Bienvenue au Food Inn Lab. Entretien avec Sarah Hoenen

SarahHoenenPaysage
Suite de notre découverte du Food Inn Lab d’AgroParisTech à travers, cette fois, l’entretien avec Sarah Hoenen, qui en assure l’animation.

- Si vous deviez pitcher le Food Inn Lab…

Il est conçu comme une plateforme de collaboration entre la recherche, l’enseignement et l’entrepreneuriat innovant. Les start-up que nous y accueillons peuvent bénéficier de l’accompagnement de chercheurs du campus, mais aussi d’équipements mutualisés : un laboratoire de caractérisation et d’analyse, et une cuisine expérimentale, tous deux en cours d’aménagement. En plus d’espace de bureaux, nous mettons à disposition des laboratoires privatifs, installés au rez-de-chaussée, où ces entreprises peuvent installer leurs propres équipements. Le Food Inn Lab ne se limite pas pour autant aux seules start-up, il se veut aussi une entrée supplémentaire pour nouer des relations partenariales avec des entreprises du secteur de l’agroalimentaire, intéressées par les perspectives de la FoodTech, à commencer par les PME qui souhaiteraient travailler sur des projets d’innovation. Même sans être hébergées, elles peuvent intervenir ponctuellement, pour bénéficier de nos équipements.

- Qu’est-ce qui vous a prédisposé à assurer l’animation d’un tel lieu ?

Après des études d’ingénieur à Nantes, je suis montée à Paris au début de l’année 2014 avec l’idée de créer ma propre entreprise dans le secteur de l’agroalimentaire. Le hasard a voulu que je me sois retrouvée à la seconde table ronde des « Agro-Entrepreneurs », organisée par Catherine Lecomte. C’est une amie, diplômé d’AgroParisTech, qui m’avait proposée de l’accompagner. Les échanges que j’ai pu avoir avec des intervenants n’ont fait que me booster dans mon propre projet de création d’entreprise. Avec mon associée, nous nous sommes installées dans le département du Loir-et-Cher pour monter une entreprise de transformation de fruits et de légumes. Finalement, le projet n’a pas abouti. J’aurai pu me lancer dans un autre projet entrepreneurial, mais j’ai vu passer l’annonce d’AgroParisTech relative à la création d’un FoodLab dans son Centre de Massy. J’ai aussitôt répondu et ai été prise. J’ai commencé en mars 2016, il y a donc à peine plus d’un an.

- Où en êtes-vous ? Le succès est-il au rendez-vous ?

Le terreau s’est révélé particulièrement favorable. Je ne rencontre pas de difficultés particulières à faire se croiser les univers de l’enseignement, de la recherche et de l’entreprise. Il a fallu au début rassurer des chercheurs, qui craignaient d’être sollicités sur des thématiques qui les détourneraient de leur sujet de recherche, ou tout simplement d’être embarqués dans une activité chronophage, leur agenda étant déjà bien fourni. Sans compter que chercheurs et startuppers ne s’inscrivent pas dans les mêmes temporalités : autant les premiers poursuivent leur recherche dans la durée, autant les seconds doivent répondre à des échéances rapides. Nous avons donc veillé à construire une relation de confiance, en étant aussi transparents que possible dans nos intentions.

- Combien êtes-vous pour animer ce lieu ?

Je suis la seule salariée. Mais, en plus de Catherine Lecomte, je peux m’appuyer sur les personnes de plus en plus nombreuses à s’impliquer pour faire connaître le Food Inn Lab auprès des enseignants, des chercheurs et des étudiants porteurs d’un projet.

- Combien d’entreprises hébergez-vous ?

Trois start-up sont actuellement hébergées à temps complet. A quoi s’en ajoutent deux qui font leurs expérimentations ou tests ici, mais en disposant de leurs propres bureaux à l’extérieur. Une sixième start-up nous rejoindra début mai. Nous disposons au total de 350 mètres carrés, répartis sur deux niveaux, ce qui nous ménage la possibilité d’en accueillir d’autres, en fonction de la typologie des projets. Si peu de bureaux sont disponibles, en revanche, nous avons encore des laboratoires pour la réalisation de tests et d’expérimentations. Sans compter les espaces mutualisés qui peuvent accueillir d’autres personnes. Au total, nous pourrions être en lien avec une dizaine d’entreprises.

- Quelle est la nature des projets qui se montent ici ? Lesquels mettriez-vous en exergue ?

