« Le design n’a de sens que s’il est partagé avec d’autres. » Rencontre avec Guillaume Foissac

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Suite de nos échos à l’exposition Observeur du Design, qu’EDF Lab Paris-Saclay avait accueillie au cours du mois de septembre, à travers le témoignage de Guillaume Foissac, initiateur et responsable du Design Lab I²R créé au sein d’EDF R&D Innovation HUB, sur le site des Renardières (Fontainebleau). Il explique l’apport du design au sein de la R&D.

- Si vous deviez pitcher le Design Lab de la R&D…

Le Design Lab a été créé en 2013. Il propose, au sein de la R&D d’EDF, une approche significativement nouvelle et néanmoins complémentaire, consistant, grâce au concours de designers, à placer l’usager au point de départ des processus d’innovation. Ce faisant, en remontant de l’usager et de ses besoins jusqu’à des questions de faisabilité technique, elle nous place devant des défis technologiques qui, loin d’être considérés comme des problèmes, nous incitent à innover, en privilégiant des pistes qui font sens pour le groupe EDF.

- La culture design est-elle désormais bien intégrée par la R&D d’un grand groupe comme le vôtre ?

Le Design Lab est encore jeune, mais l’activité design au sein de la R&D remonte à bien plus longtemps que sa création. Elle s’est développée progressivement, en tenant compte de l’historique et de la culture des ingénieurs d’EDF. Le Design Lab n’a donc pas été créé du jour au lendemain avec des designers recrutés à l’extérieur. Il a pu voir le jour à partir d’une succession de projets, menés en contact direct avec des ingénieurs et des chercheurs, et dont les résultats ont été jugés suffisamment probants pour poursuivre l’ouverture sur le design… Bref, celui-ci avait fait suffisamment la preuve de son intérêt pour que le besoin se fasse sentir de franchir une étape supplémentaire avec la création d’une structure comme le Design Lab.

- Une démarche itérative en somme…

… Itérative et relationnelle au sens où ce sont les échanges avec les chercheurs et ingénieurs, mais aussi les techniciens, qui, par la relation de confiance qu’ils ont instaurée, ont permis à l’idée d’un laboratoire dédié de prendre corps. Pour le dire autrement, le Design Lab n’est pas né de l’idée de transposer une expérience qui aurait été observée ailleurs. Il découle de cet écosystème qui s’était constitué en interne entre des personnes d’horizons professionnels différents, qui ont appris à travailler avec des designers et continuent à le faire, quotidiennement.

- Pouvez-vous donner un exemple d’apport de votre approche design au sein de la R&D d’EDF ?

Parmi les multiples exemples que je pourrais citer et que j’ai évoqués lors de mon intervention de ce matin, je mettrais en avant les propositions formulées dans la perspective de ce qu’il est convenu d’appeler la « smart home ». La tentation est grande en la matière de vouloir remplacer les équipements électroménagers classiques par des objets connectés. A rebours de cette tendance, coûteuse pour un ménage, nous opposons une approche Low Tech, qui consiste à rendre plus intelligents les équipements existants, en greffant des capteurs et d’autres technologies abordables, de façon à permettre aux usagers de conserver des équipements encore en état de marche, tout en permettant de les piloter mieux, à distance, et ce faisant de les rendre plus économes en énergie. Nous avons poussé le raisonnement jusqu’à rendre l’usager autonome au sens où c’est lui qui peut intégrer tout le nécessaire au pilotage, sans besoin de faire intervenir un installateur. Accessible au plus grand nombre, notre solution se révèle aussi favorable à l’environnement : en plus de réduire la consommation d’énergie, elle limite les flux en tous genres que ce soit ceux liés aux remplacements d’équipements ou ceux liés à l’intervention de personnes extérieures, avec toutes les émissions de CO2 que cela peut induire. Dit autrement, on préserve un parc existant tout en en améliorant l’efficacité énergétique.

