Le Plateau de Saclay vu de la vallée de l’Yvette

Photomontage des étudiants en mastère Amur, relatif au Plateau de Saclay et à la Vallée de l'Yvette…
Photomontage AMUR
Souvenez-vous : des étudiants du mastère Amur ont réalisé un diagnostic du sud Plateau de Saclay en mettant en évidence les multiples usages dont il est l’objet de la part de ses résidents comme des non résidents. Forts de ce premier travail, ils ont dans un second temps formulé des préconisations originales que nous présentons ici.

Face à des situations apparemment compliquées, il est toujours bon de faire un pas de côté, de décentrer le regard. C’est ce qu’on fait les étudiants du master Amur dans le cadre de leur étude du sud Plateau de Saclay. Plutôt que de se focaliser sur cette portion du territoire, ils l’ont abordé depuis la vallée de l’Yvette constituée par les communes de Gif-sur-Yvette, Bures-sur-Yvette, Orsay et Palaiseau. Et si son développement appelé à déboucher sur la constitution d’un cluster, s’appuyait précisément sur… sa vallée, celle de l’Yvette ? Telle est ainsi l’une des idées originales qu’ils préconisent au terme de leurs six mois d’études. La proposition peut paraître anodine pour celui qui ne connaît pas ce territoire. Elle vire à la révolution quasi-copernicienne pour ceux qui le vivent au quotidien !

Pour ce faire, ils se sont appuyés sur un premier diagnostic dont nous avons rendu compte ici. Pour mémoire, il a consisté à appréhender le territoire sous l’angle des pratiques des résidents mais aussi des non résidents qu’ils soient étudiants, chercheurs et autres actifs. Soit deux cinquièmes des « usagers du territoire ». Dans cette perspective, ils ont distingué jusqu’à trois « villes » qui coexistent sans vraiment dialoguer entre elles :

- la ville périurbaine : celle des résidents (quelque 77 000 personnes), dépendants de pôles extérieurs à leur territoire pour leur emploi comme pour leurs loisirs et leur consommation (soit le pôle CASQY-Versailles-Vélizy, le pôle d’activités de Courtebœuf, Massy-Antony etc. sans oublier Paris). Dépendants, ils le sont aussi de la voiture pour leurs déplacements de banlieue à banlieue et éventuellement à Paris en cas d’encombrement sur la ligne du RER B.

- la ville comme pôle d’attracteur : celle des usagers extérieurs, non résidents, autrement dit des étudiants, des chercheurs et autres actifs travaillant des les établissements d’enseignement supérieur, les laboratoires, les centres R&D ou les entreprises du coin. Une ville qui vit essentiellement la journée, fréquentée par quelque 83 000 personnes, auxquelles devraient s’ajouter à terme 10 000 étudiants et 30 000 actifs. Parce qu’elle est desservie par le RER, elle constitue une « porte d’entrée métropolitaine » pour les autres territoires essonniens connectés par un système de bus et de cars et les infrastructures routières. Quant aux attracteurs, ce sont les parcs d’activités, les campus (de l’Ecole polytechnique, de l’Université Paris-Sud,…). Extrêmement divers et à fort potentiel, ils ont cependant, estiment nos apprentis aménageurs, l’inconvénient d’être déconnectés entre eux.

- Enfin, la ville des scientifiques : celles des campus, des centres de R&D, des organismes de recherche publics (CNRS, CEA, INRA…)

Et donc des chercheurs, des enseignants-chercheurs, des étudiants et autres élèves des grandes écoles (à eux seuls 14% des usagers quotidiens, soit 15 200 personnes dont plus de 10 000 vivent à l’extérieur de la vallée). La plupart ne fréquente le territoire que le temps de leurs études (soit environ 3 ans), ce qui limite leur ancrage territorial. Ils n’en ont pas moins besoin d’aménités urbaines, de commerces, de lieux de restauration, de logement, accessibles (y compris financièrement !).

Trois villes donc, qui ne se parlent pas ou si peu :

- la ville périurbaine est d’abord celle des résidents, avec une surreprésentation de retraités. Si cette « ville » pourvoit bien les besoins en activité sportive, en petits commerces, voire en agriculture urbaine, en revanche, elle se révèle peu accueillante pour les étudiants qui outre les aménités urbaines n’y trouvent pas une offre de logements attractive (les loyers sont relativement élevés, dans le logement privatif en tout cas). Si « en observant finement la réalité, l’infrastructure de RER se révèle relativement poreuse » grâce à des franchissements réguliers, à travers des tunnels, elle est vécue comme une rupture et d’abord destinée aux populations extérieures. Les autres transports en commun sont calibrés pour les déplacements domicile-travail, pas pour les besoins des étudiants. Qu’on songe à l’escalier de la station du Guichet, censé conduire à l’Ecole polytechnique…

