Faire du yoga… au bureau. Entretien avec Anne-Charlotte Vuccino

YogistPaysage
Suite de nos échos à l’édition 2017 du séminaire du WAWlab à travers le témoignage de la fondatrice de la start-up Yogist, qui propose du yoga adapté à l’univers du bureau.

- Si vous deviez pitcher Yogist ?

C’est la première start-up de Yoga corporate, qui propose du yoga en entreprise. Notre méthode a été développée avec le concours de psycho-ergonomes de la médecine du travail et des ostéopathes, pour adapter cette pratique aux contraintes de cette dernière, avec l’idée d’en faire aussi un outil de prévention santé et de management. Le yoga que nous proposons se pratique ainsi simplement sur une chaise, sans autre matériel ni nécessité de se changer. Les exercices que nous avons conçus pour le dos, le cou, les poignets, les jambes ou encore les yeux, etc., l’ont été de façon à ne pas faire transpirer et à permettre de finir sa journée de travail sans la moindre douleur. Nos exercices aident aussi à gérer son stress et ses émotions, à gagner en concentration et donc en performance.

- Je peux témoigner de l’efficacité de la méthode à la seule aune des exercices que vous nous avez fait faire au cours de votre intervention. Comment êtes-vous parvenue à concilier ces deux univers étrangers que sont a priori le yoga et l’entreprise ?

De fait, le yoga a pâti et pâtit encore d’une suspicion du fait des clichés autour des histoires de « chakras » et de son apparent ésotérisme. Le pari de Yogist a donc été de le dépouiller de ses aspects qui peuvent encore effrayer les esprits rationnels, pour répondre aux besoins spécifiques des personnes en situation de travail dans une entreprise. Avant de créer Yogist, j’avais déjà une expérience de celle-ci pour avoir été dans le management international puis dans le conseil en stratégie, enfin en charge des opérations de AlloCiné Webedia.

- Comment en êtes-vous venue à pratiquer le yoga ?

C’est suite à un accident intervenu durant ma première année à HEC. Je dirigeais une ONG en Afrique, où je me suis fait renverser par une moto. Résultat : une jambe droite esquintée… C’est au cours de ma rééducation que j’ai découvert le yoga. Moi qui, jusqu’alors, ne pratiquais aucune activité de sport, je me suis prise de passion pour cette discipline, qui a contribué à mon rétablissement. Tant et si bien que je suis partie me former en Inde pour devenir professeur de Yoga thérapeutique. La création de Yogist, en 2015, a ensuite répondu au désir de jeter un pont entre le yoga et le monde de l’entreprise.

- Que dites-vous à ceux qui y verraient un phénomène de mode ?

De fait, le yoga est aujourd’hui à la mode. Quand j’ai commencé il y a huit ans, il était encore très difficile de trouver un studio où le pratiquer, même à Paris. Lorsque j’ai lancé Yogist, on commençait tout juste à parler de bien-être au travail. Depuis, ce dernier est reconnu comme un vrai enjeu au point, selon moi, de constituer un nouveau paradigme, en passe de supplanter celui du développement durable, qui nous a mobilisés durant la décennie 2000. Depuis ces toutes dernières années, on se préoccupe davantage de l’humain dans l’entreprise et de la manière de concilier la performance et le bien-être des salariés. Aujourd’hui, la QVT, la qualité de vie au travail, s’est même imposée comme la première préoccupation des entreprises. Mais, comme pour le développement durable qui a pu inspirer toutes sortes d’initiatives relevant plus ou moins du greenwashing, il convient de faire le tri entre les diverses méthodes proposées. Je doute que l’installation d’un babyfoot dans un openspace suffise à contribuer au mieux-être des salariés. Il convient de privilégier des démarches en cohérence avec une gestion à long terme des ressources humaines. C’est en tout cas dans cette perspective que nous proposons de travailler avec les DRH.

- Au cours de votre intervention, vous évoquiez des perspectives de développement de Yogist, y compris à l’international. Mais votre start-up paraît indissociable de votre personnalité au point qu’on peine à imaginer un développement sauf à vous cloner…

(Sourire). La question mérite effectivement d’être posée. Quand je me suis lancée, j’étais toute seule et ai donc dû tout faire, jusqu’à poser pour les besoins du kakemono et de la couverture de mon livre… Depuis, j’ai formé des professeurs de yoga à ma méthode. Ce sont eux qui interviennent désormais en entreprise pour enseigner lors de cours réguliers. J’ai par ailleurs deux associées, l’une au Brésil, l’autre à Londres, toutes deux issues du monde de l’entreprise et qui en connaissent donc les contraintes, et qui dirigent les filiales de Yogist. Bref, ma méthode s’est révélée scalable au point que je peux envisager de prendre du recul pour mieux me consacrer au développement de la start-up, aux interventions événementielles et à la formation de professeurs. Le digital aide aussi beaucoup à diffuser cette pratique sans plus nécessité une présence en chair et en os. Je propose un programme de e-learning sous forme de quinze tutoriels vidéos à refaire à son poste de travail, autant que de besoin.

- Un mot sur l’ouvrage que vous avez publié…

Comme un Yogist, la méthode yoga pour être bien partout… même au bureau ! a été publié en septembre 2016, dans l’idée de donner un avant goût de tout ce qu’on peut faire au bureau en matière de yoga. Il ne présente qu’un dixième des exercices que j’ai conçus dans le cadre de la méthode Yogist, mais l’enjeu était avant tout de bousculer les idées reçues sur le yoga, de montrer qu’on peut en faire en toutes circonstances, en tailleur ou en costume cravate. Il s’agissait aussi d’en donner des rudiments aux indépendants ou aux salariés d’entreprises qui n’ont pas les moyens de faire venir un Yogist.

- Comment vous êtes-vous retrouvée à participer au séminaire du WAWlab ?

C’est suite à une rencontre avec Nicolas Dortindeguey, à l’occasion d’une intervention que j’ai faite au Technocentre de Renault. Je l’ai manifestement convaincu de l’intérêt de ma méthode. Mais lui aussi m’a convaincue de l’intérêt du WAWlab. Je trouve particulièrement intéressant que cette initiative soit portée par des acteurs de l’écosystème.

- Que vous connaissiez pour avoir fait vos études à HEC…

Oui, j’ai été diplômée d’HEC en 2009, il n’y a donc pas si longtemps que cela. Et pourtant, quel changement ! Il n’y avait pas l’EDF Lab ni tous ces nouveaux bâtiments. Qu’autant de grandes écoles et entreprises s’y installent, je trouve que c’est une bonne chose. Les conditions sont réunies pour concurrencer la Silicon Valley ! Du temps de mes études, j’avais l’habitude de me rendre à la ferme de Viltain. Mon premier réflexe a d’ailleurs été d’y faire un crochet avant de venir à l’EDF Lab, pour la faire découvrir à ma stagiaire. Nous y avons dégusté du fromage avec du bon pain et quelques framboises. Paris-Saclay, c’est cela aussi !

Pour en savoir plus sur Yogist, cliquer ici.

A lire aussi les entretiens avec Thierry Roussel (cliquer ici), Nicolas Dortindeguey (cliquer ici), Fatima Bakhti (cliquer ici) et Marya Benzakour de la start-up Healthy (cliquer ici).

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4 commentaires à cet article
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