Technologies de détection et d’analyse pour la sécurité dans la ville résiliente. Entretien avec Jonathan Bainée

JonathanPaysage
Le 31 janvier prochain, Opticsvalley, le réseau des hautes technologies en Ile-de-France, organise un séminaire sur le thème des « Technologies de détection et d’analyse pour la sécurité dans la ville résiliente ». En charge de son organisation, Jonathan Bainée nous en dit plus sur la genèse de ce séminaire.

- Pouvez-vous, pour commencer, par rappeler comment Opticsvalley en est venu à programmer ce séminaire ?

Le principe de ce séminaire a été acté dès novembre 2015, suite à la série d’attentats que la France a connue. La filière sécurité est l’une des plus dynamiques en France, depuis lors, que ce soit en termes de chiffre d’affaires et de création d’emplois. Vu les liens qu’entretiennent les technologies optiques et photoniques avec la problématique de la sécurité, il était normal que notre réseau se mobilise à son tour.
Comme n’importe quel autre séminaire d’Opticsvalley, celui-ci se propose d’accompagner les entreprises du réseau d’ores et déjà présentes dans ce créneau, en leur offrant, pour commencer, une tribune pour mieux, ensuite, les mettre en relation avec une expression des besoins émanant aussi bien de grands groupes intégrateurs (comme Thales, par exemple) que d’acteurs publics (à commencer par les services du préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires). De manière complémentaire, il s’agit d’offrir à d’autres entreprises du réseau des opportunités d’investir dans ce domaine de la sécurité. Je rappelle qu’une convention d’affaires est programmée en plus des différentes communications [pour en savoir plus sur le programme cliquer ici].

- Au passage, je relève qu’un séminaire Opticsvalley est l’objet d’une longue maturation…

Oui, au sein d’Opticsvalley, nous essayons de définir les thématiques de nos séminaires le plus amont possible de façon à instruire le programme au fil de l’eau, au gré de nos visites d’entreprises, à tester la pertinence de pistes et à communiquer suffisamment à l’avance. Il ne s’agit pas de proposer un énième séminaire organisé dans le rush, mais bien d’apporter une vraie valeur ajoutée aux participants.

- Comment en êtes-vous venus à articuler ces enjeux de sécurité à la problématique de la ville résiliente ?

J’avancerai deux motifs. Un premier tient au fait que cette notion de ville résiliente est en vogue et qu’il nous a paru utile de nous positionner par rapport aux problématiques qu’elle recouvre, notamment au plan de la sécurité. Un second motif découle de l’organisation interne du réseau Opticsvalley : une organisation par grands domaines d’action stratégique : la santé ; l’usine du futur ; les mobilités ; les technologies de l’information et de la communication ; la sécurité et défense ; enfin, la smart city.
Le second motif : nous avons souhaité croiser ces deux derniers domaines d’action (sécurité et défense, et smart city) afin de couvrir un spectre suffisamment large pour y impliquer de nombreuses entreprises de notre réseau. Les échanges que nous avons eus très tôt avec le Comité d’Expansion Economique du Val d’Oise (CEEVO), qui va lancer prochainement la Security Systems Valley, et le Conseil des Industriels de la Confiance et de la Sécurité (CICS), nous ont convaincus de la pertinence de cette approche.

- Est-ce à dire que vous allez au-delà de la problématique de la sécurité liée au risque terroriste, en traitant aussi des risques environnementaux et climatiques, par exemple ?

C’est vrai que ce sont des problématiques qui intéressent aussi la ville résiliente. Nous pourrions en ajouter bien d’autres. D’ailleurs, au moment de m’impliquer dans l’élaboration du programme, mon intention était d’élargir le spectre en y incluant également les enjeux de mobilité. Mais cette première intuition a été discutée par mes collègues, rompus aux séminaires Opticsvalley. D’expérience, ils savent combien il est difficile de communiquer sur un programme qui embrasse trop large. Les entreprises spécialisées risqueraient ne pas y trouver leur compte. Elles ne peuvent se mobiliser toute une journée pour ne profiter au final que de quelques interventions pertinentes au regard de leur cœur de métier.

- Qu’entendez-vous au juste par « ville résiliente » ?

De notre point de vue, cette notion offre l’intérêt de faire réfléchir sur la ville qui serait capable, non seulement d’anticiper une attaque terroriste, mais aussi de réagir à elle. Comment ? C’est justement l’objet de ce séminaire dont la vocation n’est pas tant d’exposer des solutions clés en main que de nourrir des programmes d’expérimentations, que nous lancerons conjointement avec le Val d’Oise, dans le cadre de sa Security Systems Valley (une convention doit être signée en ce sens).

- A vous entendre, je me demande si c’est bien de la notion de ville résiliente dont va traiter votre séminaire…

C’est une question que nous pouvons effectivement nous poser. Peut-être devrions-nous ne pas perdre de vue la notion de Cybersécurité, également en usage dans la filière que nous mobilisons à l’occasion de notre séminaire. Les échanges auxquels il donnera lieu nous diront si c’est bien le cas. Et puis, nous n’avons pas d’autre prétention que d’aborder la ville résiliente au prisme des technologies de l’optique et de la photonique, dont traite spécifiquement notre réseau. Charge à tout un chacun de faire le lien avec sa propre manière d’appréhender la ville résiliente.