Nos cinq auteurs vont jusqu’à parler de « condition étudiante défaillante » (et en connaissance de cause : ils le sont encore ou redevenus le temps de leur mastère). Il y a bien le projet de campus de Paris-Saclay, mais il est encore perçu comme un projet de « ville nouvelle ». Un sentiment alimenté à tort par sa taille, qui tranche a priori avec les projets d’urbanisme portés par les communes, généralement de petites tailles. Et ce, en dépit «  des nombreux efforts [ de pédagogie ] déployés par l’EPPS » à travers notamment les réunions publiques. Inversement les acteurs du Plateau méconnaissent la vallée de l’Yvette où ils ne se rendent que pour accéder à des stations de la ligne de RER B.

- la ville en forme de pôle d’attracteurs. Pas plus que la précédente, elle n’est configurée pour améliorer la vie des résidents comme des non résidents. Nos étudiants s’attardent longuement sur ces stations de la ligne de RER B pour regretter qu’elles ne soient encore conçues que pour accueillir des flux de voyageurs. Elles ne sont pas aménagées pour assurer un minimum d’aménités qui pourraient pourtant rendre service à tous, aux non résidents comme aux résidents. Or, on l’a dit, le Plateau est appelé à drainer des populations supplémentaires d’étudiants, de chercheurs et d’autres salariés. A défaut de pouvoir les accueillir tous, les communes pourraient améliorer les aménités urbaines à leur profit, mais aussi à celui des leurs habitants actuels.

- la ville scientifique : si des relations fortes se nouent entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche au point de contraindre les enseignants chercheurs à plus de déplacements physiques, leurs campus sont peu ouverts sur l’extérieur. Ils disposent pour la plupart de parcs, patrimoines, mais dont les habitants de la vallée connaissent peu l’existence. Inversement, l’accès aux centres villes n’est pas simple pour les non résidents.

Tout cela forme un territoire particulier, dont le caractère périubain, disent nos auteurs, est « tempéré par l’existence de spécificités d’ordre métropolitain » (les attracteurs et la dominante scientifique). Ces trois villes sont pourtant dans la nécessité de dialoguer, de jouer la carte de la complémentarité pour mieux répondre aux besoins de leurs usagers présents et futurs. Mais, estiment-ils encore, cela suppose d’admettre que « le centre de gravité [ du territoire ] se déplace de fait du Sud-plateau vers la vallée, de sorte que celle-ci est amenée à devenir, au moins dans [ une période ] intermédiaire, un socle pour le projet du Sud-plateau.» De là leurs préconisations au nombre de trois :

- la redéfinition du périmètre du campus habité en prenant en compte ce qu’ils appellent le « campus vallée », soit le système de domaines et parcs qui y sont implantés. C’est d’autant plus indispensable, jugent-ils, que le déménagement d’une partie des activités de l’Université Paris-Sud vers le Sud-plateau ne sera pas sans conséquences pour la vallée elle-même. D’autres vocations sont à définir pour les emplacements ainsi libérés au risque sinon de laisser place à des friches. Poursuivant leur exposé, ils voient dans le domaine de l’Université de Paris-Sud, à cheval sur la Vallée et le Plateau, comme un espace charnière à valoriser en tant que tel, entre le Plateau et les centres-villes. Ce qui suppose de la part de celles-ci de mieux considérer les étudiants et leurs besoins en leur proposant une offre servicielle, culturelle et commerciale adaptée.

- la reconfiguration de la mobilité. Pour faire face à l’afflux supplémentaires, celle-ci doit être repensée de manière globale, en s’appuyant sur la ligne de RER B et de deux ses stations en particuliers, le Guichet et Orsay-Ville dont ils veulent améliorer le statut de hub par la mise en place de dessertes en bus améliorées, mais aussi de « catalyseurs de services ». Pour la première, ils vont jusqu’à imaginer un « bâtiment bi-face » répondant à la fois aux besoins de la ville périurbaine (services de proximité, médicaux, crèches, logements,…) et de la ville en projet (incubateurs, logements étudiants et temporaires, crèches interentreprises…). Pour la seconde, un rôle d’interface ville-campus affirmé.

Dans l’attente de l’aménagement de la ligne verte (prévue à échéance 2020-25), ils préconisent des solutions transitoires comme l’aménagement des stations de RER et notamment du Guichet et d’Orsay. Ne reculant devant aucune audace, ils vont encore jusqu’à promouvoir le principe d’un… téléphérique « reliant différentes entités de la vallée et du plateau » tout en permettant de mieux apprécier le paysage !

