Cerisy-Saclay, le témoignage d’une diplomée de l’ENSTA ParisTech, Catherine Jacob

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Suite de nos échos au colloque de Cerisy « Archéologie des media et écologie de l'attention », auquel participaient des diplômés de Paris-Saclay avec, cette fois, le témoignage de Catherine Jacob, une ancienne de l’ENSTA ParisTech.

- Si vous deviez vous présenter en quelques mots ?

Je suis diplômée de l’ENSTA ParisTech, une école d’ingénieurs que j’ai choisie parce qu’elle offrait des enseignements dans les humanités, en plus des matières proprement scientifiques. En 3e année, j’ai opté, comme l’école y incite, pour un master à l’étranger, en Suède en l’occurrence, dans le domaine de l’aérospatial.

- Pourquoi ce choix ?

La perspective de vivre à l’étranger plus d’un an me plaisait. C’est une expérience très enrichissante, a fortiori quand cela offre l’opportunité d’apprendre une nouvelle langue, le suédois, donc. Quant au choix de l’aérospatial, il répondait à mon souhait de découvrir le fonctionnement des moteurs d’avion !

- Y avait-il des prédispositions familiales à cet intérêt pour l’aérospatial ?

C’est fort probable. Un de mes grands-pères, que je n’ai pas connu, travaillait déjà à la fabrication de moteurs d’avion. Mon père, qui n’est pas ingénieur, travaille chez Airbus Defence and Space. Depuis toute petite, j’ai suivi avec lui les retransmissions de lancement de fusées. Cela a certainement nourri mon imaginaire, plus que déterminé mon parcours.

- Connaissiez-vous Paris-Saclay avant d’intégrer l’ENSTA ParisTech ?

Non, pas spécialement. J’ai fait mes classes préparatoires à Paris. Et puis j’ai intégré l’ENSTA ParisTech du temps où l’école était encore à portes de Versailles [Paris, XVe] !

- Comment vous-êtes-vous retrouvée dans le groupe Cerisy-Saclay ?

Depuis ma première année à l’ENSTA ParisTech, j’ai participé aux activités proposées par Laurence Decréau, que ce soit le concours Nouvelles Avancées ou les tables-rondes autour d’ouvrages traitant des sciences, qu’on décortiquait avec nos regards d’élèves ingénieurs. Et puis Laurence Decréau est quelqu’un qui sait communiquer son enthousiasme. Tant et si bien que lorsqu’elle m’a évoqué ce projet de colloque, je n’ai demandé qu’à y participer, bien que déjà engagée dans le monde professionnel.

- Vous ne vous êtes pas sentie en décalage par rapport à la thématique du colloque ?

Non, et d’autant moins que notre participation au colloque a été précédée de plusieurs réunions de travail. Un temps de préparation que je n’ai pas vécu comme une contrainte, loin de là. Nous nous réunissions en soirée, pour discuter à bâtons rompus. Cela s’est révélé précieux car, autant le dire, ni l’« archéologie des media », ni les « écologies de l’attention » ne nous « parlaient » de prime abord. Nous n’avions aucune idée de quoi il retournait. Lors d’une soirée, Yves Citton est venu nous en expliquer les principes. Ce qui nous a permis d’entrer dans le colloque en prenant aussi la mesure de ce qu’il fallait entendre par media : à savoir toutes les formes de machines contribuant à stocker, traiter et diffuser des données de toutes sortes (images, sons,…), bien plus, donc, que les mass-médias.

- Une fois sur place, qu’elles ont été vos impressions à la découverte du lieu ?

C’est la première fois que je me rendais à Cerisy. Laurence nous en avait beaucoup parlé, en nous en montrant des photos [ elle s’y était rendue une première fois, l’an passé, lors d’un colloque sur le format court]. Malgré sa notoriété, c’est un lieu qui a su rester accueillant. De fait, on y est accueilli par une famille. Il n’y a pas de ces règles contraignantes sur le mode « ne faites pas çi, ne faites pas ça ». Tout au plus y a-t-il des grilles qui empêchent d’emprunter directement les ouvrages ! [ il faut en faire la demande auprès du secrétariat]. A Cerisy, il s’agit juste de faire attention aux autres. Durant la semaine, il n’y eut pas d’autre colloque que le nôtre [au cours de la saison, deux colloques peuvent être organisés en parallèle]. Nous avions donc tout l’espace à notre disposition, ce qui a sans doute ajouté à l’agrément du séjour. Nous étions libres de circuler dans les pièces communes du château et de ses dépendances. Nous pouvions même improviser des séances supplémentaires, en soirée.

