Le Meetic de l’innovation… Entretien avec Jean-Claude Chabin

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Le 8 février dernier, se déroulait la 12e édition de Techinnov, une journée dédiée au business et à l’innovation, organisée par la CCI de l’Essonne. En voici un premier écho à travers le témoignage de son président-fondateur.

 - Vous avez fondé Techinnov il y a douze ans. Comment le concept s’est-il imposé à vous ?

A l’époque, j’étais vice-président de la CCI de l’Essonne, en charge de l’industrie. Nous sortions d’expériences un peu malheureuses en matière de salons professionnels. L’un d’eux se déroulait au Grand Dôme de Villebon-sur-Yvette. Il y avait peu d’exposants et peu de visiteurs… Nous étions au milieu des années 2000 et, déjà, le concept de ce genre de manifestation s’essoufflait. Leur réussite était tributaire de la conjoncture économique. Nous avons donc réfléchi à une autre formule. C’est ainsi qu’a germé l’idée d’une convention d’affaires tournée vers l’innovation technologique, autour de deux thématiques, l’une business, pour mettre en contact donneurs d’ordre et preneurs d’ordre, l’autre tournée vers la création de jeunes entreprises (on parlait déjà de jeunes pousses), qui cherchaient un premier financement. Concrètement, nous leur offrions la possibilité d’intervenir devant un parterre d’investisseurs ou d’autres partenaires potentiels.

- Avec déjà des rendez-vous programmés ?

Oui, et c’était d’ailleurs l’une des valeurs ajoutées de Techinnov. Les rendez-vous étaient pré-programmées de façon à ce que les mises en relation soient qualifiées et à optimiser ainsi le temps de présence des participants. Si des conventions d’affaires permettaient déjà à de grands comptes de rencontrer des fournisseurs, nous, nous offrions aussi la possibilité à un chef de PME ou à un startupper de rencontrer de grands comptes, mais aussi des financeurs ou encore des laboratoires. Un invité de marque de Techinnov, qui était à l’époque ministre de l’Industrie, avait parlé de notre événement comme d’un Meetic des entreprises. C’était bien vu, même si, nous, nous nous qualifierions plutôt de Meetic de l’innovation !

- Comment procédez-vous concrètement ?

Dès le début, nous avons eu recours à une plateforme internet, qui s’est considérablement sophistiquée depuis, et sur laquelle les participants indiquent avec qui ils souhaiteraient discuter. Le jour J, chacun d’eux se voit ensuite remettre, en même temps que son badge, un planning de rdv, de 20 mn chacun. Ce qui signifie donc que certains peuvent en avoir bien plus.

- Le succès a-t-il été rapidement au rdv ?

Oui et pas seulement parce que les droits d’entrée étaient délibérément bas. Manifestement, nous répondions à un vrai besoin. L’affluence n’a eu de cesse de progresser. Seules les capacités d’accueil restreignent le nombre de participants. Pour cette édition 2018, nous avions reçu pas moins de 40 000 demandes de rdv. Nous n’avons pu en organiser physiquement que de l’ordre de 11 500 – ce qui est déjà beaucoup – pour quelques 1 600 participants représentant 926 structures. Soit plus de 12 rdv en moyenne, cette année, pour chaque structure participante.

- Quel est le profil des participants ?

Cette année, nous avons accueilli pas moins de 330 PME, 170 donneurs d’ordre, 230 start-up, 74 structures de recherche publiques ou privées, 47 investisseurs-risqueurs et 75 structures partenaires. Une diversité de parties prenantes, que nous cultivons à dessein, convaincus que nous sommes que c’est la meilleure façon de susciter des courants d’affaire.

- Ne vous sentez-vous pas un peu à l’étroit, ici, au Terminal d’Orly-Sud ?

Si, et quand bien même la proximité contribue aussi à créer cette atmosphère d’affaires. Il est clair que si nous avions plus de place, nous pourrions accueillir plus de participants. ADP a évoqué la possibilité de mettre à disposition plus d’espace, après la restauration de la Terrasse d’Orly-Sud.

- Techinnov est dédié à l’innovation technologique. Veillez-vous vous-mêmes à innover ?

Et les lauréates sont..

Electric Loading, pour ses bornes de recharge pour véhicules (catégorie Automative) ; Galanck, pour ses sacs à dos intelligent pour la mobilité (catégorie IoT) ; Eikosim, pour son intégration des essais dans les simulations numériques (catégorie Deeptech) ; Daumet, pour son alliage d’or innovant (catégorie Luxe et Retail).