- Que dites-vous à ceux qui pourraient objecter une approche par trop techno de la sécurité, au détriment d’une approche humaine, fondée sur un travail de terrain autrement dit ?

L’entrée technologique fait partie de l’Adn d’Opticsvalley. Il est donc difficile de la minorer. Nous avons cependant conscience de prendre le problème par un petit bout de la lorgnette, et de ne certainement pas traiter de tous les aspects. Mais, une fois encore, nous n’avons pas d’autre prétention que de faire profiter des apports de l’optique et de la photonique.
Pour autant, nous n’avons pas omis cette dimension humaine. Pour preuve la communication proposée par l’Office de Formation à l’Ingénierie de la Sûreté et de la Sécurité (OFISS), une société de conseil qui a développé notamment une application digitale mobile et web au service des professionnels de la sécurité et de la sûreté. Je rappelle aussi que le séminaire débute par une communication du CICS, destinée à sensibiliser aux enjeux de gouvernance de la smart city et de ses acteurs, au-delà de ses composantes technologiques.

- Comment en êtes-vous venu vous-même à avoir la responsabilité de l’organisation de ce séminaire ?

Au préalable, je me dois de préciser que j’ai rejoint l’organisation du séminaire, en décembre 2015, alors que le principe en était déjà entériné. De formation, je suis économiste : j’ai mené une thèse puis un postdoctorat, entre l’ENSTA ParisTech et l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Elle portrait sur les nouvelles formes de mobilité, liées au véhicule électrique ou au transport par câble en milieu urbain. Le choix de mener mes recherches dans une école d’ingénieur répondait à mon souci de réunir chacune des briques, économiques mais aussi technologiques, pour avoir une approche la plus globale de mon sujet de thèse.
Aujourd’hui, je continue à assurer des enseignements à l’ENSTA ParisTech, tout en gardant un pied dans la recherche. Mais depuis toujours, mon souhait a été d’aller et venir entre le monde de la recherche – qui permet de garder un certain recul – et le monde industriel – qui permet de se confronter à des problématiques concrètes. Ce qu’Opticsvalley me donne la possibilité de faire. Je précise que j’y ai été recruté pour travailler sur les problématiques de la smart city.

- Quel rapport avec vos travaux antérieurs ?

Il tient au fait que la smart city recouvre aussi des enjeux de mobilité électrique. J’ajoute que, dans mes travaux de recherche, j’ai pu montrer que les nouveaux modèles d’affaires se développant à la confluence du secteur de la mobilité et du secteur électrique, on ne peut pas comprendre l’émergence de l’électro-mobilité, sans modifier en profondeur le cadre d’analyse de l’économie industrielle traditionnelle et contemporaine…

- Au sens où les technologies de cette « électro-mobilité » sont conditionnées par les process industriels ?

Oui, c’est très exactement cela. Une bonne compréhension des marchés applicatifs exige une approche globale des filières industrielles.

- On devine vos affinités avec les travaux d’un certain Pierre Veltz sur l’évolution des systèmes industriels dans le contexte de mondialisation…

Oui, c’est effectivement un auteur de référence sur ces enjeux. J’ai d’ailleurs mobilisé ses travaux pour les besoins de ma thèse. J’étais particulièrement intéressé par son approche géographique de l’économie industrielle.

- En quoi l’écosystème Paris-Saclay est-il favorable à l’approfondissement de la réflexion sur les technologies dont il sera question au cours de votre séminaire ?

Naturellement, nous nous appuyons sur les ressources de cet écosystème, même si Opticsvalley le déborde (c’est, je le rappelle, un réseau francilien). Plusieurs communications de sociétés ayant un fort ancrage à Paris-Saclay, sont programmées dans le cadre de notre séminaire. Je pense à celle de Mirsense, une spin-off du 3-5 Lab, qui a l’ambition de « révolutionner le marché de la spectrométrie infrarouge grâce à des solutions à base de lasers accordables miniaturisées ». Son offre s’étend de la fourniture de lasers à très forte valeur ajoutée, à celle de modules de détection multi-gaz avec un compromis coût/performance inégalé. Parmi les applications possibles de cette technologie se trouvent les problématiques de sécurité et de sûreté, où l’environnement chimique peut être un révélateur crucial, même pour des éléments à l’état de trace.
Je pense aussi à Evitech, spécialisée dans les caméras de vidéosurveillance (son représentant expliquera ce qu’on peut en attendre vraiment, en matière de sécurité).
J’ajoute que, si plusieurs programmes d’expérimentations, que j’évoquais tout à l’heure, se situent dans le Val d’Oise, d’autres le seront probablement dans la Communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, qui fait partie de l’OIN Paris-Saclay. La ville d’Elancourt est particulièrement à la pointe sur les questions de sécurité.

- Est-il encore temps de s’inscrire ? Combien de personnes attendez-vous ?

Oui, il est encore possible de s’inscrire à condition de ne pas tarder ! Le séminaire comprend, comme je l’ai dit, une convention d’affaires, qui permet d’avoir des RDV ciblés, ce qui impose de les fixer au plus tard la veille voire l’avant veille.
Le nombre de participant variera entre 60 et 80. Nous en étions à une cinquantaine de participants d’inscrits au milieu de la semaine passée. Preuve s’il en est besoin que la problématique suscite un vif intérêt.

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