La bienveillance, un prérequis de la performance. Entretien avec Nicolas Dortindeguey

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Suite de nos échos au séminaire du WAWlab organisé le 11 juillet dernier à l’EDF Lab, à travers, cette fois, le témoignage d’un autre cofondateur de ce laboratoire du bien-être au travail de Paris-Saclay.

- Comment l’idée de bienveillance s’est-elle imposée à vous ?

Comme chaque année, nous avions beaucoup discuté entre nous – Thierry, Fatima et les autres personnes impliquées dans le WAWlab – dans le cadre de nos ateliers pour définir un thème. Celui de la bienveillance s’est très vite imposé. Il est vrai qu’on en parle beaucoup en ce moment. Un mouvement politique en a même fait une marque de fabrique (sourire) ! Pour autant, nous n’avons pas le sentiment d’avoir juste été dans l’air du temps : la bienveillance entrait bien dans l’esprit de notre démarche, consistant à explorer des contributions au bien-être au travail comme les méthodes appréciatives (thème de l’édition 2015) ou la mindfulness (édition 2016). Force est de constater qu’elle entre en résonance dans de nombreux milieux. Le programme de cette journée en a d’ailleurs fourni une nouvelle illustration : la bienveillance est un terme qui met d’emblée les gens d’accord. Comme l’a fait justement remarquer un intervenant, le simple fait d’en poser le principe permet de désamorcer des tensions voire des conflits. Tout d’un coup, des pistes possibles de convergence s’ouvrent aux interlocuteurs.

- Au terme de cette journée, quels enseignements mettriez-vous en avant ?

Du point de vue du WAWlab, ce séminaire marque indéniablement l’année de la maturité et de la reconnaissance. Cette année, nous avons bénéficié du soutien de la Communauté de Paris-Saclay et de la CCI de l’Essonne. Ce qui nous conforte dans notre souci de bien nous ancrer dans le territoire de Paris-Saclay. Par ailleurs, nos relais dans le monde de l’entreprise se sont étoffés, avec une présence et implication accrue de PME. Aux fidèles, qui nous suivent d’année en année, se sont ajoutés de nouveaux visages…

- Y compris extérieurs à l’écosystème de Paris-Saclay : beaucoup d’intervenants ou de simples participants sont venus de Paris…

Nous avons même fait venir un intervenant de Lille, en la personne de Vincent Ventenat, de Décathlon Alive.J’ajoute que plusieurs des intervenants étaient des personnes que nous ne connaissons pas nécessairement avant de les solliciter. C’est que nous fonctionnons aussi beaucoup à l’instinct dans l’élaboration du programme. Leur nom a été suggéré soit par Fatima, soit par Thierry, soit par moi ou un autre membre, mais sans que nous les connaissions forcément plus que cela. Nous assumons de prendre ce risque. C’est la meilleure façon de se laisser surprendre, et le public avec. Une prise de risque somme toute mesurée et qui a été récompensée : les intervenants étaient tous plus intéressants les uns que les autres.

- Et quelle conclusion tirez-vous du séminaire concernant la bienveillance elle-même ? Des intervenants ont pointé la nécessité d’une certaine vigilance. De la bienveillance, oui, ont-ils dit en substance, mais avec « discipline », car, après tout, nous restons dans des organisations de travail…

[Il marque un temps de réflexion] Que dire à cela ? Pour ma part, je persiste à penser que la bienveillance n’en reste pas moins un prérequis. Quelqu’un en parlait d’ailleurs, à juste titre selon moi, comme un des socles fondateurs des relations humaines. Et cela reste vrai quand ces relations sont professionnelles. On dira ce qu’on voudra, mais la qualité d’un travail dépend beaucoup de celle de nos relations aux autres. D’aucuns considèrent que, pour une entreprise, ce qui prime, c’est la performance. A quoi je réponds bien sûr, mais que cela ne vient qu’après. On ne peut parvenir à de la performance, du moins dans la durée, en l’absence de toute bienveillance. Une personne sera d’autant plus performante qu’on prendra la peine de reconnaître la qualité de son travail. De par cette prise en compte de l’humain, une entreprise produit bien plus que des biens et des services : elle produit de la valeur sociale au sens où elle rejaillit en dehors d’elle-même.

