40 ans d’engagement associatif. Rencontre avec Gérard Delattre (2)

Parmi ses nombreux engagements associatifs, il y a celui au sein de l'Association des étangs et des rigoles du Plateau de Saclay (Ader). Pour leur valeur patrimoniale, bien sûr, mais aussi, tient-il à souligner, leurs vertus écologiques. Ils figurent en bonne place sur la carte conçue par cette association pour valoriser d'autres composantes du patrimoine que recèle le Plateau.

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Au fil de ses engagements, Gérard Delattre ne s’est pas seulement intéressé aux projets d’aménagement du Plateau. Il a aussi cultivé un goût pour son histoire. « Du temps où je présidais l’Union des Associations de Sauvegarde du Plateau de Saclay (UASPS) et l’association des Amis de la Vallée de la Bièvre (AVB), je me suis intéressé au réseau des étangs et des rigoles, aménagés au XVIIe siècle par Gobert pour alimenter les fontaines du Château de Versailles.» Le sait-on ? Ce système gravitaire fonctionna jusque à la fin des années 50 avant d’être endommagé par des aménagements intempestifs. Et Gérard Delattre de montrer du doigt jusqu’à la prestigieuse Ecole Polytechnique, installée sur deux rigoles ! Il s’emploie à faire connaître ce réseau. Une brochure est publiée, qui reçoit le label « Année européenne de Conservation de La Nature 1995 ».

Gérard Delattre parvient à intéresser un des responsables de l’Agence de l’eau Seine Normandie. Progressivement s’esquisse le projet d’une réhabilitation du système. Deux projets sont comparés, celui dit des étangs supérieurs situés entre Trappes et Rambouillet, et celui des étangs inférieurs sur le plateau de Saclay. Le premier ayant été en partie détruit par l’implantation du siège social de Bouygues, l’étude comparative des coûts penche en faveur du réseau du Plateau de Saclay. Nous sommes à fin des années 90. En 2001, le président du Syndicat des étangs et rigoles fait une intervention à Versailles pour lancer l’opération.

Des vertus environnementales

Au-delà de son intérêt historique et patrimonial, le réseau hydraulique rejoint les préoccupations environnementales de Gérard Delattre, par ailleurs vice-président d’Ile-de-France Environnement depuis 2007. « C’est ce réseau qui a assuré la fertilité du Plateau par un bon drainage des terres, en plus de la particularité géologique du sol : une couche d’argile peu profonde qui maintient une certaine humidité des sols au point de permettre aux producteurs de maïs de se passer d’arrosages ! ».

Un autre des mérites du réseau à ses yeux est d’assurer une maîtrise des eaux de ruissellement. « On a pu montrer que là où il a été détruit, les risques d’inondation se sont accrus. » De fait, en 2007, des communes comme Villiers-le-Bâcle et Châteaufort, dont les rigoles n’ont pas été entretenues, seront victimes d’inondation sans précédent. « Au-delà de ses intérêts fonctionnels, le réseau participe de l’identité paysagère du territoire. Il rappelle que le Plateau n’est pas une page blanche pour apprenti aménageur.»

Mais les années passent, le projet de réhabilitation piétine « Toutes les communes n’ont pas la même motivation. Certaines ne voient pas l’intérêt de ce patrimoine plutôt discret. Pour elles, les rigoles ne sont après tout que des fossés ! »

De-là, la création en 2004 de l’Association des Etangs et Rigoles (ADER) du Plateau de Saclay pour relancer le projet en faisant la promotion du patrimoine auprès du public, à travers des expositions et des conférences. Le concours international d’idées lancé par la mission de préfiguration de l’OIN est l’occasion pour ADER de mettre en avant les vertus du patrimoine hydraulique.

Depuis, Gérard Delattre reconnaît que le message est bien passé y compris avec L’Etablissement Public du Plateau de Saclay (EPPS). « Nous avons encore parfois des divergences, mais rien de plus normal.» Parmi les motifs de désaccord, le projet de traversée de la N 118 au niveau de Corbeville. « On parle de faire un siphon. Cela ne me plaît pas beaucoup. On souhaiterait que la traversée soit à l’air libre, permettant le passage de circulations douces ».

Autre préoccupation : le maintien de l’identité du territoire par la conservation de certaines rigoles ou encore de… l’alignement de poiriers existant le long d’aqueduc souterrain. « Tout sauf anodin, cet alignement avait une signification paysagère. Certes, certains des poiriers sont en fin de vie. Mais pourquoi ne pas les réhabiliter plutôt que d’importer des variétés végétales nouvelles ? » Ayant poussé très loin ses investigations, il croit être en mesure d’identifier la variété de poire. « Il y a de fortes chances que ce soit de la pisseresse !» Car en plus de ses multiples engagements, Gérard Delattre s’intéresse aussi aux fruits. Il possède d’ailleurs un verger qu’il est en train de réhabiliter depuis dix ans. Last but not least, il est membre de l’association des Croqueurs de pommes !

