Des nouvelles de « L’Ecole ». Entretien avec Marie Gervais

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Le 8 novembre dernier, une réunion publique était organisée autour du projet « L’Ecole ». Que de chemin parcouru depuis, comme nous avons pu le constater à l’occasion d’une nouvelle réunion publique organisée ce 10 février, toujours au PROTO204. Démonstration à travers cet entretien sur le vif réalisé avec Marie Gervais (deuxième, en partant de la droite), qui porte ce projet.

- Comment va le projet de « L’École », depuis la réunion publique du 8 novembre ?

Bien. Pas mal de choses se sont produites depuis. Le 22 décembre dernier, Cédric Villani nous a reçues. Un cadeau de Noël avant l’heure ! Nous avions été mises en relation par son attaché parlementaire, David Saussol, qui a eu un coup de cœur pour le projet. Cédric Villani a depuis apporté un soutien officiel. Entre-temps, nous avions pu établir une liste de diverses personnalités recommandant de nous soutenir, à commencer par François Taddei [auteur du rapport « Vers une société apprenante », remis en mars 2017] et Isabelle Peloux [Professeur des écoles et fondatrice de l’école élémentaire du Colibri « Les Amanins »], qui en a particulièrement apprécié le caractère « duplicable ». Et c’est effectivement quelque chose à laquelle nous sommes attachées. Notre vocation n’est pas de concevoir un modèle que d’autres n’auraient plus qu’à reproduire tel quel. Dès lors qu’on travaille sur de l’humain et dans la relation avec son environnement et les acteurs locaux, chaque initiative, qui s’inspirerait de la nôtre, sera nécessairement singulière. L’essentiel est que nous nous retrouvions dans des valeurs communes.

- N’envisagez-vous pas une charte de façon à ce que chacune de ces écoles alternatives ait le sentiment de participer à un même mouvement, tout en cultivant ses spécificités ?

Non, ce n’est pas à l’ordre du jour. Nous n’avons pas l’ambition de créer un réseau d’écoles. Notre objectif, c’est d’en créer déjà une, ici, dans l’écosystème de Paris-Saclay, et de décloisonner des univers professionnels et disciplinaires, qui s’ignorent encore trop alors qu’ils gagneraient à travailler ensemble, dans l’intérêt de nos enfants et de leur éducation.

- Vous-même avez-vous été inspirée par d’autres expériences d’écoles alternatives ?

Oui, bien sûr. En pédagogie on n’invente rien ! Mais pour le moment, je ne connais nulle autre école qui ait mis en place toutes les innovations pédagogiques que nous voulons proposer et qui ait été conçue dans un tiers-lieu auquel d’autres personnes auraient accès : des étudiants, des chercheurs ou d’autres salariés, des entrepreneurs, sans oublier, bien sûr, les retraités dont on ne peut que regretter de ne pas valoriser davantage l’expérience au prétexte qu’ils sont devenus des « inactifs ». En plus de faciliter les échanges intergénérationnels, notre tiers-lieu entend bien rompre avec cette tendance à cloisonner les lieux que nous sommes amenés à fréquenter au cours de notre existence : l’école, le lieu de travail, la maison de retraite…

- Avez-vous des idées quant à l’emplacement de « L’Ecole » ? Continuez-vous à prospecter ?

Nous avons des pistes. Tout dépend du statut que nous allons pouvoir obtenir. François Taddei et Cédric Villani nous ont recommandé d’obtenir un statut d’école publique expérimentale. Nous avons donc adressé un courrier en ce sens au recteur de l’Académie de Versailles. Nous attendons une réponse…

- Gageons que le message est passé…

(Rire) Nous avons des vues sur un lieu en particulier, le point F. Un lieu extraordinaire, situé à proximité de grandes écoles (CentraleSupélec, ENS Paris-Saclay,…) et que j’ai eu l’occasion de visiter, en 2015. Nous avons rendez-vous la semaine prochaine avec Le Grand Réservoir, qui a emporté l’appel à projet lancé par l’EPA Paris-Saclay pour en imaginer un nouvel usage.

- Il se trouve que nous avons interviewé les architectes, qui avaient déjà conçu ce point F comme un lieu innovant en matière de formation continue… [pour en savoir plus, cliquer ici]…

Oui, je le sais pour avoir eu connaissance de cet entretien ! Y installer L’Ecole serait une manière d’en perpétuer l’esprit, de rester dans son adn.

- Quel était l’enjeu de cette nouvelle réunion publique ?