- Comment avez-vous vécu les « rites » qui scandent la vie du colloque, à commencer par les cloches qui battent le rappel pour les repas ou annoncent la reprise des conférences ?

Il se trouve que j’ai une grande tante, sœur bénédictine, près d’Angoulême. Tous les étés, nous lui rendions visite une ou deux semaines dans son abbaye, perdue dans la verte campagne, comme le château de Cerisy. On emportait avec nous des valises pleines de livres et passions notre temps à bouquiner. Nous partagions nos repas au réfectoire de l’hôtellerie avec les autres hôtes. Je retrouve ici, avec les cloches, en particulier, cette ambiance apaisante et sereine. Avec les offices en moins et des repas plus animés !

- Un mot encore sur la durée du colloque, organisé sur sept jours, avec des intervenants d’horizons différents ?

Je l’ai vécu avec beaucoup de curiosité : n’étant pas du monde académique, je n’ai pas l’habitude de participer à des colloques. J’ai tout au plus l’expérience d’événements, qui plus est de courte durée, organisés pour les professionnels, du secteur aérospatial en l’occurrence. Je n’avais donc pas d’a priori, si ce n’est une certitude : que cela serait intense et qu’il y en aurait forcément quelque chose à retenir.
J’ai beaucoup apprécié le fait de vivre ensemble, dans la durée, car cela nous a laissé le temps de mieux nous connaître. Nous avons pu creuser davantage et entendre autre chose que des discours. Le fait de partager les repas avec les intervenants permet de prolonger les échanges, de partager ses impressions sur telle ou telle communication, de poser les questions qu’on n’aurait pas eu le temps de poser. Un colloque organisé sur deux/trois jours aurait été sans doute source de frustration. Je n’aurais pu vraiment parler qu’avec deux/trois personnes, sur la cinquantaine de participants présents. En sept jours, je pense avoir échangé avec chacun !
Bref, malgré la densité du programme, je n’ai pas vu le temps passer. Certes, il n’était pas toujours simple de suivre les communications : des intervenants usaient de notions et de concepts et se référaient à des théoriciens et penseurs auxquels je n’étais pas familière. Mais, justement, les possibilités d’échanges en marge des conférences, permettent d’obtenir les éclaircissements nécessaires.

- Un mot encore sur la complicité avec les trois autres élèves étudiants de Paris-Saclay. Est-ce un effet Cerisy ? Ou du travail fait en amont ?

Sans doute des deux. Nous ne nous connaissions pas avant la première réunion de travail. Hormis Laurence, avec laquelle chacun a sa relation particulière. Par delà nos particularités, nous avons cependant des points communs : le goût pour la discussion, la curiosité,… Le fait d’avoir des parcours différents rend nos points de vue complémentaires. Le fait de partager la même mission – suivre le déroulement du colloque pour en rendre compte (tout en pouvant prendre part aux discussions) a sans doute aussi contribué à conforter la dynamique de groupe.

- Quel a été votre principal sujet d’étonnement au regard de votre métier d’ingénieur ?

Qu’il y ait autant de personnes qui se livrent à une approche « archéologique » des machines que, nous autres ingénieurs, nous nous employons à concevoir. J’étais à mille lieues de penser que ceux à la conception desquels je participe sont possiblement l’objet de l’attention de chercheurs en sciences humaines comme d’ailleurs d’artistes. Cela m’incite à mettre à mon tour un peu de distance dans mon activité d’ingénieur, de replacer l’innovation technique dans une perspective plus historique et de ne pas en perdre de vue la dimension sociale sinon humaine.

A lire aussi : les entretiens avec Yves Citton, codirecteur du colloque (cliquer ici), Laurence Decréau (cliquer ici) et les trois autres diplômés de Paris-Saclay : Antoine Vidon (cliquer ici), Baptiste Gauthier (cliquer ici) et Renée Zachariou (cliquer ici).

Un grand merci à Antoine Vidon pour les portraits qui illustrent la plupart des entretiens, dont le sien. En illustration de cet article : séance de photographie entre lui et Catherie Jacob.

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