Un collectif à la mesure de l’OIN

Son engagement associatif ne s’arrête pas là. « Avec l’OIN, nous changions d’échelle. Notre interlocuteur devenait l’Etat.» Avec d’autres, Gérard Delattre se lance donc dans la création d’un autre collectif Colos, Col pour collectif, O pour OIN, S pour Saclay. Il regroupe toutes les associations affiliées à l’Union régionale : Ile-de-France Environnement (IDFE), directement concernées par le Plateau. Une manière de prolonger l’action de l’UASPS sur un territoire plus vaste. Si Gérard Delattre en a depuis cédé les rênes à son complice Harm Smit, il y assure la liaison avec IDFE.

Parmi les premières revendications de Colos : le maintien des surfaces agricoles. « Nous souhaitions bien plus que les 800 prévus par Christian Blanc ! » Quand on lui demande pourquoi avoir défendu le chiffre de 2 000 puis de 2300 ha, il répond que le collectif n’a fait que s’appuyer sur l’évaluation établie par les instances agricoles : surfaces minimum pour maintenir une agriculture viable sur ce territoire. Colos combat donc le transfert de l’intégralité de l’Université Paris-Sud sur le Plateau. « Autant l’installation de l’ECP à côté de Supélec pouvait se justifier, pour répondre au souci de mutualisation, autant le transfert total de l’université ne se justifiait aucunement et risquait de renforcer le processus d’urbanisation. Quand on lui objecte que ce n’est pas forcément dans l’intérêt des chercheurs, il rappelle que parmi ses membres, Colos compte justement de nombreux chercheurs et ingénieurs.

Autre cheval de bataille de Colos : le projet de métro. Pourquoi ? « Cela contribuera non seulement aussi à l’urbanisation, mais ne répond pas aux besoins réels de déplacements.» Parmi les alternatives, Gérard Delattre met en avant l’amélioration des moyens existants (RER B et C), la mise en place de navettes rabattant sur les gares, sans oublier la promotion de mobilités douces. A cette fin, il participe à la réalisation d’une carte des CR (chemins ruraux) et autres SR (sentiers ruraux). « Nous sommes en milieu rural, il existe de nombreux chemins publics centenaires, parfois disparus sur le terrain, mais toujours sur les cadastres.»

Auparavant, Ader s’est attelée à un autre chantier : l’élaboration d’une carte recensant le patrimoine existant sur le Plateau. « Naturellement, ce chantier s’est nourri de la connaissance du patrimoine, sous ses différentes formes, accumulé au fil des années. Restait à en faire une synthèse. » Sur le plan technique, Ader a été aidée par l’existence d’une première carte établie sur le Grand Parc de Versailles, pour l’Association des Amis du Grand Parc de Versailles (AGPV, membre de Colos), sous la houlette de Jacques de Givry, également éditeur de plusieurs livres sur le patrimoine culturel et paysager du territoire. « Nous l’avons adaptée au périmètre de l’OIN qui englobe le Plateau dans son intégralité, de Saint-Quentin jusqu’à Massy. »

La carte est réalisée sur la base d’une photo aérienne faite par Inter Atlas, dont Ader a racheté les droits de reproduction, ce qui pour une association comme la nôtre suppose un effort non négligeable. « La vue aérienne ne mettant pas en évidence les cours d’eau, nous les avons surlignés en mettant en exergue le réseau – les cours du plateau mais aussi des deux vallées : au nord, la Bièvre, au sud, l’Yvette et la Mérantaise. » La carte répertorie aussi le patrimoine monumental, historique ainsi que celui lié à l’activité agricole du plateau : les fermes et autres éléments du bâti rural. Pour cela, l’Ader a pu mettre à profit l’étude effectuée en 2008 par l’architecte et urbaniste Guillaume Lefèvre dans le cadre du concours d’entrée aux Architectes des bâtiments de France. Outre les éléments du patrimoine, la carte présente les acteurs institutionnels (musées, offices de tourisme…), qui contribuent à sa valorisation.

En juin 2011, l’ensemble des éléments patrimoniaux rassemblés est exposé une première fois lors des Journées du «petit patrimoine» (autrement dit vernaculaire). « Encouragés par l’accueil du public, nous avons travaillé durant l’été. » La carte sera présentée pour la première fois dès septembre, lors, cette fois, des Journées européennes du patrimoine. Sa réalisation aura mobilisé une dizaine de personnes.

Destinée au grand public qui peut l’obtenir pour la « modique » somme de 7 euros, elle s’adresse aussi aux professionnels et… aux aménageurs en particulier. « L’idée, précise malicieusement Gérard Delattre, était de faire un état des lieux “ avant travaux ”, en leur rappelant qu’ils ne partaient pas d’un territoire vide. »

Pour tout contact :

ADER, BP 37

91430 Vauhallan

a-d-e-r@wanadoo.fr

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