Expérience « Cerisy-Saclay », le témoignage de Laurence Decréau

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Suite de nos échos au colloque de Cerisy auxquels participaient en juin dernier des diplômés de Paris-Saclay (sur le thème de l'"archéologie des media et [des] écologies de l'attention", à travers, cette fois, le témoignage de Laurence Decréau, à l’initiative de ce projet.

- Quatre diplômés d’établissements de Paris-Saclay participaient au colloque qui s’est déroulé du 30 mai au 6 juin dernier, au Centre culturel international de Cerisy (CCIC). Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

L’idée est née il y a près d’un an, à Cerisy même, où j’avais été invitée à rendre compte du concours de Nouvelles avancées que j’organise chaque année (pour en savoir plus, cliquer ici), dans le cadre d’un colloque sur le format court (pour en savoir plus, cliquer ici). Edith Heurgon, la directrice du Centre, s’était dite intéressée par le travail que je menais ainsi auprès d’élèves ingénieurs ou scientifiques, pour les tourner vers la littérature. J’ai suggéré d’en faire venir à Cerisy pour qu’ils restituent le contenu d’un colloque (à choisir parmi les quelque 25 organisés au cours de la saison), sur le plateau de Saclay. L’idée l’a séduite tout autant que l’Université Paris-Saclay. Entretemps, je m’étais plongée dans la lecture des actes du colloque consacré aux cent ans de Pontigny-Cerisy [pour en savoir plus, cliquer ici]. C’est ainsi que j’ai découvert que le premier cercle des amis de Pontigny-Cerisy comptait de nombreux ingénieurs et scientifiques, dont des Polytechniciens. De là, donc, l’idée de constituer un autre cercle d’amis, avec des élèves/étudiants ayant pour double point commun d’être scientifiques de formation et intéressés par les humanités.

- Comment ce cercle s’est-il mis en place ?

Nous avons entrepris d’identifier une dizaine d’élèves/étudiants, de façon à rendre compte de la diversité de l’Université Paris-Saclay, à défaut d’en représenter chaque membre (cette université fédère une vingtaine d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche). L’idée initiale était aussi que ces élèves/étudiants se relayent : un colloque de Cerisy dure plusieurs jours, jusqu’à sept dans le cas de celui que nous avions retenu.

A ma grande surprise, aucun d’entre eux ne connaissaient Cerisy. Le premier défi a donc été de les faire rêver avec ce haut lieu de la vie culturelle et intellectuelle. Ce qui n’a guère été difficile : lors de notre première réunion préparatoire, j’étais encore sous l’effet de l’enthousiasme de mon premier séjour cerisyen ! Loin de les impressionner, mon récit n’a fait qu’aiguiser leur curiosité et leur désir de découvrir à leur tour ce lieu. Restait une ultime appréhension liée au fait qu’il s’agissait d’un colloque à dominante sciences humaines. Tout intéressés qu’ils fussent par les humanités, ces élèves/étudiants risquaient de se heurter à des jardons spécifiques. Sans compter le thème même du colloque : « Archéologie des media et écologies de l’attention »…

- Comment, d’ailleurs, s’est fait le choix de ce colloque-ci ?

Le choix s’est fait avec Edith Heurgon. Examinant le programme 2016, nous avons  recherché les thèmes les plus susceptibles d’intéresser des jeunes engagés dans les sciences « dures ». Le colloque codirigé par Yves Citton, « Archéologie des media et écologies de l’attention », qui touche au champ des neurosciences, convenait d’autant mieux qu’il était programmé hors de la période des grandes vacances traditionnellement dévolue aux stages étudiants…

Durant les six mois qui ont précédé le colloque, nous nous sommes réunis à plusieurs reprises – près d’une demi douzaine de fois, en fin de journée – de façon à permettre eux jeunes de s’approprier la problématique. Nous avons été aidés en cela par Yves Citton, un des principaux directeurs du colloque, qui, en plus de fournir des éléments bibliographiques, s’est joint à nous au cours d’une nos soirées.