- la réinterprétation de la discontinuité liée aux infrastructures de transport, mais aussi à une intercommunalité encore peu affirmée en tout cas dans les domaines d’urbanisme et d’aménagement ou à l’éparpillement des campus et autres parcs d’organismes présents sur le territoire. Non qu’il faille combler les interstices. Au contraire. Pour nos étudiants, « il convient de retourner le regard sur ces espaces qui demeurent pour le moment sous évalués ou alors sanctuarisés de manière peu opportune, au regard des fortes potentialités qu’ils recèlent. » Une manière d’engager une réflexion sur le rôle des « espaces du vide » dans un espace périurbain continu, mais peu dense.

Leur stratégie l’équipe a eu l’occasion de les présenter à trois reprises. D’abord, à l’ENPC pour la validation de leur diplôme. Renseignement pris, le jury a apprécié ! Ensuite au personnel de l’EPPS, puis aux représentants des services techniques des communes concernées, de la Caps, et d’acteurs institutionnels (CEA, université, l’IAUE des Yvelines…). « Le projet de téléphérique, confie Isabelle, a fait beaucoup réagir ! Pourtant, nous n’avions rien inventé. Il avait déjà été proposé par le passé. Malheureusement, les discussions ont été parasitées par les défis techniques. Pourtant, ils seraient facile à surmonter. »

Et après ? Nos cinq étudiants, désormais titulaires de leur mastère, se sont mis en quête d’un emploi, en France voire à l’étranger, pour l’un d’eux (Philippe).

Et le Plateau de Saclay, quel souvenir en garderont-ils ? Tous l’ont découvert à l’occasion de leur stage à l’EPPS, hormis Emmanuel qui y a des attaches familiales. Tous disent l’avoir apprécié. De là à y vivre, rien n’est moins sûr. A cause des transports, plaident-ils. Et puis parce qu’ils sont curieux de découvrir d’autres régions sans exclure toutefois de faire référence au Plateau de Saclay et sa Vallée de l’Yvette. Car aussi spécifique soit-il, ce territoire est riche d’enseignements pour des aménageurs soucieux de parvenir à un juste équilibre entre cadre de vie et attractivité.

Les deux photos qui illustrent cet article sont des photomontages des étudiants en mastère Amur, issus de leur rapport d’étude.

BIO EXPRESS

• Pierre-Jean Bauley : diplômé en démographie et en aménagement du territoire, il a une expérience professionnelle dans un bureau d’études. Il a fait le choix de rejoindre le Mastère Amur pour, dit-il, « pouvoir également évoluer sur des apects plus programmatiques et stratégiques ».

• Isabelle Cessot : ingénieur agronome de formation, avec une spécialisation en aménagement du territoire qui traitait des problématiques agricoles en milieu périurbain. Après avoir accompagné plusieurs projets dans le cadre du Scot de l’agglomération de Montpellier, en 2005-6, elle a travaillé dans des organismes dédiés à l’agriculture dans l’Hérault, puis à la Réunion. Ce qui l’intéresse, dit-elle, « c’est les territoires de la seconde couronne et le périurbain ». A terme, elle aspire à travailler du côté des études.

• Jean-Philippe Monéton : après deux ans d’études en génie civil, spécialisées en conduite de travaux, à l’IUT de Marne-la-Vallée, il a poursuivi une formation d’ingénieur avec, cette fois, une spécialité en aménagement du territoire et urbanisme, au cours de laquelle il a réalisé deux stages. Un premier de quatre mois, sur l’Ile de Noirmoutier (en 2010) autour d’une étude de faisabilité d’un programme de développement des infrastructures portuaires. Un second, l’année suivante, de fin d’études (5 mois), à Détroit (Etats-Unis), consistant en des missions d’aménagement urbain et de développement local.

• Sun Hee Moon : Sud-Coréenne, installée en France depuis près de trois ans, elle est architecte de formation (avec à son actif un stage au sein de l’Atelier Jean Nouvel et une autre expérience en bureau d’études). Elle a intégré le Mastère avec le souhait de traiter de l’urbain et de mêler les approches européennes et artistiques.

• Emmanuel Villoutreix : architecte de formation, diplômé de l’Ecole de Paris-Belleville, il a obtenu son HMO NP (habilitation de maîtrise d’œuvre en son nom propre). Après une première expérience professionnelle, deux motivations l’ont amenées à s’inscrire au Mastère Amur. « D’une part, j’avais besoin d’aborder les projets d’architecture plus en amont. D’autre part, j’ai passé mon diplôme d’architecture en 2010, soit à peu près l’époque de la fin de la consultation du Grand Paris. Il avait été question des métropoles, une échelle qui m’intéressait tout particulièrement.»

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>