Oui, chaque année, nous essayons d’en repenser le modèle, y compris au plan économique, pour ne serait-ce qu’en alléger la charge pour la CCI Essonne, organisatrice de l’événement, alors que ses moyens sont, comme les autres CCI, réduits chaque année par les pouvoirs publics… Depuis sa création, Techinnov s’est déclinée en pas moins de six conventions d’affaires et cinq villages thématiques, permettant de couvrir un large spectre de domaines de l’innovation technologique. L’an passé, nous avons, à la demande de nos partenaires donneurs d’ordre, institué un autre RDV, le Start-up Challenge. Le principe : permettre à de jeunes pousses de pitcher devant un parterre de grands comptes, d’investisseurs et de représentants du monde de la recherche – elles ont pour cela quatre mn, avant de prolonger par des échanges plus informels. Au total, une trentaine de start-up ont été pré-sélectionnées et réparties en quatre catégories (qui changent d’une année sur l’autre), parrainées chacune par un grand groupe. Pour cette édition 2018, nous avions choisi l’Automative (parrainée par PSA Groupe), les objets connectés (par Ericsson), la Deeptech (par le réseau des SATT), le Luxe et Retail (par Carats). Précisons qu’une start-up est distinguée dans chacune des catégories (voir encadré).

- Un mot sur l’environnement dans lequel s’insère Techinnov. Il y a douze ans, on ne parlait pas encore de Paris-Saclay…

Non, effectivement. J’ajoute que Techinnov avait et a encore vocation à rayonner sur un territoire qui déborde largement l’actuel périmètre de l’OIN Paris-Saclay. Au début, nous avons conçu le projet avec le soutien des CCI et des Conseils généraux de l’Essonne et du Val-de-Marne. C’est d’ailleurs pourquoi nous avions fait le choix d’organiser Techinnov à l’aéroport d’Orly, qui, en plus d’être accessible des quatre coins de France et de l’étranger, était à la jonction des deux départements. Cela dit, très vite, nous nous sommes employés à couvrir ce qu’on appelait le croissant sud de l’innovation, courant de Créteil à Saint-Quentin, en passant par Evry (où est implanté le Genopole), le Plateau de Saclay, le Parc d’activités de Courtabœuf… Un élargissement qui fut davantage porté par la dynamique propre à Techinnov que par une volonté politique de favoriser un territoire en particulier. Aujourd’hui, nous avons beau être encore à Orly, dans le sud de Paris, nos participants viennent pour les deux tiers de l’Ile-de-France (avec une légère surreprésentation de Paris et des deux départements « historiques »), et pour un tiers du reste de la France sinon de l’étranger. Un rapport que nous nous efforçons de maintenir dans notre sélection des demandes d’inscription.

- Aujourd’hui, Techinnov n’en contribue pas moins à la dynamique de Paris-Saclay et vice versa…

Suite à création de l’OIN de Paris-Saclay, Techinnov a été naturellement un interlocuteur des acteurs en charge de son développement. L’EPA Paris-Saclay compte depuis plusieurs années parmi nos partenaires premiums. Pour autant, Techinnov n’en conserve pas moins la vocation à être un événement de portée francilienne et même nationale.

- Dans quelle mesure vos participants n’en considèrent-ils pas moins Techinnov comme une porte d’entrée dans l’écosystème Paris-Saclay ?

Aujourd’hui, Paris-Saclay, c’est d’abord un campus constitué d’universités, de grandes écoles et de centres de recherche. Une caractéristique qui nous a d’ailleurs incités à créer une convention spécifique R&D, de façon à permettre aux laboratoires de recherche aussi bien publics que privés, d’accéder à des interlocuteurs qu’ils n’ont pas forcément l’habitude de côtoyer – je pense aux startuppers et aux responsables de PME. Reste que le développement économique et industriel de Paris-Saclay n’est pas encore acquis. L’écosystème a certes tout pour y parvenir. Mais pour qu’un pôle économique émerge, il faut plusieurs conditions : des capacités de recherche (Paris-Saclay n’en manque pas), des réserves foncières (il n’en manque pas non plus), des lieux d’habitation (de ce point de vue, il faut encore faire des efforts), enfin, des moyens de transport (des personnes, des biens et de l’information), qui soient à la hauteur. Ce qui est loin d’être le cas…

- Faut-il entendre dans vos propos une défense et illustration de la ligne 18 du Grand Paris Express ?

 Oui, bien sûr ! Et soyons-en assuré : une fois que cette ligne sera construite, il n’y a aucun doute quant à la possibilité pour Paris-Saclay de connaître un développement économique (une nécessité si on veut créer des emplois) à la hauteur de ses ambitions.

 A lire aussi les entretiens avec Bruno Malecamp, Commissaire général de Techinnov (pour y accéder, cliquer ici) et Frédéric Devaivre, chef de projet de la CCI Essonne, en charge du Start-up Challenge (cliquer ici).

 Crédit photo : CCI Essonne.

 

2 commentaires à cet article
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  2. Ping : Start-up Challenge : essai transformé. Rencontre avec Frédéric Devaivre | Paris-Saclay

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