- Au final, seuls quatre élèves/étudiants ont effectivement participé au colloque…

Oui, entre les obligations de stage et les examens, plusieurs ont été empêchés de venir. Un mal pour un bien au sens où les quatre ont pu suivre le colloque dans sa quasi-,intégralité, tout en reflétant la diversité de l’Université Paris-Saclay : outre un normalien (Baptiste Gauthier) et un centralien (Antoine Vidon), il y a avait une ancienne de l’ENSTA ParisTech (Catherine Jacob) et une double diplômée de Sciences-Po/HEC (Renée Zachariou).

- Sept jours tout de même…

En effet, c’est une durée inhabituellement longue pour un colloque. Mais c’est dans la tradition des Décades de Pontigny, qui, comme leur nom le suggérait, duraient une dizaine de jours avec obligation pour les participants de les suivre dans leur intégralité. Depuis, Cerisy en propose de plus courtes durées, pour tenir compte des contraintes qui pèsent sur nos agendas. Le nôtre durait, donc, sept jours, tous bien remplis ! Hormis une après-midi consacrée en principe à la détente (je dis « en principe », car beaucoup de participants en ont profité pour improviser des réunions ou consulter leurs emails), nous avons travaillé et échangé ensemble, du matin au soir. De prime abord, cela peut incliner à compter les jours. En réalité, on ne voit pas le temps passer. Une semaine à Cerisy passe beaucoup plus vite qu’une semaine ordinaire. Et puis, pour être sérieux, un colloque de Cerisy n’en est pas moins propice à des échanges informels et des moments ludiques. C’est particulièrement le cas de celui-ci, qui m’a aussi marquée par la bienveillance qui dominait les échanges. Comme un des élèves du groupe, habitué des colloques scientifiques, me l’a fait remarquer : à Cerisy, on ne vient pas le temps de faire une communication pour repartir aussitôt ; on prend le temps de l’échange. Et si nécessaire, on revoit le contenu de sa communication, pour tenir compte de ce qui s’est dit au fil des jours.

- Quel bilan dresseriez-vous au terme du colloque ?

J’ai été frappée par l’enthousiasme que nos diplômés de Paris-Saclay ont manifesté de bout en bout, mais aussi leur parfaite intégration dans le groupe. Ils n’ont pas hésité à poser des questions et, qui plus est, des plus pertinentes. Il est vrai que le cadre favorise les échanges : à Cerisy, on prend les repas ensemble, ce qui permet de poursuivre les discussions sur un registre plus informel, de faire plus ample connaissance avec les participants, que ce soit les intervenants ou les auditeurs (à Cerisy, on ne fait pas de discrimination entre sachant et non sachant !).

En ce jour de départ, ils sont manifestement tristes de quitter le lieu, mais je les soupçonne aussi d’être impatients d’en faire le récit à leurs camarades qui n’ont pas pu être des nôtres. Bien plus, je crois que le colloque a eu l’effet d’une révélation. L’un d’eux m’a même confié qu’il aura transformé son rapport à son métier de chercheur en l’incitant à prendre davantage de recul.

- Et la suite, en quoi consistera-t-elle pour vous et votre groupe ?

Il y aura une suite, en effet. L’acte 3 en somme, après la phase préparatoire (acte 1) et les sept jours de colloque (acte 2). Il consistera à prolonger l’exercice auquel nous (les quatre diplomés et moi-même) avons été invités à nous livrer le dernier jour (une restitution du colloque tel que nous l’avions vécu, chacun au prisme de son parcours), à l’occasion du colloque que nous comptons organiser en début d’année prochaine sur le Plateau de Saclay. Il traitera des enjeux de l’attention, mais, cette fois, au regard des sciences dites exactes (dominantes au sein de l’Université Paris-Saclay) et des enjeux pédagogiques.

A lire aussi : les entretiens avec Yves Citton, codirecteur du colloque (cliquer ici) et les quatre diplômés de Paris-Saclay : Baptiste Gauthier (cliquer ici), Catherine Jacob (cliquer ici), Antoine Vidon (cliquer ici) et Renée Zachariou (cliquer ici).

Un grand merci à Antoine Vidon pour le portrait de Laurence Decréau (figurant sur la page d’accueil).

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