Air Liquide et Paris-Saclay, une histoire ancienne. Rencontre avec Bruno Leprince-Ringuet

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En 1982, jeune centralien, il faisait son stage de 3e année au Centre R&D Claude-Delorme d’Air Liquide, aux Loges-en-Josas. Trente ans plus tard, Bruno Leprince Ringuet en prenait la direction. Retour sur un parcours qui passe par la Polynésie française, les Etats-Unis, la base de Kourou, l’Inde…

Depuis 2012, Bruno Leprince-Ringuet est directeur du Centre de Recherche Paris-Saclay, au titre de ses nouvelles fonctions de vice-président R&D Europe du groupe Air Liquide. Un retour aux sources en vérité : trente ans plus tôt, alors jeune centralien, il avait déjà franchi les grilles de ce centre pour y faire son stage de 3e année…

Entre-temps, que de chemin parcouru ! A travers le monde comme au sein de l’organisation de cette multinationale plus que centenaire où il a fait toute sa carrière hormis une brève parenthèse au sein d’une joint-venture. Au préalable, il y aura, à peine son diplôme en poche, un service de Volontaire à l’Aide Technique (VAT), effectué en Polynésie française au sein d’une structure de production d’énergie solaire. « Une initiative portée notamment parle CEA, avec le concours de Total et de fonds publics, qui permettait d’alimenter les atolls en électricité. » Son VAT achevé, en 1985, il intègre le Centre de Recherche Claude-Delorme en remplacement d’un autre chercheur appelé plus tard à de plus hautes fonctions (Benoît Potier, l’actuel PDG du Groupe…). Quatre ans durant, Bruno Leprince-Ringuet y sera chercheur, dans le cœur de métier d’Air Liquide, à savoir la cryogénie. Devant le regard interrogateur de son interlocuteur, l’ancien chercheur sait se montrer pédagogue : « Cela désigne les procédés de réfrigération à de très basses températures (de – 180 à – 200°C), permettant de produire des gaz (oxygène, azote…) à l’état liquide, à partir d’une technique conçue par Georges Claude, le cofondateur, avec Paul Delorme, d’Air Liquide, en 1902. » Et le même de poursuivre : « Nous étions quelques années après le second choc pétrolier : il y avait déjà le souci de consommer moins d’énergie tout en restant compétitif. Pour le groupe, ce fut une époque propice à des innovations de rupture. Il prit d’ailleurs une nouvelle avance technologique dans le domaine cryogénique. Nous concevions de nouveaux procédés que nous mettions en œuvre dans nos usines. » Bruno Leprince-Ringuet ne cache pas son plaisir d’avoir pu prendre part à cette aventure, ici-même, dans ce qui ne s’appelait pas encore Paris-Saclay. De surcroît, aux côtés d’une personne qu’il devait recroiser plusieurs fois au cours de sa carrière : François Darchis, aujourd’hui Directeur de la Société, en charge de toute l’innovation technologique au sein du Groupe.

Cap sur les Etats-Unis

A la fin des années 80, il met le cap sur les Etats-Unis, pour y rejoindre dans le cadre d’une joint-venture, le centre principal de R&D de Dupont de Nemours, qui travaillait sur les membranes polymères utilisées pour la séparation des gaz. « Une fois la technologie mise au point, elle devait déboucher sur la construction d’une usine aux Etats-Unis, dans le Delaware précisément. » Une illustration au passage d’une innovation en son sens fort : « Nous avions acquis une technologie que nous avons développée jusqu’à la production industrielle avec tous les challenges technologiques que cela suppose. »

