5e JEE : et les lauréats sont…

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Retour sur la 5e Journée Entrepreneuriat Etudiant (JEE) qui s'est déroulée le 5 mars dernier à l'ENSTA ParisTech. Plus de doute : l'esprit entrepreneurial a gagné les étudiants du Campus Paris-Saclay. Récit des rendez-vous de cette journée et de nos déambulations dans les allées de stands.

Des dizaines et des dizaines d’étudiants entrepreneurs qui vous présentent leur innovation, des professionnels pour les coacher et les conseiller, avant leur pitch, un amphithéâtre plein à craquer (alors qu’il compte 400 places), etc. Le tout dans une ambiance à la fois studieuse, professionnelle et conviviale, la Journée de l’Entrepreneuriat Etudiant (JEE) de l’Université Paris-Saclay, ce n’est pas autre chose que cela et la 5e édition n’a pas dérogé à la règle, avec une affluence encore plus grande que les années précédentes. Pas moins de 75 d’équipes candidates (rares sont ceux qui se sont lancés seuls) à l’énergie communicative et qui ont toutes eu des idées ingénieuses, de celles frappées au coin du bons sens, mais auxquelles personne (ou presque) n’avait pensé avant. Bref, un vrai antidote à la crise et aux discours de déclinologues patentés.

Le lieu où se déroulait cette 5e édition – le Campus de l’ENSTA ParisTech – se révélait particulièrement approprié, avec son hall bien insonorisé, à même d’accueillir, en plus des stands des équipes, un espace professionnel – «  Parcours de l’étudiant et jeune diplômé entrepreneur Paris-Saclay » – où étaient donc prodigués des conseils pour entreprendre, se faire accompagner, prototyper son projet, s’installer, trouver des financements, identifier les bonnes pratiques, enfin s’exercer au pitch. Le tout assuré par des acteurs de l’écosystème de Paris-Saclay : IncubAlliance, l’IOGS, Finance & Technologie, etc. (on regrettera juste que la cafét’ ait fermé si tôt : à force d’échanger, on aimerait pouvoir se désaltérer, sans attendre le cocktail !).

 75 équipes, 6 catégories

Riche en rendez-vous, la journée débute à 14 h par des échanges autour des stands. Les équipes sont réparties en six catégories reconnaissables à une couleur : le bleu pour les Startup EPA (des projets développés dans le cadre du programme pédagogique Startup Entreprendre Pour Apprendre, inscrit dans les cursus des équipes étudiantes) ; le vert pour les Jeunes Pouces Innovantes (des projets arrivés au stade de faisabilité) ; le jaune pour la catégorie Emergence Innovation de Services (des projets parvenus au stade de l’étude de marché), l’orange pour la catégorie Emergence Innovation Technologique (idem), le rouge pour les Créations innovantes (des projets arrivés au stade du business plan), enfin, le mauve pour les Jeunes Créateurs d’avenir (des start-up créée depuis moins d’une année).

Nous nous attardons chez les porteurs de projets Startup EPA. Les étudiants savent y faire pour alpaguer le visiteur. Nous voilà donc conviés à une démonstration de l’application Imfo, développée par des étudiants chinois du Master 1 Human-Computer Interaction Design de l’Université Paris-Sud. Elle permet d’obtenir une traduction des moindres inscriptions de panneaux de signalisation ou autres, à partir d’une capture d’image via son smartphone. L’équivalent apparaît en quelques secondes, dans une langue, au choix. On devine combien elle a été inspirée par les déboires rencontrés au cours de leur séjour en France et probablement aussi sur le Campus Paris-Saclay ! Quoi qu’il en soit, cette solution devrait être bien utile aux touristes du monde entier.

A côté, une autre équipe d’étudiants chinois, avec lesquels la conversation s’engage aussi spontanément en anglais. Eux ont mis au point MomentHere : on ignore alors en ce « moment » précis qu’elle sera lauréate dans sa catégorie (on vous en dit donc plus, dans la paragraphe consacré au palmarès).

On fait aussi connaissance avec des étudiants en première année de la FIE : la Filière Innovation Entrepreneur, mise en place par l’IOGS, au sein du 503, son Centre entrepreneurial. Dans le cadre de leur projet d’étude, ils ont mis au point «  une lampe personnalisable qui projette un logo ou un texte », qu’ils commercialisent déjà à travers leur start-up, Gooddiogs !

