L’architecture au service d’une pédagogie d’avant-garde (2e partie)

Vue d'intérieur du Cnef
Vue d'intérieur du Cnef
Suite de l’histoire du CNEF avec Guy Grimard qui a œuvré à la requalification du lieu, au début des années 80. Il explique comment la configuration initiale a survécu à l’installation du centre de formation de la police nationale.

Pour se reporter à la première partie de cette série en trois volets, cliquez ici.

- Comment vous êtes-vous retrouvé à prendre part à la construction de l’ex-Point F ?

Alain Lemétais et moi faisons partie d’une famille d’architectes et constructeurs. Bref, j’ai baigné depuis toujours dans ce milieu. Au moment où Alain créait l’IRISS, je terminais mes études. J’y travaillais ponctuellement avant de l’intégrer définitivement et d’y faire l’essentiel de ma carrière. Entretemps, l’IRISS est devenu l’EPSA dont je suis devenu gérant. C’est moi qui, à partir des années 80, y ai introduit l’informatique.

- C’est à vous aussi qu’est revenu le soin de restructurer le lieu. Comment avez-vous appréhendé cette commande ?

Nous avions l’avantage de connaître le lieu ! Il nous fallait cependant comprendre les attentes du commanditaire, en l’occurrence le Ministère de l’Intérieur, qui envisageait des formations de haut niveau pour ses commissaires. Leur durée devait être plus courte que celle du Point F (de 1 à 2 mois). Le ministère souhaitait aussi des capacités d’hébergement plus importantes avec des logements plus spacieux.

Ce même ministère donnait cependant l’impression de marcher sur des œufs. Et pour cause : envoyer des représentants de la Police se former sur le quartier du Moulon au milieu des étudiants, ce n’était pas évident !

De surcroît l’établissement avait été dans un premier temps baptisé le CNFP (Centre National de Formation de la Police). C’est, comme vous le savez, devenu le CNEF (qui évite le mot police).

- Cette requalification s’est-elle faite aussi rapidement que la conception initiale du site ?

Non, nous avons été sur des rythmes moins rapides. Le dossier avait été lancé en 1983, sous Pierre Joxe. Puis est intervenue, en 1986, la cohabitation avec l’arrivée de Pasqua/Pandraud au Ministère de l’Intérieur. Mais le projet de requalification n’a pas été remis en cause.

- Il y eut auparavant le deuxième choc pétrolier…

En effet. Nous avons donc refait entièrement la chaufferie et changé les systèmes de chauffage. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire que l’isolation des bâtiments est encore loin d’être satisfaisante. Il était compliqué de changer les menuiseries extérieures avec du double vitrage. Nous avons cependant refait toutes les toitures avec un meilleur coefficient, en recourant à un complexe isolant de meilleure qualité. Force est aussi de constater que les différentes  couleurs de la toiture ont mal vieilli. Elles sont de surcroît dissimulées sous les arbres qui, depuis, ont grandi !

- Quelles sont les principales modifications apportées ?

Nous avons apporté des modifications dans le hall mais à la marge. En revanche, nous avons dû revoir la salle de spectacle, modulable devenue une salle d’examen. Nous avons dû aussi moderniser les réseaux informatiques et vidéo.

La modification la plus importante concerne l’unité qui avait été détruite suite à l’incendie. Nous l’avons refaite avec des salles plus grandes pour permettre d’y accueillir des formations internationales, dédiées à l’Espace Schengen. En ce qui concerne l’hébergement, nous avons construit une centaine de chambres supplémentaires.

- La configuration initiale se prêtait-elle au modèle pédagogique de la Police ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, elle n’a pas fondamentalement changé, malgré les interventions que je viens d’évoquer. Nous n’avons eu aucune cloison à abattre. Au final, le bâtiment a connu une seconde jeunesse.

 - A vous entendre, les transformations ont plus concerné l’intérieur que l’extérieur…

Oui, et la priorité a d’ailleurs toujours été donnée à l’intérieur des locaux. Dans la conception initiale comme dans le travail de requalification, la démarche a consisté à partir d’une situation pédagogique, de l’individu, à favoriser l’ambiance, les formes. La façade n’est dans notre esprit que la résultante des fonctions internes, fidèle aux principes de base évoqués par Alain.

Si on devait de nouveau réhabiliter le lieu, on ne toucherait pas à l’intérieur, en mettant par exemple des cloisons supplémentaires, au risque sinon de diminuer les surfaces, de limiter les possibilités de rencontre et d’échange. En revanche l’extérieur appellerait d’autres choix. Les matériaux n’ont pas toujours aussi bien vieilli qu’on le souhaitait. L’enduit est à l’évidence fatigué. Rien n’empêche cependant de modifier la coque de l’ensemble. En bref, on change le costume, pas le corps.

- Comment le nouveau personnel et les stagiaires se sont-ils approprié le lieu ?

Le ministère avait fait le choix de conserver une partie de l’ancien personnel du Point F, les responsables des services techniques et logistiques, ce qui a facilité l’appropriation du lieu par les nouvelles équipes pédagogiques. En revanche, le bar qui se trouvait au sous-sol a été fermé. Seul celui du hall a été maintenu. Résultat : l’ambiance n’était plus tout à fait la même…

Cependant, le CNEF a bénéficié d’une population peu encline à dégrader les lieux ! Aucun tag à déplorer !  Si on avait eu des publics différents, peut-être que le bâtiment aurait évolué autrement. Mais la discipline n’explique pas tout. Plusieurs policiers en stage nous l’ont dit : « On n’a pas envie d’agir contre ce bâtiment. Il ne nous a rien fait ! » Bref, ils semblent l’avoir adopté, et au final durant 30 ans.

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