Après quatre années passées outre-Atlantique, il rejoint, en 1993, le siège du groupe Air Liquide, pour être associé à une nouvelle aventure : la production des gaz sur les sites même des clients industriels. « Plutôt que de transporter nos produits par camions, nous proposions de produire sur les lieux d’utilisation. » Une autre innovation de rupture tant au plan technologique que du business model : « Nous passions d’un métier de producteur/distributeur à un métier de services, qui nous permettait de prendre une nouvelle avance sur nos principaux concurrents. » Son nouveau « job » consiste à formuler cette nouvelle offre en termes marketing et à en assurer la diffusion mondiale. Une autre aventure « passionnante », qui durera trois années. En fait un peu plus, puisque dans la foulée, il est chargé de l’activité de fabrication des générateurs nouvelle génération, à quelques encablures de Paris-Saclay (Vitry-sur-Seine). « Nous fabriquions ces unités et les commercialisions aux filiales du Groupe, charge à elles de les exploiter auprès de leurs clients comme une offre de service. »

Un détour par Kourou

En 1998, nouveau changement de cap, mais toujours au sein du groupe : Bruno Leprince-Ringuet est nommé directeur général d’une société installée en… Guyane, sur la base de Kourou. « Elle assurait l’approvisionnement en gaz (oxygène, azote, hélium et hydrogène) nécessaires aux lanceurs.» Une activité de production, mais aussi de services : « Nous reconditionnions les éléments de distribution de gaz, comme ces flexibles connectés à la fusée jusqu’à son lancement. » L’occasion de découvrir une autre culture industrielle qu’Air Liquide connaissait bien pour avoir été un partenaire de la première heure de l’aventure spatiale, dans les années 60. Une expérience de trois années, tout aussi passionnante que les précédentes – « Le spatial est une petite famille composée de gens passionnés » -, malgré les motifs de stress – « Il fallait être prêt le jour j et à la seconde près. » Et puis les années 1998-2001 correspondirent à une période faste : « Une quinzaine de lancements d’Ariane 4 et 5 étaient effectués chaque année contre seulement 3 à 4 aujourd’hui. »

Du spatial, Bruno Leprince-Ringuet passe à un autre univers, quoique relevant encore des services : l’informatique industrielle, alors en émergence. « Nous avions racheté deux PME, l’une dans la télémétrie industrielle, qui permettait de connecter des sites pour disposer d’informations à distance ; l’autre, dans les logiciels spécialisés dans l’optimisation logistique, laquelle restait au cœur de notre activité malgré le développement de la production sur site. »

Retour à Paris-Saclay en passant par… l’Inde

Après cette expérience, retour au siège, cette fois, comme directeur marché du groupe Air Liquide. « Je devais réfléchir à l’évolution de l’offre dans les métiers marchands du groupe. » Nous sommes en 2005, soit quelques années avant son retour à Paris-Saclay. Entre-temps, il y aura une autre expatriation de quatre années, en Inde, en tant que Directeur Industriel Marchand et Electronique. « J’avais pour mission d’y développer la filiale. » Une fois encore la formule fuse : « Une aventure passionnante ! ». Retour à Paris-Saclay avons-nous dit. En réalité, en tant que nouveau Directeur de la R&D Europe, Bruno Leprince-Ringuet se partage entre ce site et Francfort où se trouve un 2e centre important de R&D.

C’est dans son bureau des Loges-en-Josas où, précise-t-il, il se rend au moins trois jours par semaine, qu’il a accepté de répondre à nos questions sur sa vision de Paris-Saclay, son potentiel, sans oublier les problématiques de transport… Un retour aux sources, avons-nous également dit. Intergénérationnel, pourrait-on ajouter : Bruno Leprince Ringuet est un des petits neveux du célèbre physicien et académicien éponyme (Louis, de son prénom), qui a donné son nom à un laboratoire de Paris-Saclay : le laboratoire de physique des particules de l’Ecole polytechnique (dont il fut diplômé et un enseignant dans le cadre de sa chaire de physique)…

Pour accéder à la suite de notre rencontre avec Bruno Leprince-Ringuet, à travers l’entretien qu’il nous a accordé, cliquer ici.

Crédit photo : Air Liquide/Jean-Erick Pasquier/La Company

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