Nous poursuivons ainsi nos visites, entrecoupées nécessairement de salutations à des têtes connues. C’est que la JEE s’impose comme un des RDV incontournables pour les acteurs et promoteurs de l’entrepreneuriat étudiant. Bonjour donc à Philippe Baud (Optcisvalley), à Christian Van de Gysel (Finance & Technologie), à Pierre Gohar (Directeur délégué à l’innovation et aux relations avec les entreprises de l’Université Paris-Saclay), à Nicolas Reynier (IncubAlliance), à Patrick Cheenne (EPPS), à Frédéric Capmas (503, le Centre d’entrepreneurial de l’IOGS), etc.

 Le temps des pitchs

16 h 45 : le temps temps des pitchs est venu. Direction le premier étage de l’ENSTA ParisTech où une demi douzaine de salles sont mises à disposition. C’est un peu la cohue dans les couloirs. On ne peut s’empêcher de sourire en croisant deux jeunes traînant un mini-jardin mobile… Décidément, l’innovation entrepreneuriale n’a pas de limites. Renseignement pris, c’est le concept Botanic’ Home, imaginé par des étudiants de Paris-Sud, à l’attention de ceux qui disposent d’une terrasse ou d’un balcon. C’est fou, se dit-on alors, comme les problématiques environnementales imprègnent les projets portés par les candidats de cette édition, fussent-ils de grandes écoles d’ingénieurs.

Faute de don d’ubiquité, il nous faut malheureusement choisir une catégorie. Vu le monde qui se presse, on y va à l’instinct : furtivement, on voit dans un salle Etienne Krieger à une des premières tables réservées au jury (professeur à HEC, il vient de mettre en place un MOOC avec l’École polytechnique sur le thème des start-up : on y reviendra prochainement à travers l’entretien qu’il nous a accordé ; il nous avait déjà accordé un entretien auquel on peut accéder en cliquant ici). Les étudiants qui vont défiler sont ceux de la catégorie «  Jeune créateur d’avenir ». On s’installe, avec Fatima Mrabti, de la direction du développement économique de l’EPPS. La salle est quasiment comble. Au total, 13 innovations sont en lice, toutes plus étonnantes les unes que les autres : elles vont d’Alancienne (qui propose de livrer chez vous les produits les plus frais des fermes locales) à Workiz (qui met en relation les étudiants du Plateau de Saclay) en passant par DuBonPain (dont on a déjà fait écho : pour accéder à l’article, cliquer ici) ou encore Ma Brosse à temps (qui propose de livrer à domicile et sur la base d’un abonnement… votre brosse à dent !), sans oublier la lauréate qu’on divulguera plus bas. On peut certes s’interroger sur la pertinence d’nnovations au regard d’un critère comme l’impact social et environnemental, n’empêche, tous les candidats font montre d’un vrai talent pour présenter leur innovation en trois mn top chrono et répondre avec aplomb aux questions du jury. Pour notre part, nous ne cacherons pas combien nous avons été impressionné par Jean-Philippe Mengual, venu défendre Hyphra (une société qui vise à lever la barrière numérique pour les actifs handicapés), sans que quelque compassion n’entre en ligne de compte dans notre jugement (il est malvoyant) : c’est un vrai professionnel que nous avons devant nous ; il répond avec conviction aux questions, en formant un vrai duo avec son comparse.

Près d’une 1 h 30 plus tard, que l’on n’a pas vu passer, le public est invité à quitter la salle pour laisser le jury débattre. On en profite pour échanger de manière informelle avec les candidats qui s’attardent dans le couloir. Ce qui nous frappe, cette fois, c’est le point d’honneur qu’ils mettent à relever la ou les points faiblesses de leur présentation et/ou leur attention à la moindre remarque ou suggestion qu’on se permet de faire. Manifestement, ils sont formés à bonne école : ils savent qu’un entrepreneur a besoin d’entendre la critique pour avancer. L’un d’eux reconnait avoir commis l’erreur d’être parti seul dans son aventure entrepreneuriale au prétexte que ce serait plus efficace que de le faire en équipe. Or, un autre talent de l’entrepreneur est précisément de savoir conjuguer les compétences et non d’innover dans son coin.

