Des élèves du lycée de l’Essouriau à l’ONERA. Entretien avec Bénédicte Fighiera

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Le 22 février dernier, le centre de recherche ONERA de Palaiseau accueillait des élèves en première année de la classe préparatoire scientifique au lycée polyvalent de l’Essouriau, que nous vous avons fait découvrir l’an passé. Responsable de ce centre, Bénédicte Fighiera, que nous avons déjà eu l’occasion d’interviewer, nous en dit plus sur l’importance qu’elle accorde à ce type d’initiative et de celle-ci en particulier.

- Recevez-vous régulièrement des élèves d’établissements du secondaire ?

Disons que nous nous employons à le faire plusieurs fois dans l’année, dans la mesure de nos possibilités. L’organisation de telles visites mobilise de nombreuses personnes, dont les ingénieurs chercheurs qui présentent leurs travaux à ces occasions. Nous le faisons notamment lors de la Fête de la Science à l’attention des élèves du Lycée Camille Claudel, situé tout près de là et avec lequel nous avons noué une sorte de partenariat de proximité. Nous l’avons fait aussi récemment dans le cadre d’une opération particulière qui visait plus spécialement un public féminin pour inciter les filles à s’orienter vers les études scientifiques.

- On imagine volontiers le temps que cela prend à vos chercheurs. En même temps, on a pu voir le plaisir qu’avaient ceux mobilisés aujourd’hui à intervenir devant ces élèves et ce, sans langue de bois…

Effectivement, nos chercheurs sont des gens passionnés et passionnants. Ils interviennent d’abord au titre de leur légitimité scientifique. Nous ne les formons pas spécialement pour communiquer sur leurs recherches ni ne validons préalablement le contenu de leur exposé. Nous les sollicitons suffisamment tardivement pour ne pas leur imposer des contraintes supplémentaires ! Ils ne maîtrisent pas forcément les codes de la communication institutionnelle, mais peu importe serais-je tentée de dire. Les jeunes sont d’ailleurs sensibles au fait que nos chercheurs partagent d’abord leur passion, en toute simplicité.

- A travers l’exposé du spécialiste des radars, Philippe Dreuillet, pour ne citer que lui, on a pu prendre la mesure du fait que la recherche théorique qui est menée ici se prolonge dans des applications pratiques…

Oui et s’il y a un message que nous souhaitons faire passer aux jeunes, c’est bien celui-là : on peut faire de la recherche théorique tout en répondant à des enjeux pratiques. La seule consigne que je me permets de faire passer à nos chercheurs qui acceptent de se prêter à ce type d’intervention est d’ailleurs de commencer par expliquer à quoi servent leurs recherches. Montrer des équations et des modèles sophistiqués, c’est bien. C’est encore mieux de faire comprendre en quoi c’est utile pour apporter une réponse concrète à une problématique posée et ce, dans de très nombreux domaines, militaires mais aussi civils : la santé, l’archéologie, l’environnement, etc. Des domaines qui « parlent » à ce public jeune.

- Avant même de montrer des équations et des modélisations, ce même chercheur a tenu à les sensibiliser à l’importance de vertus toutes simples, à savoir : le sens de l’observation et de l’écoute. A l’entendre, un chercheur, ce serait d’abord cela : quelqu’un qui sait observer et écouter, avant même de savoir résoudre des équations…

Oui, ces vertus sont essentielles. A ce propos, force est de constater des différences chez les élèves selon les cursus qu’ils poursuivent. Et aussi curieux que cela puisse-être, ce ne sont pas forcément les élèves engagés dans les filières les plus sélectives qui font le plus montre de ces vertus ni même de curiosité. J’ai pu le constater ce jour où nous avons accueilli deux catégories d’étudiants : les uns faisant leurs études dans une grande école d’ingénieur du Plateau de Saclay ; les autres, au sein de l’Institut Charpak (et qui donc n’avaient pas pu prétendre aux meilleures classes prépas). Et bien, ceux qui posaient le plus de questions, de surcroît pertinentes, tout en répondant à celles de nos chercheurs, n’étaient pas ceux qu’on croit. Les seconds avaient peut-être un moindre niveau, mais ils se montraient concernés et curieux. Naturellement, loin de moi l’idée de disqualifier les élèves des grandes écoles, qui sont particulièrement efficaces pour résoudre des équations complexes. Je veux juste dire que la curiosité devrait être davantage cultivée, y compris dans les écoles d’ingénieurs.

- Quelle importance revêt ce type de visite à vos yeux ?

Les jeunes se détournent des études scientifiques. Beaucoup de ceux qui ont fait un bac S s’orientent ensuite vers des écoles de commerce au prétexte que ce serait plus « fun », en plus de déboucher sur des métiers mieux rémunérés. En organisant ce type de visite, nous espérons susciter des vocations pour le métier de chercheur et, pourquoi pas, retrouver un ou deux de ces jeunes, ici, dans quelques années !

- Et en quoi cette visite-ci revêtait-elle un sens particulier pour vous ?

Il s’agissait d’élèves en première année de classe prépa scientifique au lycée de l’Essouriau, situé aux Ulis. Pour mémoire, cette classe prépa été ouverte il y a à peine six ans, en faisant le pari d’amener des élèves de milieux défavorisés à se présenter aux concours des écoles d’ingénieurs. Une initiative que nous ne demandons qu’à encourager.
A priori, ces élèves ne bénéficient pas d’un environnement aussi favorable que celui des élèves des grands lycées parisiens. Il me semble que ce peut donc être une chance pour eux que de pouvoir rencontrer des chercheurs et d’autres professionnels, ayant fait des études scientifiques. Ils peuvent ainsi constater l’extrême diversité des profils, y compris au regard du cursus. Pour peu qu’il soit motivé, un jeune peut devenir chercheur, en passant d’ailleurs par une classe prépa ou pas.

- De fait, le chercheur évoqué plus haut a un cursus strictement universitaire, comme il l’a rappelé. Comment s’est fait le lien avec cette classe préparatoire du lycée de l’Essouriau ?

L’un des enseignants de la classe prépa présents au cours de la visite nous a sollicités par l’intermédiaire de Marie Ros-Guézet, qui participe au dispositif « Ingénieurs pour l’école » [pour en savoir plus, cliquer ici]. Marie Ros-Guézet que je connais bien : nous participons à la même association Polvi.

- En introduction à votre présentation du centre de l’ONERA à Palaiseau, vous avez tenu à souligner l’inscription de votre centre de recherche au sein de Paris-Saclay. En quoi était-ce important de le rappeler à ces jeunes ?

Le lycée de l’Essouriau n’est pas sur le Plateau de Saclay, mais fait néanmoins partie du périmètre de Paris-Saclay. C’est important que les jeunes qui y font leurs études aient conscience qu’ils ne sont pas dans un territoire de relégation, au contraire, et qu’ils peuvent prendre part à une dynamique proprement incroyable, consistant à créer un campus qui pourra tenir la comparaison avec les meilleurs campus américains. Depuis les Etats-Unis, on ne saura pas forcément localiser les Ulis. Mais les Ulis n’en font pas moins partie d’un territoire où l’on peut croiser des étudiants et des chercheurs de différentes disciplines, venus des quatre coins du monde.

A lire aussi : le témoignage de Vincent Reynaud, professeur des classes préparatoires du lycée de l’Essouriau (pour y accéder, cliquer ici).

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