partenariales pourraient travailler. Je suis d’ailleurs déjà en mesure de vous informer que dans les prochains mois, ici même, à Nano-INNOV, nous en disposerons d’un, d’une surface de 2 500 m2.

- Comment gérez-vous la double exigence de confidentialité et d’ouverture sur l’extérieur requise par ces projets multi-partenariaux ?

Cette double exigence n’est pas problématique, du moins pour un organisme de recherche comme le CEA List, qui a pour lui un avantage compétitif : la culture de la confidentialité ! C’est dans nos gênes, au point que nous la cultivons sans avoir à en rajouter dans les mesures de sécurité, qui pourraient renvoyer une image de fermeture. Nous savons distinguer ce qui est partageable et communicable, de ce qui ne l’est pas. Au-delà de cette culture d’entreprise, il y a une stratégie : développer des technologies suffisamment génériques pour être appliquées à différents secteurs. Mais pour que ces technologies soient réellement génériques, il faut que nous en conservions la maîtrise scientifique (par la détention des brevets correspondants), pour mieux ensuite les customiser en fonction des besoins propres à tel ou tel secteur et client. Fort de cette maîtrise, il nous est possible d’opérer cette déclinaison, aussi naturellement que possible.

- Dans quelle mesure un écosystème comme Paris-Saclay est-il favorable à ce genre de démarche – des projets collaboratifs, multi-partenariaux, au service de l’innovation ?

L’écosystème de Paris-Saclay est particulièrement favorable, ne serait-ce qu’en offrant l’opportunité de pouvoir opérer cette découverte mutuelle que j’évoquais, aux travers de différents types de lieux, comme ceux que j’évoquais également.

 A lire aussi les entretiens avec Michel Morvan, nouveau président de l’IRT SystemX (pour y accéder, cliquer ici), Sonia Falourd, en charge des grands projets au sein du CEA List (cliquer ici), Nicky Williams et Gabriel Pedroza, ingénieurs-chercheurs au CEA List, qui présentaient le projet de « Navette autonome performante, sûre et sécurisée » expérimentée sur le site du CEA de Saclay (cliquer ici), Patrick Sayd, chef du laboratoire Vision & Ingénierie des Contenus, du CEA List (cliquer ici), Yann Briand et Benoît Legrand, respectivement chef du projet IVA (Information Voyageur Augmentée), à l’IRT SystemX et ingénieur au sein de la société SpirOps associée à ce projet (cliquer ici).

 

4 commentaires à cet article
  1. Ping : Paris-Saclay au regard de la Silicon Valley. Rencontre avec Michel Morvan | Paris-Saclay

  2. Ping : Le véhicule autonome en 2 et 3D. Entretien avec Patrick Sayd | Paris-Saclay

  3. Ping : Pas d’IA sans intelligence… humaine et collective. Entretien avec Sonia Falourd | Paris-Saclay

  4. Ping : De l’information voyageurs en mode IA. Rencontre avec Yann Briand et Benoît Legrand | Paris-Saclay

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