Tout pour entreprendre pendant ses études

Il est près de 18 h 30. Soit près d’une demi heure de retard. Pas question de sacrifier pour autant la table ronde prévue dans le Grand amphithéâtre Duhamel du Monceau, avant la remise des prix. Que de monde ! Que de chemin parcouru depuis la première édition !

Les intervenants (tous des hommes…) jouent le jeu : en 3 mn top chrono, ils témoignent de leur perception de la journée et de la réalité de l’écosystème entrepreneurial étudiant à Paris-Saclay, animé par le PEIPS – labellisé, il y a tout juste un an, Pépite (Pôle Etudiant pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat) par les Ministères de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et du Redressement Productif, et la Caisse des Dépôts).

Pierre Gohar ouvre le bal en faisant part de sa satisfaction de voir les étudiants entreprendre sans s’enfermer dans une logique « techno » : « Ceux que j’ai entendus [ il a été membre du jury de la catégorie «  Jeune créateur d’avenir » ] ont tous mis en avant le client. » (ce que nous confirmons !) Autrement dit, le temps où des ingénieurs concevaient des produits ingénieux, mais sans se préoccuper des attentes du marché est révolu. « Toutes les pièces du puzzle, a-t-il encore ajouté, sont réunies sur le Plateau de Saclay, pour accompagner l’étudiant entrepreneur, de la formation à l’incubation, en passant par la pré-maturation » et « susciter un écosystème fertile ». Lequel est appelé à s’enrichir encore avec l’arrivée d’autres grandes écoles (l’Ecole Centrale, AgroParisTech, etc.) ou d’autres initiatives comme Start In Saclay, fondée par Julien Capra, également présent à la table ronde, pour aider à la mobilisation de la communauté des entrepreneurs. « En complémentarité, s’est-il empressé de préciser, avec les autres acteurs de Paris-Saclay. » Parmi ses réalisations concrètes, le lancement d’une newsletter.

3e intervenant, Pascal Corbel, Vice-président chargé des relations avec les entreprises, des partenariats et de la formation continue à l’Université Versailles-St-Quentin-en-Yvelines, par ailleurs coordinateur de PEIPS, qui, de son côté, a souligné la diversité des RDV dédiés à l’entrepreneuriat étudiant : outre la JEE, Paris-Saclay, c’est aussi le Rallye Entrepreneuriat Etudiant ou l’Innovation Summer Camp. Qu’il nous soit permis d’ajouter le Challenge étudiant qui invite cette année ses candidats à participer au « Campus du futur » en imaginant des solutions innovantes qui y amélioreront la vie au quotidien (pour en savoir plus, voir la présentation d’Halima Mrabti, en cliquant ici).

Enfin, Jean-Pierre Boissin, le non régional de l’étape : coordonnateur national de Pépite auprès du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, il s’est félicité du nombre d’étudiants suivant un module relatif à l’entrepreneuriat, 90 000 (tout en ayant l’honnêteté de s’interroger sur la fiabilité des chiffres avancés par les Pépites !). Le même en a profité pour inviter les étudiants à ne pas se précipiter : «  un projet doit prendre le temps de la maturation ».

Plus de garçons que de filles…

Tout aussi intéressants qu’ils fussent, ces intervenants n’auront pas fait oublier ce constat : la table ronde manquait singulièrement de femmes, hormis Marie-Pauline Gacoin, son animatrice. Reflet de la réalité du monde de l’entrepreneuriat en général et étudiant en particulier ? Un coup d’œil du côté du public fait apparaître une sur-présentation des garçons. Motif de consolation : les filles se rattraperont dans le palmarès. Mais patience, avant de le divulguer, place aux questions de la salle. On retient celle de ce jeune homme qui s’interroge sur le risque de démultiplier les dispositifs et donc les messages. Nous nous permettons de prendre la parole pour le rassurer en évoquant le projet de constitution d’un réseau des lieux innovants (dont nous avons rendu compte : pour accéder à l’article, cliquer ici). On en profite aussi pour lui rappeler, ici, le prochain Challenge étudiant organisé à l’initiative de l’EPPS.

