Comment mettre en musique des institutions culturelles ? (2e partie)

Suite de l'entretien que nous a accordé Pierre Ollier, Maire-adjoint de Massy, en charge de la culture

Un Festival international du cirque, un Opéra, le Centre dédié aux musiques actuelles… Massy est riche d’institutions culturelles. Maire-adjoint en charge de la culture, Pierre Ollier explique comment il a entrepris de mettre en musique ces institutions et de faire davantage « bouger » le public. Car si celui-ci répond présent (18 000 billets vendus lors de la 20e édition du Festival international du Cirque qui s’est déroulé en février dernier ; entre 32 000 et 40 000 spectateurs par an pour l’Opéra), il n’est pas aussi mobile qu’on le dit. Un élu d’autant plus concerné par ce double enjeu, qu’il est par ailleurs comédien…

Pour relire la première partir de cet entretien c’est ici.

Venons-en à vos institutions culturelles. Travaillent-elles ensemble ? Que faites-vous pour favoriser d’éventuelles coopérations ?

Pierre Ollier, maire-adjoint de Massy, en charge de la culture

Les établissements culturels de Massy ont acquis pour la plupart une forte notoriété. Lors de la 20e édition du Festival international du Cirque, 18 000 billets ont été vendus ; bon an mal an, l’Opéra attire entre 32 000 et 40 000 personnes. Pourtant, je ne veux pas me satisfaire de cette situation ! Depuis quatre ans, je veille à ce que les institutions culturelles de la ville s’ouvrent davantage, coopèrent et se connaissent mieux. Je suis convaincu qu’ainsi de nouveaux projets peuvent naître, enrichis, originaux, inspirés des idées mises en partage. Pour y parvenir, j’ai par exemple simplement réinstauré une pratique consistant à réunir, deux fois par an, les directeurs de l’ensemble des lieux culturels, y compris le conservatoire de musique et de danse, les médiathèques, le cinéma… et de fait, je constate que cela a permis à quantité de nouveaux projets d’exister.

J’ai aussi fait des propositions d’évènements nouveaux dont l’ensemble des établissements culturels ont été partenaires, réunis dans un même projet. Par exemple, j’ai organisé un festival intitulé « les insolites » (quatre spectacles programmés sur quatre semaines – soit au total 7 à 8 représentations sur un mois). Insolite, ce festival l’est en un double sens : il donne à voir des spectacles qui ne correspondent pas à ce qu’on a l’habitude de voir à Massy ; d’autre part, il utilise les lieux existant de manière détournée. Entre autres exemples, l’Opéra a accueilli un ciné-concert, des spectacles de théâtre de rue, etc. Beaucoup de Massicois qui n’y étaient pas encore allés ont pu ainsi le découvrir par des chemins détournés.

En bref, faire travailler ensemble des institutions, c’est possible ! Il faut juste tenir le cap. Sans quoi, on revient très vite à la case départ, le repli, le chacun pour soi.

Dans quelle mesure les contraintes budgétaires commandent-elles cette politique ? S’agit-il de mutualiser les ressources financières ?

Du tout ! ce n’est pas dans un objectif d’économies que nous agissons ainsi. C’est dans l’objectif de créer toujours plus de projets, d’enrichir les propositions elles-mêmes, et de toucher un plus grand nombre de publics grâce à une communication commune. Cette coopération est porteuse de projets qui ne verraient pas le jour sinon, grâce à une meilleure connaissance réciproque de ce que font les autres.

J’ai déjà cité « Les insolites », mais je pourrais citer aussi un projet insufflé par Hélène Le Goff, directrice des affaires culturelles, et Karine Garde, en charge du développement des arts plastiques et visuels à Massy, « Regards croisés » : des expositions de photos organisées à travers toutela ville. Ceprojet a associé l’Opéra, les écoles de la ville, les médiathèques, le conservatoire jusqu’au centre de la Cimade, installé à Massy et qui accueille des réfugiés politiques. Je suis très fier d’avoir permis d’intégrer ce centre à nos projets. Les Massicois n’ont guère l’habitude de s’y rendre. Il s’y trouve pourtant pas moins de 80 résidents de plus de 20 nationalités différentes. Une richesse pourla ville. Sanscompter son superbe parc de la maison de Fustel de Coulanges. Nous avons obtenu qu’il laisse les portes ouvertes pour y installer une exposition de photos. Le public y est enfin venu. Depuis, on implique la Cimade dans d’autres projets.

Au final, dans quelle mesure le fait de faire travailler ensemble diverses formes d’expression culturelle et artistique a-t-elle transformé votre propre approche et pratique du théâtre ?

Je travaille avec une Compagnie installée à Saint-Michel-sur-Orge, dont le metteur en scène a pour habitude de monter des textes non théâtraux. Le dernier spectacle était consacré à Boris Vian, le prototype même d’auteur qui a fait exploser les coutures de territoires, ceux de la littérature, de la chanson, etc. Ce que je cherche justement à faire en hybridant les institutions culturelles.

Et l’élu dans tout cela ?

En tant que tel, ce qui m’intéresse, c’est de susciter des projets, de faire du lien. Entre les institutions, mais aussi entre les individus, les associations et les cultures. On a la chance à Massy d’avoir une grande diversité de cultures présentes sur le territoire. Mon souhait, c’est que chacun puisse faire reconnaître et partager la sienne tout en s’enrichissant de celle des autres. La bi-nationalité n’est pas un souci à mon sens mais une richesse. Je ne pense pas qu’on soit ou ceci ou cela, qu’il faille choisir entre être d’une culture ou d’une autre. je crois à la richesse des mélanges, aux rencontres et à ce qu’elles peuvent produire de nouveau, de stimulant. Je m’emploie donc à créer les conditions pour permettre ce partage entre les cultures. C’est dans cet état d’esprit que nous avons programmé un mois entier sur l’Afrique avec une trentaine d’associations et une mobilisation de l’ensemble des équipements culturels.

Et les chercheurs ? Pensez-vous pouvoir les impliquer ?

Bien sûr ! Dès lors qu’on se garde de raisonner en termes de pré carré, on peut toujours parvenir à des propositions qui enrichissent les projets. Moi-même, j’interviens au sein d’une structure – Synthesis - dont la vocation est de faire se rencontrer le monde de l’entreprise et le monde des artistes dans cette idée de permettre aux managers de découvrir d’autres approches  et faire émerger de cette rencontre des perspectives nouvelles pour leur propre champs d’intervention.

Et, en effet, pourquoi ne pas concevoir la même chose avec les chercheurs ? Mais avant de les solliciter, je réfléchis à la manière d’impliquer les étudiants qui vont se retrouver sur le plateau de Saclay dans quelques années, en travaillant sur le projet d’un festival qui les mobiliseraient au-delà de leur école d’appartenance. Aujourd’hui chaque école – l’Ecole Centrale, HEC, etc. – organise sa propre manifestation (je parle en connaissance de cause : je suis un ancien diplômé de cette école). Je crois qu’en réunissant les énergies au sein d’un grand évènement commun, on peut arriver à créer une manifestation plus féconde, plus stimulante, riche d’échanges et de propositions.

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