- Vous avez parlé de Low Tech. Au cours de votre intervention, vous aviez évoqué la frugalité…

C’est effectivement une notion clé. De manière générale, elle consiste à satisfaire les besoins d’un plus grand nombre de personnes en assumant, selon une des formules qui sert à la définir, 75% d’une fonction pour 25% du coût normal. C’est dire si elle implique des ruptures fortes tant au plan du modèle économique que des solutions technologiques.
Elle nous inspire particulièrement dans nos réflexions sur la précarité énergétique, qui, par définition, concerne des ménages rencontrant des difficultés financières.  Concrètement, nous avons conçu un éco-thermomètre à cristaux liquides, très peu couteux à fabriquer (moins de six centimes d’euro) et, donc, à diffuser. Il permet d’avoir une connaissance fiable de la température qui règne dans son espace domestique. C’est un exemple concret de rencontre entre la Recherche et le Design : tandis que la première assure le sourcing technologique, le second a permis notamment d’identifier l’emplacement le plus approprié pour garantir une température correspondant bien au sentiment de confort des personnes.

- On mesure en vous écoutant à quel point le design tel qu’il est promu dans un laboratoire comme le vôtre est à des années lumière de la vision ordinaire qu’on peut en avoir au sens où il amène à traiter d’enjeux sociétaux et pas seulement industriels…

Oui, et cela explique sans doute l’intérêt croissant qu’on perçoit pour le design. Au-delà de celui manifesté par de grandes entreprises, on assiste à un mouvement de fond consistant à placer les questionnements du design au cœur de la R&D. Cela me paraît évident dans le cadre d’un écosystème comme Paris-Saclay où le design est de plus en plus présent. Les designers ne sont pas en reste, en manifestant un intérêt pour une collaboration plus étroite avec des chercheurs et des ingénieurs. Et cela n’ira qu’en se renforçant avec l’ouverture prochaine d’un Design Center au sein du CEA de Saclay, qui va permettre de favoriser encore plus les rencontres des professionnels de différentes cultures. Les entreprises ne sont pas en reste non plus : ici comme ailleurs, elles se dotent d’équipes design intégrées. Et au-delà des entreprises comme des établissements de recherche, on perçoit une émulation des compétences. C’est dire si le design est appelé à être toujours un peu plus présent. Ce dont je ne peux que me réjouir.

- Ce dont témoigne aussi l’organisation, ici même à EDF Lab Paris-Saclay, de l’exposition itinérante de l’Observateur du Design. Une première…

Oui et cela ne peut que contribuer à l’acculturation d’un large spectre d’acteurs de l’innovation : les personnes présentes à l’occasion de l’inauguration sont loin d’être toutes issues du monde du design. Cette exposition est aussi une manière pour EDF Lab Paris-Saclay de faire partager son intérêt pour le design aux autres acteurs de l’écosystème de Paris-Saclay dont il fait partie et d’apporter ainsi sa pierre à l’édifice. Comme vous l’avez compris, nous ne sommes pas dans une simple opération de communication : il s’agit d’exprimer notre conviction quant à l’intérêt du design avec l’espoir que d’autres s’en convainquent, non sans ouvrir de nouvelles perspectives de collaboration. Car le design n’a de sens que s’il est partagé avec d’autres. D’ailleurs, l’exposition ne met en avant que deux propositions issues de notre R&D, sur les dizaines et dizaines qu’elle donne à voir. Notre propos n’est pas de prétendre être les meilleurs. Le design ne se conçoit pas sans les autres. En cela, c’est une école de l’humilité.

A lire aussi les entretiens avec Jean-Louis Frechin, designer et architecte, directeur de l’agence Nodesign.net (pour y accéder, cliquer ici) ; Olaf Maxant, délégué innovation adjoint à EDF Lab (cliquer ici) et Gilles Rougon, Collective Innovation Catalyst au sein d’EDF (cliquer ici).

4 commentaires à cet article
  1. Ping : Un designer radical. Entretien avec Jean-Louis Frechin | Paris-Saclay

  2. Ping : Innovation : la plus-value des designers. Entretien avec Gilles Rougon | Paris-Saclay

  3. Ping : Design et R&D, un dialogue fructueux. Entretien avec Olaf Maxant | Paris-Saclay

  4. Ping : Exposition Observeur du design 2017 à l’EDF Lab, jusqu’au 29 septembre | Paris-Saclay

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