On a beau deviner l’impatience des candidats, de nouvelles questions surgissent. L’une porte sur les besoins de locaux : une vraie problématique qui inciterait, dit un jeune, des étudiants entrepreneurs à s’installer à Paris. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir Pierre Gohar, qui en a profité pour rappeler combien le métro allait entre autres choses changer la donne en déplaçant définitivement « le barycentre vers Paris-Saclay ». Moyennant un peu de patience…

Le moment tant attendu approche. Au préalable, quelques mots de la puissance invitante en la personne de Gilles Vergnault, directeur de la formation et de la recherche de l’ENSTA Paris-Tech dont on retiendra les mots relatifs au succès de l’entrepreneuriat étudiant à Paris-Saclay : rien d’étonnant à ce que le campus soit le bon endroit, a-t-il dit en substance, car « le Campus Paris-Saclay est lui-même une jeune pousse ! » Bien vu !

… sauf dans le palmarès

Puis vint enfin la cérémonie de remise des prix, introduite par Dominique Vernay (Président de la Fondation de Coopération Scientifique Campus Paris-Saclay). On ne fera pas durer plus longtemps le suspens. Les vainqueurs sont donc…

- MomentHere (catégorie Startup EPA) : une application permettant l’envoi d’une carte-postale personnalisée où qu’on soit, mise au point donc par ces étudiants chinois évoqués plus haut : Tuyet Anh Pham, PZHAO Ziyao, Lan Wang, Dan Wu, Xiuming Xu, Yuebai Xu, Yuyin Yang et Ziyao Zhao. Autant de futurs ambassadeurs de Paris ?

- Airthium (Jeune Pouce Innovante) : une solution de stockage d’énergie par air comprimé imaginée par Andreï Klochko (de l’École polytechnique) et Dimitri Botvitch (titulaire du Master Novancia 2013).

- JackSpot (catégorie Emergence Innovation de Services) : une application mobile qui aide les commerces physiques à optimiser leurs strocks et/ou leur influence, conçue par Kevin Tran et Nicolas Carrara (de l’Université Paris-Sud) avec Elyes Chouaieb et Yann Hortence (de l’Université de Lorraine).

- Social’Ink (catégorie Emergence Innovation Technologique) : une encre de tatouage réversible, imaginée par d’autres étudiants de Paris-Sud : Maël Le Corre, Pauline Compigne, Marco Kutic et Romain Humeau.

- MeetHarry&Co (catégorie Création Innovante) : une plateforme web pour jeunes entrepreneurs, portée par Vladyslav Potapchuk et Alizée Breton (de l’École polytechnique), avec Anthony Haddad (Neomia Business School).

- Enfin, OptiMiam (Jeune Entrepreneur d’Avenir) : une application web pour aider les commerçants à vendre leurs excédents alimentaires, portée par Raodath Aminou (Polytechnicienne), qui avait déjà été lauréate l’an passé dans la catégorie « Jeune Pouce Innovante ». Une illustration au passage d’une autre vertu de la JEE : suivre dans la durée ses lauréats en leur permettant de passer d’une étape à l’autre.

Tandis qu’elle repart avec le prix le mieux doté (3 000 euros), les étudiants lauréats des quatre premières catégories se voient attribuer la somme de 500 euros, ceux de la 5e, 1 500 euros. On imagine volontiers la déception des autres candidats, qui prennent manifestement la JEE au sérieux (nous en avons surpris certains un peu crispés avant l’annonce des résultats !). Mais outre le fait que « l’important est de participer », ils peuvent être assurés de repartir enrichis d’une nouvelle expérience : tout bienveillants que se soient montrés les jurys, ceux-ci ont joué le jeu en leur faisant profiter de leur expertise professionnelle pour pointer les améliorations possibles de leurs projets respectifs.

Et puis lauréats ou pas, des opportunités d’autres rencontres avec des partenaires voire des financeurs étaient toujours possibles, à l’occasion du cocktail networking où tout ce beau monde s’est attardé à l’issue de la journée, sans sembler se préoccuper plus que cela de l’heure de départ du dernier bus pour la station Massy-Palaiseau de la ligne du RER B.

© Bruno Rimboux ENSTA ParisTech

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