Il n’y avait pas d’enjeu en particulier si ce n’est celui de poursuivre notre travail d’information et d’échange autour de notre projet. A dessein, nous l’avons organisée un samedi matin pour permettre aux parents de venir avec leurs enfants, lesquels étaient invités à participer à un atelier pour penser l’école de leurs rêves et même la dessiner et en créer la structure en Kapla. Malheureusement, les intempéries en ont empêché plusieurs de venir. Ironie de l’histoire : cela faisait des années qu’on attendait le retour de la neige. Il a juste fallu qu’elle s’invite le mauvais jour ! Mais pas de regret. D’autres réunions sont programmées chaque mois, dont nous ne manquerons pas de vous communiquer les dates : l’une en soirée, un jour de semaine ; l’autre, un samedi, toujours dans cette idée de présenter « L’Ecole », de répondre à toutes les questions que pourraient se poser les parents, et, en même temps, de commencer par créer des liens entre les acteurs concernés et par tester des innovations pédagogiques avec les enfants. Bref, enclencher une dynamique sans attendre la création du tiers-lieu.

- Une démarche de préfiguration en somme ?

Oui. En France peut-être plus qu’ailleurs, les débats autour de l’éducation scolaire peuvent susciter des crispations. L’école y est un sujet sensible. Notre volonté, c’est donc de créer les conditions d’un débat plus serein, de façon non pas à se substituer mais à enrichir l’offre éducative existante. Encore une fois, nous ne voulons pas être dans la confrontation avec l’école publique. La nôtre se veut un lieu d’expérimentation d’outils pédagogiques avec le concours de chercheurs, mais aussi d’enseignants de l’Éducation nationale, qui voudraient expérimenter des méthodes qu’ils pourraient ensuite transposer dans leur classe, fût-ce en les adaptant. En cela, je me retrouve pleinement dans la démarche de Céline Alvarez.

- Pouvez-vous en rappeler l’esprit ?

L’expérimentation qu’elle a menée pendant trois ans en école publique, et dont elle a témoigné dans son ouvrage sur Les lois naturelles de l’enfant [éditions Les Arènes, 2016] a, même si elle n’a pas été poursuivie par l’Education Nationale, contribué à ouvrir le débat et à susciter la réflexion et surtout le questionnement sur nos méthodes actuelles. Elle a également débouché sur la mise en place de formations auprès de milliers d’enseignants, qui se sont mis à innover dans leur classe – ou qui se sont sentis légitimités, pour ceux qui avaient déjà commencé à la faire. Aujourd’hui, un forum très actif autour de son livre permet de suivre l’actualité de ses réflexions.

- Ces réunions ne sont-elles pas aussi l’occasion de montrer que le projet est incarné par vous et toute l’équipe que vous avez su déjà réunir ?

En effet. C’est important de le souligner : « L’Ecole » s’inscrit déjà dans une démarche collective. Outre le soutien des personnalités que j’ai citées, nous bénéficions de l’engagement de six personnes : Priscillia, qui s’occupe spécifiquement du volet tiers-lieu du projet ; Sandrine, free lance dans l’information ; Stéphane, qui gèrera la crèche ; enfin, Titaua, Isabelle et Séverine, trois enseignantes de l’Education nationale – tandis que la première s’est mise en disponibilité, les deux autres expérimentent déjà des choses dans le cadre de leurs écoles respectives. L’une d’elle a d’ailleurs suivi la formation proposée par Céline Alvarez, il y a deux ans de cela.

- Etes-vous confiante ?

Oui, au vu de tout ce qui est intervenu ces tout derniers mois et de l’intérêt que suscite à l’évidence le projet. L’accueil est positif chez les enseignants du primaire et du secondaire.
En attendant la création d’un tiers-lieu, nous allons pouvoir commencer à mettre en œuvre nos innovations, grâce à notre association avec Les Crèches de l’Yvette, qui cultive les mêmes valeurs que nous (la bienveillance, l’accueil actif des parents,…). Evidemment, le coin des « tout petits » bénéficiera d’un environnement adapté à leurs besoins physiologiques. Mais nous savons déjà à quel point l’interaction des moins de trois ans avec les plus grands est source d’une grande richesse, pour tous. Nous espérons ensuite que le continuum 0-18 pourra s’ouvrira au post-bac, au travers d’interactions avec des étudiants de l’Université Paris-Sud. Des universitaires se montrent déjà intéressés et se disent désireux de pouvoir enseigner à des jeunes, qui sachent travailler en autonomie et avec les autres, qui ne craignent pas de poser des questions, de prendre la parole en public. Un état d’esprit que cherche justement à cultiver L’École.

A lire aussi : le compte rendu de la précédente réunion publique – pour y accéder, cliquer ici.

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