- A travers des « externalités positives » ?

Oui, exactement. Par son activité, une entreprise impacte son environnement – ne serait-ce que par les émissions de GES induites par son activité – mais aussi la société – par la manière dont elle gère ses ressources humaines. Des personnes qui se sentent mal dans leur travail, se sentent mal en dehors, ce qui peut se traduire par des pathologies dont la société doit assumer la prise en charge. Inversement, une entreprise qui se préoccupe du bien-être de ses ressources humaines produit des effets positifs qui rejaillissent sur le reste de la collectivité. La bienveillance y contribue à sa façon et je ne pense pas qu’il y en ait jamais trop. C’est une manière d’être à l’égard d’autrui qui me semble être encore le minimum de ce qu’on peut attendre de ses collègues.

- Mais le choix de consacrer votre séminaire à cette thématique est-il né du sentiment qu’il y a besoin d’en parler en général ou ici-même à Paris-Saclay ? Autre manière de poser la question : faut-il parler de bienveillance ici, à Paris-Saclay, parce qu’il y aurait urgence à le faire ou, au contraire, parce que l’écosystème se révèle exemplaire à cet égard ?

La bienveillance est indéniablement là, à Paris-Saclay. La force de cet écosystème est de favoriser le décloisonnement, des formes plus horizontales de management, de coopération en interne comme en externe. Il incite à l’ouverture d’esprit, à reconnaître le fait de ne pas tout savoir, de se risquer aux savoirs ou aux compétences des autres. Autant de choses qui inclinent à la bienveillance. J’ajoute que cet écosystème est jeune – il suffit de voir tous ces bâtiments qui sortent de terre. En cela, il est au diapason de ce renouvellement de la classe politique auquel on a assisté et qu’on peut considérer comme quelque chose de positif, de quelque bord qu’on soit. D’autant que ce renouvellement n’est pas le fruit du hasard, mais de la montée de nouvelles valeurs, à commencer par celle de la bienveillance, justement. J’ajoute qu’il offre l’occasion de répondre aux aspirations des nouvelles générations qui arrivent sur le marché de l’emploi.

- Précisez, s’il vous plaît…

Les jeunes aspirent à l’évidence à de nouvelles manières de travailler. Ils ne sont pas prêts à le faire à n’importe quelles conditions, comme leurs aînés, dans des organisations hiérarchiques. Le co-développement, le travail en équipe, le bien-être étaient des sujets tabous ou qu’on ne prenait pas au sérieux il y a encore quelques années, considérant qu’ils donnaient à voir du monde de l’entreprise une vision de Bisounours. Ils sont aujourd’hui reconnus comme des facteurs d’attractivité pour cette nouvelle génération de salariés. L’avenir appartiendra donc aux organisations qui sauront être attractives aussi de ce point de vue, car il en ira de leur capacité à attirer, mais aussi à conserver les ressources humaines dont elles auront besoin. Le défi est grand, car les jeunes ne s’en laissent pas compter. Ils privilégient leur bien-être sur de simples perspectives de carrière.

Un grand merci à Mona Dortindeguey pour les photos qui illustrent cet article.

Pour en savoir plus sur le WAWlab : https://wawlab.org/

A lire aussi les entretiens avec Fatima Bakhti (cliquer ici), Thierry Roussel (cliquer ici), Anne-Charlotte Vuccino de la start-up Yogist (cliquer ici) et Marya Benzakour de la start-up Healthy (cliquer ici).

3 commentaires à cet article
  1. Ping : Savoir se rendre service, l’autre clé de réussite d’un cluster. Entretien avec Fatima Bakhti | Paris-Saclay

  2. Ping : Paris-Saclay, laboratoire de la bienveillance au travail. Entretien avec Thierry Roussel | Paris-Saclay

  3. Ping : Apprendre à bien s’alimenter… sur son lieu de travail. Rencontre avec Marya Benzakour | Paris-Saclay

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