Difficile à dire tant ils sont tous plus intéressants les uns que les autres Et aucun ne se ressemble. Cela étant dit, je citerais Spiris, une start-up, qui travaille sur une nouvelle filière de production de spiruline. Pour mémoire, la spiruline est un ingrédient riche en protéines et minéraux, qui permet de répondre aux carences dans les pays en développement ou de compléter en omega l’alimentation des végétariens. D’ordinaire, la plupart des cultures se font en grand bassin et consomment, donc, beaucoup d’eau ; la spiruline étant diluée, il faut ensuite beaucoup d’énergie pour l’assécher. La start-up est en train de concevoir un procédé plus écologique. C’est elle qui utilise la serre qu’on peut voir à l’extérieur. Elle travaille avec Marie-Noelle Bellon-Fontaine, enseignante-chercheuse Inra-AgroParisTech, qui les suit régulièrement depuis le début du projet.
Autre exemple : Matati, fruit d’une belle histoire, puisque ce projet a été imaginé par une jeune fille dont la nièce est poly-allergique. Il vise à concevoir des gâteaux dépourvus des sept allergènes les plus fréquents (lactose, gluten, œufs, etc.), grâce à des produits de substitution, de façon à permettre à cette nièce et tous les autres enfants poly-allergiques, de pouvoir savourer un goûter, comme les autres enfants de leur âge. Un enjeu tout sauf marginal : le population concernée est en constante augmentation.
Enfin, troisième exemple : Cycle Farms, une start-up, qui valorise des déchets ménagers, en produisant des granulés, grâce au concours d’insectes, ces granulés pouvant servir ensuite à nourrir des poissons. Une alternative à la ressource protéique issue du soja importé des Etats-Unis, qui offre l’avantage de favoriser la production d’aliments locaux, respectueux du cycle alimentaire, à partir d’un recyclage de déchets organiques.

- Pour les besoins de l’entretien, nous sommes installés dans un lieu particulièrement fréquenté. De fait, c’est un lieu de passage, plutôt cosy avec son canapé rouge et tout le nécessaire pour faire du café… A-t-il été aménagé à dessein, pour favoriser les échanges fortuits y compris entre les membres de chaque start-up ?

[ Un startupper qui est justement en train de préparer un café : Ici, c’est le centre névralgique ! ]

Les choses se sont faites naturellement. A l’origine, une grosse photocopieuse occupait l’emplacement du canapé. Nous avions aménagé une salle de pause au rez-de-chaussée, avec une cuisine. Force est de constater que les personnes qui travaillent ici, n’y viennent pas spontanément et s’arrêtent plutôt ici. Le bâtiment compte aussi une salle de créativité, pensée, elle, pour favoriser les échanges dans le cadre de réunions de travail. Elle semble avoir été bien plus appropriée. Nous y accueillons aussi des partenaires.

- Dans quelle mesure l’implantation du Food Inn Lab au sein de ce Centre de Massy joue-t-il en sa faveur ?

Les bâtiments alentours ne sont pas d’AgroParisTech, d’où cette impression de proximité. En réalité le bâtiment est plutôt à l’écart par rapport aux laboratoires de recherche. Nous nous employons d’autant plus à l’ouvrir. Pour l’heure, ce n’est pas simple car des travaux sont en cours. Mais à partir de mai, le lieu sera facilement accessible aux étudiants et aux chercheurs. J’ai bon espoir que cela foisonne encore plus.

- On comprend que vous avanciez en marchant. Suivez-vous néanmoins ce qui se fait ailleurs ?

Oui, d’ailleurs, une de mes toutes premières missions a consisté à faire un point sur l’existant, en Ile-de-France ou ailleurs. Avec Catherine et d’autres personnes d’AgroParisTech, Chantal Monvois, directrice des partenariats, nous avons visité beaucoup d’autres lieux. Pour autant le Food Inn Lab n’est pas la simple transposition d’un lieu préexistant. Au final, il se différencie même, par l’accompagnement tout à la fois scientifique et technique qu’il propose.

- Qu’en est-il de votre emplacement par rapport au reste de l’écosystème Paris-Saclay. Vous sentez-vous à l’écart ?

Disons que ce n’est pas l’emplacement idéal au regard des transports en commun. Pour autant, nous ne nous sentons pas à l’écart. Nous sommes bien informés de ce qui se fait dans l’écosystème Paris-Saclay.

- Et cet écosystème de Paris-Saclay que vous avez, donc, découvert récemment : fait-il sens pour vous ?

Je ne peux prétendre le connaître encore. J’avais déjà suffisamment à faire à m’insérer au sein d’AgroParisTech, un écosystème en soi (rire) ! Cela étant dit, je commence à prendre mes marques, au sein de Paris-Saclay, à travers ne serait-ce que les événements auxquels nous participons. Pour ce que j’ai pu en voir, ce me semble être un écosystème prometteur. Sa grande force est de rassembler des compétences très diverses et de susciter des projets aux confins de disciplines qui n’avaient pas l’habitude de dialoguer entre elles. Il est clair que la proximité avec l’IOGS (Institut d’Optique Graduate School), pour ne prendre que cet exemple, ouvre des perspectives plus qu’intéressantes à nos porteurs de projets.

- Quel regard posez-vous sur la proximité avec les agriculteurs du Plateau de Saclay ?

Il y a des connections évidentes à faire avec eux. Plusieurs des projets hébergés ici traitent d’ailleurs d’agriculture urbaine et, en particulier, de la manière d’insérer la production agricole ou maraichère dans nos espaces urbains, en allant au-delà des simples jardins partagés, dans une véritable logique de production locale.

A lire aussi l’entretien avec Catherine Lecomte (pour y accéder, cliquer ici).

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